L'HYMNE DE LA TERRE AU POÈTE
Avec l'arbre et la fleur, mon fils, je t'ai nourri De tout mon sang et de l'azur de mon haleine, J'ai tiré de mon sein, quand ta bouche a souri, Pour t'abriter, la maison blanche de la plaine.
Sous tes pas j'ai placé le doux gazon nouveau, J'ai disposé le ciel des feuilles pour ton songe Et j'ai fait ton enfance un paradis si beau Que ton regret, comme des racines, y plonge.
Ah ! souviens-toi du fleuve et du soleil levant, Des champs où la rosée illumine les vignes, Des peupliers d'argent et d'or, amis du vent, Des horizons croissant dans le bleu de leurs lignes !
Force du souvenir ! O mon fils, je revois Moi-même tes yeux bleus fleuris près de mes roses ! J'entends encor les sons enfantins de ta voix Qui se forme, hésitante, à tes lèvres décloses.
Foulant l'herbe, blessant les fleurs, cueillant les fruits Tu marchais, respecté comme un dieu parles botes, Et la campagne immense avec ses mille bruits Développait toute la pompe de ses fêtes.
Bientôt, à la faveur des rapides printemps^ Quand ton corps s'éleva sur les plaines natales Ainsi qu'un jeune chêne aux rameaux éclatants De feuilles qui fait signe aux lointaines rafales,
J'offris à tes regards les rives de la mer Dont les ondes me font une molle ceinture Pour que ton âme, en contemplant le flot amer, Comme le flot amer devint profonde et pure.
Je te montrai les monts, mes fils immaculés. Tu troublas de tes pas le silence des cimes, Tu bus l'eau des torrents par l'écume voilés Et ton cœur s'aff*ermit au bord de leurs abîmes.
Quand tu voulus aimer les hommes et souff*rir Je te suivis au sein de leurs asiles sombres Où les rayonnements des métaux font mourir Et j'écartai de toi les terreurs et les ombres,
Car, depuis ta naissance^ une invisible fleur Epanouit autour de toi son charme antique Et tu ne connaîtras la mort ni la douleur. Etant rempli d'un grand tumulte prophétique.
Le chant ! Je t'ai donné le chant, comme aux oiseaux ! A la chute du soir que ton hymne s'élève, Qu'il souffle avec les vents et coule avec les eaux, Et qu'en astres de flamme et de feux il s'achève !
Qu'il reprenne avec l'aube et le jeune soleil ! Qu'il soit le rayon d'or qui frappe la verdure Et la clarté qui porte aux êtres le réveil, Qu'il aide à l'éblouissement de la nature !
Quand la saison lèvent et quand le fleuve vert Des sèves me parcourt, reflétant les prairies Et les bois qui vont naître au départ de l'hiver, Que tes strophes comme ma face soient fleuries !
Célèbre l'homme qui succombe sous l'amour, Le désir, les baisers, les transports d'hyménée. Et toi-même, vaincu par sa force, à ton tour. Et la vierge d'avril parles taillis menée.
Ainsi, ni le silence et le mal triomphant. Ni les ans épuisés n'effaceront ta trace Car tu posséderas ma gloire, ô mon enfant. Et tu seras le vent de ma beauté qui passe.