‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 11 sur 56 · A. Vinet (Cantique sur la mort de sa fille · texte numérisé non relu

A. Vinet (Cantique sur la mort de sa fille

Nous pourrions observer que, si la nuit succède au jour, elle le précède aussi et l'annonce^. Mais ce que nous voulons surtout rappeler, c'est que la nuit, la nuit de la douleur comme les autres nuits, a, même pendant qu'elle dure, ses révélations. Plusieurs ont connu, avec l'Elihu du livre de Job, « les chants d'allégresse que Dieu inspire pendant la nuit. »

Ecoutez l'un deux :

« ... Souffrant, épuisé, dormant mal, mangeant peu, je me demandais quelquefois si j'arriverais jamais au terme d'un voyage si extraordinairement aventureux et pénible.

« Mais qui se lasserait de le répéter? Le Seigneur est bon et fidèle. Comme sa présence

1. « Il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour » (Gen. I, b). Sur ce texte, et au sujet de cet ordre : du soir au matin, et non pas, comme nous sommes habitués à dire : du matin au soir, de l'aube pleine de promesses, à travers le midi resplendissant, au crépuscule, au déclin, à l'arrêt de la vie, on peut lire (en anglais) un beau sermon de Phillips Brooks {The Christian Ministry, dans le volume The Mystery of Iniquity, p. 327 et s.). Il est bien à regretter que les œuvres de ce grand prédicateur, au cœur si large, à la pensée si haute et si évangélique, ne soient pas plus connues parmi nous. Un seul de ses ouvrages, à ma connaissance, existe en français, — et en excellent français — grâce à la traduction de M. le pasteur Nyegaard (Conférences sur la prédication). Les livres, même les très bons livres, s'oublient vite. Il est permis de profiter même des occasions indirectes pour les signaler de nouveau à l'attention.

illumine les ténèbres ! et comme sa communion fortifie ! Que de leçons il nous enseigne dans les difficultés, et que de bénédictions il nous fait trouver dans les épreuves! C'est alors que nous apprenons a les chants de la nuit.... » Qu'ils sont doux, ces chants de la nuit !»

Nous ne nous étonnerons pas que ce vaillant serviteur, notre bien -aimé missionnaire François Coillard, ajoute : « Je bénis Dieu de m'avoir fait passer par là^ »

Celui qui a passé par là, celui qui a redit, pour son propre compte, avec A. de Musset :

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,

prendra-t-il sur lui de fixer le terme de l'apprentissage et de congédier le maître, parce quïl en sait assez désormais? Quand on s'est courbé devant la douleur, quand on l'a nommée : sainte Douleur, quand on lui a crié :

Douleur du cœur, Douleur aux mains empoisonnées. Douleur dont les poisons sont aussi des saints, Je te bénis...,

quand on a avoué ce qu'on lui doit :

Oui, je vaux mieux après qu'avant je ne valus,

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