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LA NATURE

Né du soleil et de la pluie, au bord des routes, Aucun visage humain ne s'est penché sur moi. Mais les caresses de l'azur, je les eus toutes, Des monts vierges et de la plaine je suis roi !

Voyez, je suis semblable aux bêtes des montagnes Et j'ai perdu le cœur de l'homme dans les bois. Mais quand l'aurore auguste envahit les campagnes Avec des hymnes et des pleurs je la reçois.

J'ai grandi sur le sein maternel de la terre Gomme un arbre élevant ses bras multipliés Et, depuis le printemps qui marche solitaire Au destin des saisons tous mes jours sont liés !

68 NOUVELLES ÉLÉ^^ATIONS POÉTIQUES

C'est pour moi que l'automne enveloppe les vignes Et rayonne aux vergers où la faim m'a quitté Et c'est pour mon sommeil que, du bleu de ses lignes, La nuit d'août a chassé la flamme de l'été.

Avec les grands oiseaux migrateurs dont les ombres Sur la prairie et devant moi tombaient des cieux Parfois j'ai fui l'hiver et ses cortèges sombres Qui se déploient sur les pays silencieux.

J'ai vu cet Orient qui passe dans vos rêves, Ses astres ont brûlé pour éclairer mes pas Et j'ai cueilli des lys sur les bords de ses grèves Et des roses dont les parfums ne meurent pas.

Puis j'ai vu l'Hespérie où le soleil se couche, Avec ses sources, ses jardins miraculeux. Ses fruits d'or à jamais sont mordus de ma bouche, Et l'Occident m'a calciné de tous ses feux.

Mais, parfois, j'ai connu le nord mélancolique. Je me suis enfoncé dans le noir des forêts, Sur les neiges j'ai rencontré la face antique De laurore qui m'éblouit de ses reflets.

Et je suis revenu vers l'ombre des grands arbres Quand l'avril souriait à la beauté des fleurs Et le sang qui bleuit dans les veines des marbres A conduit sous mon front sa force et ses couleurs.

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