‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 42 sur 56 · Ecrit eni · texte numérisé non relu

Ecrit eni

— et que vous habitiez seuls dans le pays (Esaïe V : 8).

Quel prédicateur ne serait dénoncé comme un socialiste de la pire espèce, s'il faisait sienne cette condamnation formelle de l'accaparement du sol par quelques-uns, de l'extension sans limites de la propriété foncière aux dépens de ces petits qui bientôt n'auront plus un pouce carré de terrain dont ils puissent dire :

C'est ici ma maison, mon champ et mes amours?

Autre exemple :

Il ny avait pas un seul indigent parmi eux (Act. IV : 34).

D'abord, c'est là un texte qu'il n'est g-uère possible d'isoler, et le contexte est sing-ulièrement compromettant : personne ne disait posséder quelque chose qui lui fût propre; ils mettaient tout en commun (v. 32. Comparez ii : 45 : il était alloué à chacun une part proportionnée à ses besoins). Je sais bien qu'ici, tout en rendant un hommage d'enthousiaste admiration (ce qui n'a aucun inconvénient) au désintéressement de ces chrétiens des premiers jours, il

VOUS sera facile de faire observer que, sur le terrain économique, ils se sont gravement trompés. Malgré tout, ce mot : pas un indigent parmi eux risque bien de hanter les consciences comme un cauchemar accusateur. Pour les rassurer (si vous ne parvenez pas à laisser ce passage entièrement de côté), vous aurez soin de rappeler que prétendre faire de la merveille d'une heure unique une réalité permanente, ce serait tomber dans Thérésie, puisque ce serait s'insurger contre l'autorité d'une parole de l'Evangile (que vous ne sauriez citer trop souvent celle-là, surtout si vous usez de la traduction d'Ostervald, conservée par Segond, et où le futur est substitué au présent de l'original) : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous (Matt. XXVI : 11).

Comment porter en chaire, sans faire scandale, du moins dans certains milieux, le verset 1 du chapitre m de la seconde épître aux Thessaloniciens : Lorsque nous étions avec vous nous vous donnions cette règle : celui qui refuse de travailler ne doit pas non plus manger.

Ce mot apostolique peut servir sans doute,

mais non pas en public. Armez-vous-en contre les sollicitations des vagabonds et des mendiants ; il sera parfaitement à sa place. On ne saurait répéter trop énerg-iquement qu'un pauvre qui refuse le travail n'a pas droit au pain. Mais voyez bien où vous allez si vous dites la même chose de l'oisif qui est riche en même temps qu'oisif. Le droit absolu, sans réserve ni limitation, de la propriété privée n'existe plus, s'il est vrai que celui-là est hors du droit, quels que soient les biens qu'il possède, qui mange sans travailler et consomme sans produire.

Parmi les textes à éviter décidément, il faut noter celui-ci :

Le salut vient des juifs (Jean iv : 22).

Il est vrai que Vinet l'a traité ^, et, à ce qu'il semble, sans la moindre hésitation. Mais c'était dans la première moitié du xix® siècle. Peut-être, à ce haut degré de civilisation que nous avons atteint aujourd'hui, dans cette victoire générale à laquelle nous assistons, du respect mutuel, de

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