LA CITE DU SOLEIL
Le soleil, conduisant ses propres funérailles, Ce soir, a rejeté le voile et les flambeaux Pour bâtir dans le ciel des tours et des murailles Avec la pourpre, l'or et l'azur en lambeaux.
O cité du soleil, Tespoir, à mon oreille, Parle de sa voix pure et pleine de douceur Et je vois dans mon cœur où l'avenir s'éveille Une cité pareille à sa céleste sœur.
Compagnons accablés sous le sable des heures, Vous qui perdez si vainement votre vigueur. Accourez sur le seuil de mes hautes demeures Et qu'il tremble et résonne à votre pied vainqueur !
Vous qui souffrez, amants des dieux et des chimères, Par la mélancolie esprits martyrisés Et qui ne sentez plus sur vos lèvres amères Descendre la saveur humide des baisers.
Accourez ! je vous tends mon espoir et mon rêve Gomme une coupe immense et profonde de fleurs, Le souffle des saisons futures la soulève. L'immortelle rosée emplit ses flancs de pleurs !
Le souvenir des temps, emporté dans nos veines. Où, des rires premiers de la création.
Les forêts et les mers sauvages étaient pleines. M'éclaire et me conduit de son rouge rayon.
Et je marche au milieu de ces nouvelles races Innombrables comme les roses au printemps Elles se pressent aux balcons de leurs terrasses Dans la nouvelle ville aux toits éblouissants.
Des jardins suspendus retombent sur les places Dans un frémissement d'abeilles et d'oiseaux Et le vent qui s'enlace à leurs verdures basses Prête leurs fleurs aux tiges fraîches des jets d'eaux.
Les parfums, les rayons volent par grandes troupes Au-dessus de la ville enchantée et l'amour Voit renaître son culte antique dans les groupes Qui s'éloignent vers l'ombre sainte tour à tour.
Mêlons-nous, mêlons-nous, sous les palmes heureuses, A cette foule oisive et qui passe en chantantM Les beaux marbres muets sous leurs paupières creuses N'ont pas plus de candeur et de calme éclatant !
Hâtons-nous de jouir! Délivré du mystère L'homme est le souverain de l'azur et des flots, La douleur et l'efTort sont bannis de la terre, L'éternelle beauté s'est unie au repos.
Mais, hélas ! notre rêve et ces ardents mirages. Le soleil déclinant les entraîne avec lui Et la cité de feu, de flamme et de nuages S'engouffre lentement dans le cœur de la nuit!