‹ Nouvelles élévations poétiquesChapitre 23 sur 28 · ÉLÉVATION DU MATIN · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION DU MATIN

Dans les jardins d'été la lumière descend Caressant Therbe tendre et les buissons de roses, Sur ses pas un sauvage et pâle adolescent S'enivre des parfums et des métamorphoses.

Une mélancolie erre au fond de ses yeux

Mais il chante et l'oiseau se tait dans la campagne,

La fleur tourne vers lui son calice pieux,

Le ruisseau, d'un cristal bondissant, l'accompagne.

Ecoutez 1 II décrit le charme des saisons, La beauté de la terre et, d'un son pur, il nomme Tous les objets vivants sous les quatre horizons : La pierre, l'animal, l'onde, la plante et l'homme!

« A Tenfant qui s'éveille au rêve de la vie. Tout sourit, l'horizon est plein de chants d'amour. Il va, confondant l'aube et la nuit poursuivie Par les regards mourants du jour !

« Ainsi, depuis le fleuve à la voix indomptable Qui berça ma naissance et mes premiers sommeils, Etonné par l'ardeur de Tazur insondable Où s'entrelacent les soleils,

« Et par la majesté profonde de la terre, Où la vie est unie à la clarté du ciel. Où l'homme écoute au creux de son cœur solitaire Le bruissement universel,

(( J'ai vécu, transporté par l'extase et l'ivresse. Partageant la candeur des oiseaux et des fleurs Et consacrant à la lumière enchanteresse La rosée et mes propres pleurs I

« Le nuage, le vent qui passe, le brin d'herbe, Les sons et les parfums, l'éclair qu'on suit en vain L'onde, l'humble village et la ville superbe, Autour de moi, tout est divin ! »

Écoutez ! Maintenant il fait, parmi les fleurs, Agir les passions et le désir farouche. Et la guerre et l'orgueil, la haine et les douleurs. Coulent en vers nombreux de son cœur à sa bouche

« Étouffant la voix d'or des grands coqs vigilants Les clairons dans la plaine ont annoncé l'aurore. Les guerriers aux rayons du jour étincelants Font retentir le sol sous leur marche sonore. '

« Un souffle lumineux froisse les étendards.

Les rangs, profonds et noirs, comme une moisson mûre,

Passen en ondoyant sous les calmes regards De la mort, moissonneuse inévitable et sûre.

« A l'orient de pourpre un nuage a monté : L'autre armée ! et l'écho farouche du tonnerre S'échappe des canons, le calme de l'été A fui devant l'horreur immense de la guerre.

« Gris de douleur ! Blessés fleurissant les halliers ! L'eau du fleuve est troublée et le sang y surnage. Appels ! chutes de corps! chevaux sans cavaliers ! Partout fume l'odeur cruelle du carnage.

« Mais, dressé sur un mont, Timpassible César, Ainsi qu'une statue équestre, attend la gloire Cependant que le vent docile du hasard Pousse vers lui le vol obscur de la victoire. »

Écoutez I Écoutez ! à peine si sa voix Qui frémissait du trouble et du feu de son âme S'éteint, qu'elle reprend, en entrant dans les bois Et qu'elle les réchauffe au contact de sa flamme :

« Je sais que le poète autant que le guerrier Au mouvement du monde, hélas, sont nécessaires, Mais je veux que mon front sous la paix du laurier Et sa fraîcheur insigne, ô gloire, tu l'éclairés !

» Plus forte que la mort, déesse, et que l'amour, Dès que mes yeux d'enfant virent ta noble face Ils connurent le ciel et l'éternel séjour Où Tombre de la vie éphémère s'efface.

a Cédez, ô fleur guerrière, à la fleur pacifique ! Tous VOS enchantements par elle contenus Ne sauraient résister à son parfum magique Empli de charmes inconnus !

« C'est elle qui bientôt dressera sur le monde Son calice sans tache et du soleil baisé Et qui garde, enfoui dans son âme profonde, Tout l'avenir réalisé !

« Quand ton double visage, ô gloire, m'a hanté, Je méditais, errant dans le noir crépuscule. Devant ton harmonie et devant ta clarté Le souvenir de Taube héroïque recule.

(( Ma patience et l'œuvre austère de mes mains. Ont fait que ta présence adorable m'habite, 0 gloire, que ton songe, au fond des cœurs humains. Se lève maintenant et, vivant, me visite ! »

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