Memoir of sir Th. F. Buxton (1" janvier
UN IDÉAL DE VIE NATIONALE ]5i
Le ohef de notre Psaume entend n'être servi que par des hommes de bien ; il ne veut point de ces collaborateurs intellig'ents mais sans conscience, qui paraissent si indispensables à la politique et à la diplomatie courantes. A aucun prix, il ne confiera les emplois aux arrogants qui méprisent le pauvre peuple, aux fraudeurs qui pillent les deniers publics, aux diffamateurs et aux menteurs.
Dans l'enthousiasme que lui inspire la vision d'une cité où régnent le droit et le bonheur, il va jusqu'à déclarer qu'il en exterminera chaque jour tous les ouvriers d'injustice. Ai-je besoin de dire qu'ici nous ne pouvons le suivre ? Nous savons trop bien que ce rêve sanglant est en même temps un rêve irréalisable. Il s'est renouvelé, dans notre propre histoire, à plus d'une époque. On a voulu extirper de la patrie le mal, le mal dans lapensée, Terreur poison des esprits, le mal dans la conduite, et jusque dans les intentions perverses, en proscrivant les êtres humains dans lesquels ce mal s'incarnait, en s'en débarrassant par l'exil ou, plus sûrement encore, par la mort. De là tant de massacres, massacres
d'Albigeois, massacres de Hug-uenots, massacres de ci-devants et d'aristocrates. On espérait assurer ainsi Tunité morale du pays, le triomphe de la vérité et du bien. On oubliait plusieurs choses, celle-ci entre autres, que les exécuteurs de ces hautes œuvres étaient eux-mêmes des hommes faillibles, fragiles, entraînés par leurs passions ; et ainsi se sont souvent les meilleurs qu'ont frappés l'ostracisme et les supplices. Combien le regard de Jésus a vu plus profond et plus juste : ce n'est pas en pleine évolution historique, quand tout pousse ensemble, ivraie et froment, mal et bien, ce n'est pas alors que vous aurez le discernement nécessaire au départ que vous voulez faire. Laissez croître tout ensemble ; soyez patients, ce qui ne veut pas dire résignés; luttez, mais non par la violence, luttez par les seules armes de l'esprit.
On a proposé pour les derniers versets de notre Psaume une autre interprétation, infiniment belle. C'est la communauté elle-même, le peuple qui parlerait ici, et il entendrait vraiment ne combattre que par l'esprit, c'est-à-dire par la sainteté. Comme, dans le Psaume viii, la louange sortie de la bouche des enfants triomphe de l'ennemi et du violent, ici c'est par l'énergie de sa vie tout entière consacrée au bien que la cité