‹ Nouvelles élévations poétiquesChapitre 18 sur 28 · LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX

L'ombre des nuits se traîne encore et se lamente Sur la ville endormie au bord croulant des toits Quand ma lampe fidèle, imitant l'aube ardente^ Brille sur mon réveil et vacille à mes doigts.

Lève-toi, prisonnier alourdi par tes chaînes, Ton labeur éternel là-bas est attendu, Marche, sur l'eau du fleuve et ses rives prochaines Un suaire tissé de pluie est suspendu.

Voici la maison noire aux vitres enflammées, La malédiction de l'homme est sur ses murs Mais, près du foyer d'or des forges ranimées, Déjà tes compagnons font des groupes obscurs.

Le feu palpite et jette au loin des étincelles, Le marteau chante sur l'enclume et rebondit. Une sueur de sang a jailli des aisselles Et le fer indomptable et dompté resplendit.

C'est ici qu'on vous forge, éclatantes cuirasses. Faites pour refléter le soleil et la mort, Armes qui séparez les frères et les races, Instruments de la haine et complices du sort.

o4 NOUVli^J^LES ÉLÉVATIONS POÉTIQUES

Vous sortez de nos mains^ innocentes charrues, Qui, sur le sein fumant des terres, vous penchez, Et vous, reines des blés, grandes faux apparues Blanches sur le soir calme et les épis couchés.

C'est ici, dans le feu redouté, qu'on prépare L'ornement des logis qu'on n'habitera pas : Les lits profonds et lourds où le bonheur avare Serre l'épouse et le plaisir entre ses bras.

Et toi, vaisseau léger, dont nous ornons la proue Et pour qui nous courbons des ancres et des liens, Tu n'emporteras pas, sur la mer qui se joue, Dans l'azur et le vent^ nos rêves et les tiens !

Hélas ! notre labeur, entre toutes les choses^ Est rempli d'amertume et de stérilité.

Les portes de la vie à jamais se sont closes Sur notre servitude et notre pauvreté.

Quand nous sortons, au bord du fleuve, le soir tombe, Nous suivons tristement le convoi du soleil Et nous allons ainsi de l'une à l'autre tombe : Du néant de l'effort à la mort du sommeil.

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