‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 4 sur 56 · UNE VIEILLE PRIÈRE · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE PRIÈRE

compte : « Merci, ô Dieu, de ce que je ne suis pas comme eux? » Ce pharisien que je condamnais après Jésus-Christ, c'est donc moi aussi!

Eh bien! je me condamnerai en effet; ma place est parmi les coupables. Qu'il me soit permis seulement de me réfugier dans leurs rangs, et de balbiitier avec eux cette seule parole : (( Dieu, aie pitié de moi, le pécheur ! »

La Prière des fils de Dieu ou le « Pater ».

L'homme se révèle en chacune de ses démarches. Ne me dis pas seulement qui tu hantes, dis-moi ce que tu lis, ce que tu regardes, ce qui t'occupe quand tu peux choisir; montre-moi la trace qu'ont laissée dans ton écriture tes gestes les plus déliés, et, si je sais voir et comprendre, je te dirai qui tu es.

Mais rien sans doute ne fait connaître un homme plus profondément que sa prière.

Je ne parle pas de sa prière officielle. Il en est d'elle trop souvent comme de celle de ce dévot citoyen de Rome qui, ostensiblement, rend son culte aux grands dieux respectés. A haute voix il invoque Janus et Apollon. Mais, au même moment, tout bas (car il a peur qu'on ne l'entende) : « Belle Laverne, dit-il à la déesse des

voleurs, accorde-moi la faveur de paraître un juste, un saint personnag-e; coavre de l'ombre de la nuit mes entreprises frauduleuses*. » Telle encore la prière du baron de Viel-Gastel, lorsqu'il apprit le débarquement de Napoléon au golfe Juan. Légitimiste, mais fort épris des gloires napoléoniennes, il se trouvait dans un embarras cruel. Il a raconté lui-même la (( transaction assez plaisante » qu'il imagina pour mettre d'accord les inquiétudes de sa conscience et le vœu de son cœur : « Je faisais tous les soirs, avant de m'endormir, une prière pour que la tentative de l'empereur échouât. Après avoir ainsi apporté à la défense de la cause royale le seul appui qui dépendît de moi, je me croyais le droit de me réjouir si mes désirs secrets venaient à être accomplis^. » Ainsi les « chrétiens » peuvent réciter le Notre Père sans nous apprendre quoi que ce soit sur leurs « désirs secrets. » Mais quand FOraison dominicale n'est pas devenue une de ces redites qu'elle devait abolir, quand chacune des brèves supplications qui la composent, et quand leur ordre même traduisent le sentiment intime, le besoin profond du cœur, elle est vrai-

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