LA CRITIQUE DE NOS PENSÉES
égard comme nous au leur. Prenons les devants, en ce qui nous concerne ; demandons à Dieu qu'il nous révèle nous-mêmes à nous-mêmes, afin que nous voyions dans leur vrai jour nos intentions et nos œuvres^ nos sentiments, nos indulgences et nos sévérités, nos colères, notre zèle, notre douceur, nos pardons, nos actes de charité et nos actes de culte : «. sonde-moi, ô Dieu, et connais
mon cœur! »
Toutefois je voudrais insister surtout sur la seconde partie de cette prière, objet peut-être d'une moindre attention, celle qui a trait aux pensées.
Il serait difficile d'exagérer l'importance des pensées dans la vie humaine. Pascal a été jusqu'à dire : « Travaillons à bien penser : voilà le principe de la morale. » Travaillons, car cela ne va pas tout seul ; comment connaîtrons-nous la valeur de nos pensées, comment saurons-nous qu'elles sont bonnes, saines, vraies, si nous ne les avons pas placées, dans un sérieux examen intérieur, sous le contrôle de la vérité, si nous ne nous sommes pas même demandé d'où elles nous viennent? Au fait, d'où nous viennent- elles ces pensées^ qui, aujourd'hui, déterminent nos
appréciations, nos sympathies et antipathies, les partis que nous avons pris, peut-être avec passion, dans les affaires ou dans les discussions publiques ? Sont-elles dues à l'étude impartiale, à la réflexion, ou bien au hasard des impressions, à l'héritag-e familial, à l'aveug-le et très peu personnelle réaction contre cet héritag-e, à l'influence du milieu, du courant dominant, de telles ou telles castes sociales, chapelles politiques, sectes religieuses? Combien souvent la pensée de nos contemporains, les idées qu'ils se font des hommes et des choses^ de l'honneur et de la justice, du devoir, de la patrie, de la science, de la religion, de tout enfin, sont puisées dans le journal que la poste leur apporte tous les matins ou qu'ils achètent pour un sou ! Et ce journal peut être une école, hélas! très largement ouverte et fréquentée, d'impudents mensonges ! Et tant de gens sont à la merci de ce qu'il voudra bien leur dire et de ce qu'il lui plaira de leur cacher! En vérité cela suffît pour expliquer d'humiliants spectacles, de lamentables égarements de la conscience nationale. Ah ! que nos pensées soient autre chose que des échos anonymes, semblables à ces discours ou à ces chansons qui vont s'imprimer dans un instrument inconscient, et que celui-ci reproduit de