‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 3 sur 56 · UNE VIEILLE PRIÈRE · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE PRIÈRE

peuple protestant; s'il se trouvait même que l'on ne me vît pas souvent participer à ce culte (cela ne regarde que moi!), je soutiendrai en tout cas contre tous les dissidents — même sous le régime de la séparation et des séparations — l'un au moins des tronçons de notre glorieuse Eglise réformée.

Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas au nombre de ces chrétiens dégénérés qui confondent la religion et la cité, l'Eglise et le monde. Je n'ai pas attendu que l'Etat brisât les liens par lesquels les Eglises lui étaient attachées, pour repousser sa tutelle humiliante et le- soutien matériel qui en était le signe; je n'ai jamais accepté pour mon Eglise que de libres adhésions et de volontaires offrandes ; je répudie pour elle toute solidarité avec quiconque ne professe pas explicitement sa foi.

Il en est venu beaucoup encore ; les uns après les autres ils se sont tenus debout devant Dieu, et je les ai écoutés longtemps; tous clairvoj^ants pour discerner ce qui peut manquer aux. autres, et y ajoutant même libéralenient, tous aveuglés sur leurs propres insuffisances, tous célébrant

leurs excellences sous couleur de bénir Dieu, et faisant tourner à la gloire de leurs vertus, de leur franchise, de leur fidélité, de leur larg-eur, les critiques mêmes que leur attitude avait pu leur valoir. Plusieurs parmi eux dénonçaient avec douleiu' la misère morale de la société contemporaine, l'impuissance spirituelle de l'Eg-lise, et voici, ils s'appliquaient à l'envi à ag-graver, à éterniser cette misère et cette impuissance, car chacun estimait que son frère devrait se convertir^ mais songeait peu à se convertir soi, ou du moins k convertir en soi ce qui était resté rebelle jusque-là à l'esprit de sainteté, de vérité et d'amour ; chacun trouvait en tout et partout — jusque dans la profession de la foi au salut par pure g-râce — une occasion de se justifier soi-même et de se complaire en soi.

Mais qu'ai-je fait à mon tour, ô mon Dieu, en parlant comme je viens de parler, et quels mots allaient s'échapper de mes lèvres? Non, sans doute, je n'aurais pas eu le front de les prononcer tout haut. Mais n'ont-ils pas retenti, dans une demi-inconscience, au fond de mon cœur?

A l'instant même où la prière de ces hommea soulevait en moi une si vertueuse réprobation, est-il certain que je ne l'aie pas reprise à mon

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