‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 18 sur 56 · QUE METTEZ-VOUS DANS VOS PAROLES · texte numérisé non relu

QUE METTEZ-VOUS DANS VOS PAROLES

quelque mot qui cingle l'insolent comme ferait un coup de fouet en plein visag-e, n'en ayez pas trop de regrets. C'est non seulement ce qu'il mérite, mais ce qui pourra aussi lui être salutaire. Le pauvre homme ! Il faut avoir pour lui quelque pitié. En dépit de ses prétentions, de sa naissance, de sa fortune, de l'irréprochable coupe de son vêtement, il est si mal élevé! Il est entouré de si mauvais exemples, nourri de si détestables maximes ! Qui sait si Fénergie de votre riposte ne lui ouvrira pas les yeux sur l'ignominie et sur la lâcheté de ce qu'il était en train de tenter. A lui aussi vous aurez dit précisément ce qu'il avait besoin

d'entendre.

Vous voyez que dans vos paroles le sel a sa place, aussi bien que la grâce. Privée de cet assaisonnement, celle-ci dégénérerait aisément en fadeur.

Il va sans dire qu'il ne s'agit pas ici de ces mots, de ces récits salés dont nous n'imaginons pas un instant qu'ils puissent se trouversur vos lèvres. Pas davantage de propos que rendraient piquants la médisance ou la moquerie méchante.

D'ailleurs si, avec la plupart des versions modernes, j'ai pris jusqu'ici le mot grâce au sens qu'il a dans la langue courante, il pourrait bien avoir dans le texte de l'Epître aux Colossiens, une autre portée, l'acception religieuse que lui réserve habituellement le Nouveau Testament.

Quel que soit le prix de l'amabilité, et nous ne voulons affaiblir en rien ce que nous en avons dit, elle ne suffît pas à l'ambition d'un saint Paul.

Lorsque déjeunes chrétiennes se rencontrent, se forment en Union de prière et de service, elles veulent se fortifier mutuellement, elles cherchent ensemble à mieux posséder et à mieux répandre le don divin, la grâce de Dieu. Pour y réussir, qu'elles n'oublient pas à quel point le sel est nécessaire à leurs entretiens.

Pourquoi les termes « édification » et « ennui » sont-ils parfois S3nonymes ? Pensez- vous que ce soit à cause de la légèreté de nos contemporains que fait bâiller tout ce qui est sérieux? Peut-être. J'ai peur tout de même qu'il n'y ait là une explication un peu flatteuse pour ceux qui distribuent l'édification. Ils se contentent souvent à si peu de frais ! On disculpe si volontiers un méchant livre, en invoquant les « bonnes choses » qu'on y a trouvées. Mais c'est

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à cause d'elles justement, c'est parce que cet ouvrage traite des intérêts les plus élevés, qu'il ne devait pas compromettre ces choses excellentes et trahir ces intérêts sacrés à force de niaiserie et de platitude.

Je serais désolé si, en m'exprimant ainsi, j'allais décourager une seule bonne volonté. Je ne veux inquiéter que la suffisance et la paresse. Il n'est nullement nécessaire pour assaisonner de sel son discours d'avoir beaucoup d'instruction ou un grand talent. Pour qu'une parole porte, pour qu'elle ait de la saveur, il suffit qu'elle ait le caractère d'individualité signalé dans l'exhortation si pénétrante et si riche que nous étudions; un mot l'y met en relief : à chacun.

Les recettes uniformes, les clichés prétendus évangéliques, les phrases pieuses toutes faites, colportées partout, voilà ce qui ne mord pas, voilà ce qui devient vite écœurant.

Voulez-vous, jeune servante de Dieu, parler « à chacun comme il convient, » ne vous assujettissez pas à je ne sais quelles règles qui, pour n'être pas rédigées sur des feuilles de papier, n'en exercent pas moins une autorité despotique dans beaucoup de cercles religieux ; ne dites pas ce quHl faut dire, dites ce que vous avez à dire, vous. Ce sera peut-être incomplet,

peut-être incorrect; ce ne sera pas insipide. Une parole qui n'est pas un éclio impersonnel, une parole où il y a l'accent d'une âme ne l'est jamais. Et si vous avez la sainte ambition de pouvoir dire plus et mieux, faites votre âme plus riche et plus forte. L'éducation de la langue se fait surtout par l'éducation de l'oreille. Pour apprendre à bien parler, apprenez à bien écouter^ . Quand vous direz aux hommes ce que Dieu, dans le secret et dans le silence, vous aura dit à vous-même, ce ne sera pas une vaine répétition de mots. Il j aura du sel dans votre parole. Elle apportera un bienfait, une grâce à ceux qui l'entendront".

i. Voyez Esaïe l, 4 : Le Seigneur, Jéhovah, m'a donné une langue de disciple.... Il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille, afin que j'écoute comme écoutent les disciples.

2. La pensée de saint Paul dans notre texte est reprise et développée dans l'Epître aux Ephcsiens (ch. iv, v. 29) sous cette forme : « Qu'aucune parole mauA'aise ne sorte de votre bouche; mais si, à l'occasion, l'un de vous a quelque parole propre à édifier, qu'il la dise, afin qu'elle communique une grâce à ceux qui l'écoutent. »

Pour les Jeunes Hommes.

La Sainteté du Mariage.

Tu ne commettras pas adultère.

Telle est la loi. Jeunes hommes, ne vous raidissez pas contre elle; ne la narguez pas. C'est elle qui élève l'être instinctif, produit de la nature, à la dig-nité d'un être humain.

La loi n'est pas contre nature. Rég-ler l'instinct, c'est le sanctionner; proscrire l'amour dans le désordre, c'est le glorifier dans l'ordre. Nous n'avons pas affaire ici avec l'ascétisme.

Non pas que j'entende flétrir et écarter tout ascétisme.

Si vous vous privez volontairement de cer-

taines jouissances honnêtes, parce que, sans les condamner en elles-mêmes, vous avez reconnu qu'elles menacent, en vous, la vie supérieure, cette discipline est bonne.

Quand un homme renonce à tout, non pas parce quïl a pris en pitié nos pauvretés terrestres, nos chères et belles tendresses, mais parce que la vision des opprimés et des désolés, des âmes errantes et en détresse, le hante et Tabsorbe tout entier ; devant cet homme-là, qu'il s'appelle saint Paul ou saint Vincent, catholique ou protestant, prêtre ou laïque, je m'incline et je m'humilie, car je discerne en lui les traits divins de l'Amour crucifié.

Mais si l'on veut nous obliger à voir une souillure dans la satisfaction des instincts naturels, dûment subordonnés à la loi morale, alors il me sera permis de sig-naler le double et grave péril que recèle cet ascétisme-là.

D'abord, s'il y avait toujours dans l'instinct quelque chose de répréhensible et de plus ou moins impur, la solidité de la barrière qui sépare les satisfactions légitimes de celles qui ne le sont pas serait singulièrement ébranlée. Cette prétendue légitimité ne serait donc elle-même qu'une tolérance, une concession au mal ! Seraitce être bien coupable que d'élargir le champ

des concessions, de pousser la tolérance plus loin?

De plus, déconsidérer l'amour c'est ôter au jeune homme une de ses plus sûres défenses à l'heure de la tentation. Ah! que rien ne ternisse devant ses regards l'idéal protecteur! Que les traits insaisissables, entrevus pourtant dans la brume des pressentiments, de celle dont le nom ig-noré chante confusément au fond de son cœur*, que cette image bénie ennoblisse ses rêves d'adolescent et le garde contre les mauvais entraînements ! Car il se jure à lui-même qu'il n'apportera pas à cette douce enfant les restes d'un sang vicié et d'un cœur blasé ; qu'il ne fera pas d'elle le convive attardé auquel la table du banquet ne réserve que des os rongés^; qu'il lui donnera bien plutôt, en échange de son âme de vierge, une âme neuve aussi, et naïve, et enthousiaste, une jeunesse dont il n'aura pas livré à d'autres la primeur.

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