LES TRAVAUX ET LES JOURS
L'hirondelle est venue, avec de petits cris, Annoncer au hameau son retour et sa joie : Par la neige et l'hiver préservés et nourris Les blés sortent de terre et la vigne rougeoie.
Que le printemps est doux parmi les bois nouveaux ! Un vent léger se joue aux branches odorantes. Mais il traîne après lui la vie et ses travaux Et nous allons, courbés sous ses mains accablantes.
Serviteurs de la terre et de nos instruments, Tant que le clair du jour dans les espaces flotte Nous taillons les vergers, les halliers, les sarments, Nous poussons la charrue et nous brisons la motte.
Mais déjà le terrible été s'est éveillé
Sous l'ardeur du soleil de juin qui le calcine,
L*or opulent de la moisson s'est déroulé
Et sa vague en grondant bat à notre poitrine.
Demi-nus et fauchant dans l'air étincelant Qu'embrase de sa meute en feu la canicule Nous ne levons nos fronts et notre fer brûlant Qu'au souffle lourd qui monte avec le crépuscule.
A nos pieds, étalant la mort de ses épis,
La plaine, au mouvement des vans, ronfle et tressaille
Cependant que dans l'ombre et la nuit assoupis
Des corps tombent de lassitude sur la paille.
Les grains dorés, formés en liquides monceaux, S'écroulent sur le sol des greniers et des granges Quand le soleil qui veille aux treilles en berceaux Nous appelle et nous guide aux sonores vendanges.
Sur la colline chaude, au fond des noirs vergers, De son pampre sacré la vigne nous couronne; Du poids de notre danse et de nos chants chargés Les raisins saignent dans la cuve où tout bouillonne.
Les vendanges, les fruits des espaliers cueillis. Ouvrent de la saison les lentes funérailles Puis la neige amassée aux horizons pâlis Tombe sur les labours et se mêle aux semailles.
LOUANGE DE l'hIVER
L'hiver, voici l'hiver, qui nous rend le repos. Célébrons-le, groupés autour des lourdes tables, Cependant que la voix s'élève des troupeaux Bêlant dans la chaleur et dans l'or des étables.
Un chêne, sous la hache en furie, a craqué Et mêlé sur le sol ses branches gémissantes Et maintenant son tronc par la flamme attaqué Inonde le foyer de sèves écumantes.
Joyeusement, le feu projette sur les murs Notre ombre gigantesque et fait nos chairs vermeilles : La servante, guidant l'osier de ses doigts sûrs, Tresse les flancs légers des profondes corbeilles.
L'épouse, son beau front et ses cheveux courbés, Tire l'aiguille fine aux clartés de la lampe. Elle rougit, mes yeux sur elle sont tombés Et le vent de Tamour a caressé sa tempe.
A son rouet, de laine éclatante vêtu,
La vieille femme file et, brisée, elle entonne
Un air mélancolique à Tenfant qui s'est tû
Et qui s'endort, bercé par le chant monotone.
Ne sont-ils pas, de nos victoires sur les blés. Les témoins, ces pains d'or rangés près de nos verres ? Par le pain et le vin, triomphes assemblés. Oublions la campagne et ses travaux sévères.
Oublions-les, parmi les rires et les chants ! Au-dehors, le vent froid de décembre fait rage, La glace et la tempête emprisonnent les champs. Mais nos toits et nos cœurs ne connaissent l'orage !