‹ Nouvelles élévations poétiquesChapitre 25 sur 28 · LA VILLE · texte numérisé non relu

LA VILLE

Or, j'ai quitté les fleurs, les oiseaux et les sources, La solitude et les échos, mes compagnons. Mes pieds se refusant à de nouvelles courses. Les yeux lassés de la lumière sur les monts !

A l'heure où le matin se lève dans les flammes J'avais oflert mon corps à la splendeur du jour Quand je sentis en moi tressaillir d'autres âmes Et s'éveiller toute la force de l'amour.

J'ai pris la route qui poudroie et qui s'incline, Je suis entré dans la cité de marbre et d'or : Ebloui, n'ai-je pas franchi cette divine Porte du Songe, ouverte au-delà de la mort ?

Accueillez-moi du seuil de vos maisons heureuses, Frères que mon désir dans mon cœur appelait : Le frisson m'a chassé de mes cavernes creuses Quand la rosée au long des plantes ruisselait.

Des présents des saisons votre demeure est pleine : L'automne est embaumé par le printemps fleuri^ Voyez en moi le fruit sauvage de la plaine, Le vagabond que les espaces ont mûri.

0 frères, répandez autour de ma venue Tous les trésors delà cité, votre séjour, Et que je m'ouvre enfin à la paix inconnue Qui tombe du feuillage au cœur du carrefour.

Car je n'ai pas connu de mère ni d'amante

Et le divin amour n'a jamais habité

Mon corps où la liqueur du sang est bondissante

Maintenant que la femme erre dans sa beauté.

l'imprécation

Avec vous, couronnés de jeunesse et de roses. Couples d'amants enfuis dans le jardin secret, J'ai voulu m'égarer sous l'ombre où sont écloses Plus nombreuses, toutes les fleurs de la foret.

Avec vous, le soleil couché, le front candide, J'ai voulu pénétrer dans vos hautes maisons : L'âme du feu, faisant votre foyer splendide, Changeait l'ordre et mêlait la force des saisons,

Mais j'ai trouvé la haine en flamme à votre bouche Et vous m'avez chassé dans le sein de la nuit Et j'ai su que le cœur de l'homme était farouche Et que^ sur ses cités, aucun astre ne luit.

Dans la terreur mêlée au silence nocturne J'ai parcouru la ville aux aspects ténébreux : Votre séjour est triste et vide comme l'urne Dont la mortelle cendre a volé sous les cieux.

Sur vos places où des fontaines sont captives J'ai vu l'amour lié de lourdes chaînes d'or, J'ai vu la vierge, offerte en ses formes naïves, Dans les bras des vieillards qui sourit et s'endort.

Les accents du plaisir sont couverts par les larmes Dans les faubourgs où je surviens vers le matin, La mort passe, au milieu des cris et des alarmes, Et, sur ses pas, la voix de la douleur s'éteint.

De la terrasse et près de tes portes ouvertes,

0 cité, je contemple encore ton sommeil...

Les champs m'ont appelé de leur profondeurs vertes.

Ils vont briller de tout leur éclat au soleil.

Adieu ! je prendrai part à l'éternelle fête ! Puissent tes murs construits de sueur et de sang. S'abattre sous l'effort puissant de la tempête Que tu nourris toi-même en ton cœur frémissant,

Et puissent les humains, délivrés par les flammes. Délaisser tes faux biens et l'erreur de tes dieux Et reparaître avec leurs enfants et leurs femmes Dans la fraternité de la terre et des cieux !

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