‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 14 sur 56 · Esaïe, L · texte numérisé non relu

Esaïe, L

Pour les Enfants.

La Règle d'or.

Une règle sert à diriger. Il y a des règles en bois ou en fer pour diriger le crayon qui, sans elles, hésiterait, irait tout de travers. Il y a des règles de grammaire pour diriger notre langage, le préserver d'incorrections. Il y a encore des règles de vie pour diriger notre conduite, la protéger contre des écarts, contre des fautes qui feraient le malheur des autres et le nôtre. C'est d'une règle de vie que je veux vous parler. La voici :

Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le leur aussi.

LA RÈGLE d'or 59

On rappelle la Rè^le d'or, parce qu'elle est la plus précieuse des règles, la règle par excellence.

Qu'est-ce qui la rend telle? — Si je vous avais là devant moi, je voudrais vous faire découvrir vous-mêmes quelques-uns de ses avantages. Forcé de parler tout seul, je vous en signalerai deux.

D'abord, c'est une règle qui ne s'égare jamais.

Les écoliers ne soignent pas toujours très bien « leurs affaires. » Au moment où ils s'apprêtent à faire une belle marge à leur copie : « Ah î les entend- on crier, où est ma règle? Qui donc a pris ma règle? » (Naturellement on vous l'a prise). Ou c'est la grammaire qui a disparu, ou encore vous ne vous rappeliez plus à quelle page se trouve la règle, vous n'avez pas le temps (c'est-à-dire vous ne voulez pas vous donner la peine) de la chercher. , . , Mais la l'ègle dont a parlé Jésus ne peut pas se perdre ; vous ne pouvez l'oublier ni à la maison, ni à l'école ; vous n'avez pas besoin, pour ia trouver, de consulter un livre qui peut vous manquer, un maître qui peut être absent, ni, pour vous la rappeler, de vous mettre la mé-^ moire à la torture. Elle ne se sépare jamais de vous. Elle est en vous. Vous la portez partout avec vous. A quelque moment, dans quelque

lieu que vous soyez, vous n'avez qu'à regarder en vous-même : qu'est-ce que je veux, moi, qu^on me fasse? Voilà la règle pour vous diriger dans ce que vous devez faire pour les autres.

Le second avantage de notre règle, c'est qu'iZ vous est impossible de ne pas la trouver juste. La règle de bois se courbe quelquefois. Est-elle bien droite? Mais ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse, vous savez avec certitude que vous n'avez pas le droit d'exiger que les autres le subissent de votre part, et ce que vous voulez qu'ils vous fassent, vous savez aussi que vous êtes tenu de le leur faire.

Ah! je ne l'oublie pas, il y a beaucoup de petits despotes — comme il y en a beaucoup de grands. La chanson de l'égoïste se chante dans plus d'un cœur :

Oui, c'est moi, c'est moi, c'est moi

Que j'aime, et voici pourquoi :

Jamais je ne me contrarie, A mes maux je prends toujours part.

Et jamais pour moi dans la vie On ne m'a vu manquer d'égard.

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D'écueils la vie est pleine ; Mais j'ai bien su choisir :

Pour les autres — la peine, Et pour moi — le plaisir.

Seulement, ce sont là dès choses qu'on ne dit pas tout haut, et qu'on n'avoue pas franchement même à soi. On ag-it comme cela ; on fait supporter aux autres ce qu'on se refuse à supporter de leur part ; on réclame d'eux ce qu'on ne veut pas leur accorder. Mais on ne réussit jamais à se persuader qu'on n'ait pas tort de faire ainsi, que la règle qui, si nous la suivons, nous fera faire autrement, n'ait pas raison.

Il y a pourtant une difficulté que je dois vous signaler. Peut-être vous arrive-t-il de vouloir, pour vous-même, autre chose que ce qui est juste. Je suppose, par exemple, que vous cherchiez à obtenir un bon morceau, la meilleure place à un spectacle ou dans une voiture publique, une satisfaction quelconque de bien-être ou d'amour-propre qui, légitimement, revient à un autre. La règle d'or vous oblige-t-elle à agir de même pour un camarade qui vous sollicite,

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à lui assurer, si vous en avez le pouvoir, un passe-droit ?

Réfléchissez au mot que nous venons d'écrire : un passe-droit. Pour faire plaisir à cet ami vous iriez dépouiller quelqu'un de son droit. C'est là une chose abominable et contre laquelle vous vous révolteriez certainement si c^est à vous qu^on la faisait. Car ce que vous voulez qu'on vous fasse, c'est avant tout et par-dessus tout qu'on ne vous traite pas injustement.

Alors il est des cas où je n'ai que faire de la fameuse règ-le, puisque je ne puis m'y conformer ea faveur de quelqu'un sans la transg-resser au détriment d'un autre !

Pardon, il faut seulement remonter plus haut. Vous venez de voir que pour complaire à celui que vous aimeriez obliger, vous seriez forcé de violer la règle. Vous la violiez donc déjà quand vous vouliez complaire à vous-même. Bien comprise et rigoureusement appliquée, elle vous rendra ce service éminent de rectifier en tout premier lieu vos propres désirs et de vous débarrasser de vos vouloirs égoïstes et injustifiés.

Si quelqu'un, mes chers enfants, vous faisait

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cadeau d'une règ-le en or, vous seriez ravis, j'en suis sûr, mais je crois que vous n'en useriez pas beaucoup. Peut-être même que votre bonne mère ne vous le permettrait pas. « Elle est trop belle, vous dirait-elle, nous te la g-arderons soig-neusement pour plus tard. »

Qu'il n'en soit pas ainsi de la règ-le d'or que vous donne l'Evangile!

Ne l'enveloppez pas avec un pieux respect, ne la tenez pas enfermée dans une armoire, jusqu'à ce que vous soyez grands ! Toute belle qu'elle est, elle n'est pas faite pour être conservée, pour être montrée et pour être admirée de temps à autre ; elle est faite pour servir, pour servir tout de suite, pour servir non pas dans les g-randes occasions, mais tous les jours, tout le long- du jour, dans tous les détails, avec tous.

Pour les Jeunes.

Les Choix.

« Choisis la vie, » était-il dit au peuple de Jéhovah^

A qui faut-il le redire, si ce n'est aux jeunes? La jeunesse, c'est son privilège et son péril, est l'âge où les carrefours sont encore nombreux^, oii les routes s'ouvrent de tous côtés, c'est l'âge des choix.

Peut-être v a-t-il eu des heures, heures mauvaises puisqu'elles étaient heures de paresse morale, où vous en avez éprouvé un secret dépit. Vous avez envié, en regardant marcher devant vous tel de vos aînés qui n'avait plus à choisir, la fermeté sereine avec laquelle il suivait la

i. Deutéronome xxx, 19.

bonne voie. Autant avouer que vous vouliez le salaire sans le travail, la couronne avant d'avoir combattu. Pour tirer profit des choix excellents que l'on a derrière soi, il faut bien avoir fait ces choix. Et c'est justement pour que vous soyez un jour en possession de cet inestimable avantage, qu'aujourd'hui il est fait appel à votre jeune vaillance et qu'il vous est dit : choisissez ! D'ailleurs, si parmi ceux qui vous ont devancés il en est qui sont forts de leurs bons choix, d'autres, hélas ! sont faibles de leurs choix détestables. Qui sait au nombre desquels vous seriez vous-mêmes, si déjà tous vos choix avaient été arrêtés? Mais non, ils ne l'ont pas été ; c'est dire sans doute que vous n'êtes pas encore au bénéfice de la force lentement acquise pour le bien, mais c'est dire aussi que vous n'êtes pas en proie à l'horrible force acquise qui entraîne les vicieux. Même si vous avez mal commencé, rien n'est irrévocablement compromis ; un effort énerg-ique vous dégag-era. Votre vie n'est pas faite, elle est à faire. Connaissez-vous un motif plus puissant de vous décider pour les choix qui la feront bonne? Songez à l'affreux réveil d'un homme qui, tout à coup, voudrait avoir à vivre une existence pure et bienfaisante, et qui s'aperçoit que son existence à lui est déjà vécue

et qu'elle a été vaine, peut-être immonde ! Ah ! même alors, puisse-t-il ramasser ce qu'il possède encore de temps et de volonté et l'oirrir à l'amour divin, à l'amour miséricordieux qui ne repousse pas sans pitié d'aussi misérables restes. Mais cette offrande tardive est rare, bien problématique, singulièrement humiliante. Quel bonheur pour vous d'avoir entre vos mains d'autres alternatives ! Quel bonheur de pouvoir choisir !

Choisir me plaît, car c'est faire acte de liberté. Mais choisir me répug-ne aussi, parce que cet acte de ma liberté présente enchaîne ma liberté future. Choisir, c'est, après avoir embrassé du regard plusieurs partis, me prononcer pour celui que je juge le meilleur, mais c'est du coup en éliminer d'autres, qui, demain, m'attireraient peutêti"e à leur tour. Je ne veux pas, en m'engageant dans un chemin, me fermer les autres ; je ne veux pas me cantonner entre des barrières qui toujours seront trop étroites; je veux pouvoir connaître toutes les formes de la vie et me prêter à toutes à mon gré.

Ce langage est séduisant. Il n'en est pas moins trompeur.

Sans vous résigner trop aisément à vos limites, ni vous refuser à les reculer de votre mieux, il faut avoir l'humilité de les reconnaître et la sagesse d^en tenir compte. Les nier ou les mépriser, ce n'est pas vous en affranchir. Cette existence flottante, aux formes indéfiniment multiples, jamais vous ne la vivrez; tout au plus vous pourrez la rêver; et, pendant votre rêve, les jours et les ans passeront; en passant, ils s'offriront à vous, demandant à être fixés dans une œuvre ou dans un progrès; vous n'y prendrez pas garde et ils s^écouleront inutiles. Pour n'avoir pas voulu choisir, vous aurez choisi ; pour n'avoir rien voulu exclure, vous aurez exclu l'essentiel ; car vous aurez exclu l'action, l'action intérieure et extérieure, l'énergie féconde, et ce que vous aurez choisi, c'est la chimère, les velléités sans exécution, la stérilité, l'impuissance. Accueillez donc, autant qu'il vous sera possible, et de quelque côté de l'horizon qu'ils vous arrivent^ tous les souffles du ciel (je ne dis pas toutes les exhalaisons de l'égout), mais consentez à tracer votre sillon, le vôtre, non pas le seul qui soit bon et fertile, mais le seul que vous, sans déprécier ceux d'autrui, vous ensemencerez utilement.

Et puis, il s'agit moins ici des formes

multiples que la vie peut revêtir, que des principes qui la dirig-eront, et vous n'êtes pas seulement invités à choisir les objets qui^ pour des raisons variées, vous conviendront le mieux entre beaucoup d'autres ; vous êtes appelés à vous décider entre ce qu'il faut aimer et ce qu'il faut haïr, entre ce qui doit être pris et ce qui doit être repoussé, entre le bien et le mal, le juste et Finjuste, le vrai et le faux. Ce choix-là, il n'est pas en votre pouvoir de Téviter; vous ne pouvez livrer votre vie à deux directions contraires, servir deux causes opposées, avoir pour maître Dieu, et en même temps Mammon, le monde, le moi ég-oïste. Donc choisissez.

Choisissez comme il vous plaira, — ainsi aime à parler l'Ecriture, pour bien marquer que sur vous pèsera toute la responsabilité de votre choix* ; mais vous sentez bien que dans ce désintéressement apparent, dans cette sorte d'abstention volontaire, il y a au fond un conseil caché, et le désir passionné de vous voir le suivre. C'est ce même conseil qui, dans le texte du Deutéronome, vous est donné en termes exprès : choisissez, mais choisissez bien ; choisissez. l'amour et le service de Jéhovah ; choisissez l'o-

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