LE DÉPART
0 terre, j'ai connu ton calme et tes délices .
Dans tes champs où les morts s'unissent aux vivants
J'ai suivi les saisons et les purs sacrifices
Que les plantes leur font à la flamme des vents !
J'ai reposé longtemps, entre des murs de pierre, Par tes fruits et tes vins mes esprits endormis, Et je garde, vivants et beaux, sous ma paupière, Tes bois tumultueux et tes vallons amis 1
J'ai tenu dans mes bras, docile et balancée
Sous les souffles puissants du rythme et de l'amour,
O douceur, une claire et tendre fiancée
Dont la blanche présence embaume mon retour î
Adieu, pourtant, prairie et cendre des ancêtres, Plaisirs, jeux innocents, danses sur les chemins ! De l'âme du marin les destins sont les maîtres 0 ma mère, et c'est eux qui séparent nos mains !
J'entends au loin la mer qui gronde et me rappelle Et je sors à sa voix d'un magique sommeil. L'aurore du départ sur la vague étincelle Et le navire tend ses voiles au soleil !
Que tes enchantements me prennent, ô voyage ! Avec toi les plaisirs aux dangers sont mêlés. Epuisons les parfums étranges d'un rivage Et repartons, oiseaux sur la vague envolés !
Là-bas le beau soleil comme une fleur s'entr'ouvre : C'est l'Asie opulente et rayonnante d'or, Un immortel azur de son éclat y couvre Des ports et des jardins où la volupté dort I
Nous arrivons, un temple orne le promontoire. Cris, acclamations, langages inconnus.
Ports embrasés, couchants de pourpre et de victoire, Forêts de mâts, tumulte et rameurs demi-nus !
Et puis, voici l'Afrique au milieu de ses sables : L'eau, le pavé des quais, le ciel, tout est de feu. Le mirage y bâtit des villes périssables Et son désert nourrit le prophète et le dieu !
Mais voici, supportant des coraux en couronne, L'Océanie avec ses îles^ ses îlots.
Là le ciel est si doux et la vie est si bonne Que la langueur se glisse au cœur des matelots !
Eldorados, pays des âmes chimériques, Etendrons-nous jamais nos membres harassés Par le flux éternel des grands flots atlantiques Sous vos palmes, nos fronts d'arômes caressés?
Emporte-moi, navire, ami des aventures, Déjà le vent se lève et fait frémir les flancs ! 0 réveils sur la mer, écueils, rives futures ! 0 chansons de l'écume et vols d'alcyons blancs !
A JACINTHUS
Jacinthus I le poète à la lyre parfaite Qui t'a donné la vie et t'a créé si beau, Que la gloire l'invite à sa divine fête Avant qu'il soit assis aux tables du tombeau !
Tu naquis de son âme, un jour, comme une étoile Qui s'échappe du sein d'un monde éblouissant, 0 Jacinthus, héros dressé sur une toile Que le peintre colore avec son propre sang !
C'était dans ce pays du sud où la lumière Pénètre le tissu des corps de son esprit. Ton apparition n'y fut pas la première Et la tige des dieux avec toi refleurit.
Impatient du temps, de l'homme et de la gloire, Ta pensée habita dans les siècles futurs. Le destin, se baignant aux flots de ta mémoire, S'y dépouilla pour nous de ses voiles obscurs !
Aujourd'hui, protégé par le feu de tes ailes,
0 jeune homme d'azur, tu t'assieds parmi nous,
Les enfants les plus beaux, les femmes les plus belles,
De guirlandes en fleurs embaument tes genoux !
Une aurore médite à ton front magnifique, Ses rayons sont mêlés à l'or de tes cheveux. Et ta bouche où brilla le charbon prophétique S'ouvre pour accomplir nos espoirs et nos vœux.
0 Jacinthus^ permets à celui qui te chante. Au poète témoin de tes exploits, permets De surprendre, ébranlant la vallée et la pente, L'écho des voix qui t'ont parlé sur les sommets !