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Déjà dans l'inconnu je t'épouse et je t'aime

Tu m'appartiens dès le passé, Fiancée invisible et dont j'ignore même Le nom sans cesse prononcé.

S. Prudhomme (Premières poésies).

2. ... tarde venieniibus ossa. J'ai entendu jadis, à la Madeleine, un prédicateur appliquer ce mot d'Ovide aux conversions différées, aux débris d'une vie souillée qu'on donne à Dieu sur le tard.

La loi n'est pas contre nature : elle distingue pourtant l'homme de la nature ; elle l'appelle à rég-ner sur la nature, à la plier aux fins supérieures, à consacrer l'instinct naturel dans l'union exclusive de deux êtres qui se complètent en se donnant l'un à l'autre, et s'aident à réaliser ainsi intégralement la vocation de l'humanité.

Il est donc vrai que la loi, en ce sens, élève rhomme au-dessus de la nature. Et savez-vous ce qui l'attend s'il déchire de ses propres mains les lettres de noblesse qui l'obligent? Son châtiment est de descendre au-dessous de la nature.

Car il met à se satisfaire non -pas simplement les ardeurs et les violences de l'instinct animal, mais les ressources supérieures qui lui avaient été confiées pour un meilleur objet. Il a pris le parti de s'abandonner, sans souci du devoir, à l'appel des sens, pour exaucer, à ce qu'il assure, le vœu de la nature. Et voici que, dans le sommeil des sens, il applique son imagination et sa volonté à éveiller et à surexciter ses désirs; cela déjà n'est plus naturel. Il introduit dans ses plaisirs une curiosité inquiète,

les raffinements morbides de Fanalyse ;il veut se voir et se sentir jouir. Et, comme cet effort même tend constamment à anéantir son objet ; comme la jouissance, déjà usée par l'habitude, s'évanouit pour avoir été ainsi à l'avance savourée, préparée et voulue, le malheureux fera tout pour se procurer des sensations toujours plus aiguës et toujours plus profondes, où il réussisse enfin à saisir le tressaillement de la vie. Là est peut-être le secret du lien souvent observé qui unit la cruauté à la volupté. L'égoïsme devient féroce et monstrueux. Rien ne l'arrête plus ; l'honneur et la paix d'un foyer respecté ne comptent plus pour lui. S'il le faut, il tuera. Il sacrifiera à sa lâche bestialité, sans même se demander ce qu'il adviendra d'elles, d'innocentes fillettes, de tout petits enfants. Il se vautrera dans les plus infâmes turpitudes. Et voilà vraiment qui est contre nature.

La loi qui établit l'homme dans sa dignité propre d'être humain est aussi la loi constitur tive de la société. Si l'on a vu juste en disant que la société vit de subordination mutuelle, condition indispensable de la vie commune, et de

liberté, non moins indispensable condition du progrès, ces deux nécessités sont conciliées dans ce g-erme de société que nous appelons le mariage. L'amour, dans l'indissoluble union d'un homme et d'une femme^, exclut aussi bien le despotisme et la servitude que l'anarchie et la guerre. Du cœur des époux il rayonne sur la maison entière, il en enveloppe et en pénètre tous les membres, et le foyer devient ainsi l'école de toutes les vertus sociales. Supprimez le foyer par l'adultère, tout s'écroule. Le cinquième commandement a très justement fait dépendre l'existence nationale de l'honneur rendu aux parents*. Mais le cinquième commandement suppose le septième. Avec la pratique de l'adultère, plus de parents. L'adultère renverse la première assise des fondements d'une société organisée; il est un crime social. Aussi l'ironie est-elle un peu forte quand ceux qui s'y adonnent prétendent, en même temps, au rôle

1. Honore ton père et ta mère, afin que tes Jours soient prolongés sur la terre que te donne Jéhovah ton Dieu.

Les derniers mots suffisent à exclure l'application individuelle de cette promesse, comme si tout bon fils était assuré du privilège douteux de devenir centenaire. Mais un peuple qui a désappris le respect et la piété filiale est un peuple en danger ; il se désagrège ; combien de temps subsistera- t-il, combien de temps la possession du sol national lui sera-t-elle assurée?

de conservateurs, de défenseurs attitrés de la communauté politique et même religieuse. On a pu voir cela dans notre histoire.

A un autre point de vue encore, la loi qui prend sous sa g-arde la sainteté du mariag-e est une loi bénie de préservation sociale, car elle est une loi qui protège le faible.

Laisse-moi, ô mon jeune lecteur, faire un instant appel à ta réflexion. Quand tu auras réfléchi, je compte sur ta générosité native, sur le sentiment de justice gravé au fond de ton cœur.

Tu te demandes pourquoi le paraphe du maire, du pasteur ou du prêtre, serait nécessaire pour rendre légitime une libre union, et même en quoi la satisfaction passagère d'un appétit naturel pourrait bien être coupable. Voici ma réponse.

Dans la satisfaction dont tu parles est engagé, non pas un aliment, comme lorsque tu as faim et que tu manges, mais un autre être, humain, une autre vie humaine. Comment pourrais-tu jamais faire abstraction des conséquences qu'attire ta jouissance sur cet être,

sur cette vie ? Quand tu les auras mesurées du regard, ces conséquences, — charges, peines, déshonneur, ruine physique et morale, — tu reculeras, épouvanté de l'énormité de l'injustice où allait te jeter ton égoïsme aveuglé.

On crie sur les toits que la règle des mœurs rend la vie mesquine et insipide, on bafoue l'union conjugale, « cette sœur fastidieuse de l'amour, » on exalte le libre amour, affranchi des devoirs prosaïques et des préjugés bourgeois, Ahl mes amis, l'impudent mensonge!

Ce n'est pas la débauche qui libère. Vous avez entrevu la scène inondée de lumière, pleine de musique et de joie; vous n'avez pas vu les repoussants envers de ces décors brillants.

Si vous voulez de la poésie, ce n'est pas là qu'il faut la chercher. Je ne dis pas sans doute que vous la trouverez dans une association vulgaire, dont le contrat notarié est le vrai et authentique lien, ou simplement dans l'exercice des droits que vous tenez du code civil et dans l'exacte pratique des devoirs qu'il vous impose. Il faut bien avouer que le mariage est trop souvent sans idéal et sans grandeur. La plus vraie

et la plus pure poésie n'en est pas moins au foyer, pauvre ou riche, et parmi les plus ordinaires travaux, quand tout y est illuminé de la splendeur d'un amour qui ne consent jamais à se renier ou à dégénérer en un attachement d'habitude, mais qui, fidèle toujours, reste aussi toujours plein de fraîcheur, d'élan, d'attentions délicates, toujours fort et toujours tendre, et jeune perpétuellement.

Pour les Parents.

Savez-vous vraiment?

Vous savez donner de bonnes choses à vos enfants.

Luc, XI, 13.

L'enfant, arrivant au monde, est l'imag-e même de l'impuissance. Incapable de pourvoir à un seul de ses besoins, il serait fatalement condamné à périr, s'il n'était accueilli par un amour tendre et fort qui a tout préparé pour le recevoir et qui suffit à tout. L'abri, le berceau, le lait pur, les soins de chaque instant, la patience illimitée, la sollicitude infatigable, rien ne lui manque. « L'amour d'un père et d'une mère est un Evangile prêché à tout enfant des hommes, la proclamation d'un amour absolument gratuit, puisqu'il a précédé de longtemps le premier sourire qui le récompense, et qu'il

SAVEZ- vous VRAIMENT? 89

survit, même à l'ingratitude qui le méconnaît ^ Oui, pères et mères, tout mauvais que vous êtes, vous savez, comme vous le disait un jour Jésus-Christ, donner de bonnes choses à vos enfants.

Le savez-vous toujours? Je n'imagine pas que, au lieu de l'aliment sain, de l'œuf ou du poisson qu'ils vous demandent, vous puissiez leur donner quelque bête malfaisante ; je ne m'adresse ici à aucun de ces monstres dont les journaux nous racontent de temps à autre les cruautés contre nature. Peut-être plutôt quelques-uns parmi vous remplaceraient-ils trop facilement le morceau de pain ou la soupe substantielle, par les friandises qui g-âtent l'estomac Mais je veux croire que vous êtes plus sages. Je suis persuadé aussi que vous cherchez à procurer à vos enfants les connaissances qui les aideront à faire le mieux possible leur chemin dans le monde. Vous savez donc leur donner et la nourriture du corps et celle de l'intelligence. Savez-vous nourrir en eux la volonté droite, le caractère, l'âme? Quand ces petits êtres, qui demain auront à se débattre avec les difficultés et la tentation, réclament inconsciemment de

i. Letters of Thomas Erskine. ii, 265.

VOUS, par le besoin même qu'ils en ont, le pain qui les rendra forts, ne vous arrive-t-il jamais de n'offrir à leur faim qu'une pierre froide et dure, les remontrances perpétuelles, le précepte sans vertu?

Peut-être j)ensez-vous qu'il appartient à l'Eglise de leur distribuer le pain de l'âme. Alors, vous ne manquez pas de les lui envoyer, dans ses écoles du dimanche et du jeudi, dans ses cours d'instruction religieuse, toutes les fois que cela vous est matériellement possible, et avec la régularité indispensable à tout enseignement fécond. C'est quelque chose, ce n'est pas assez- Heureux l'enfant qui trouve, à la maison même, le repas spirituel quotidien, et possède en son père et en sa mère ses premiers pasteurs! Les secours ne vous manquent pas. ô parents, pour vous aider à remplir cette tâche sacrée. Sans parler des bons ouvrages qui pourront vous aider, vous avez tous la Bible entre les mains. Usez- en. Parmi les services qu'elle pourra vous rendre, je signalerai celui-ci :

Deux dangers menacent nos jeunes, et d'autant plus sérieusement que, tout en étant opposés, ils s'appellent l'un l'autre : c'est la présomption et le découragement. Le sentiment de leur personnalité s'exalte, hors parfois de toute

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