Un peuple et rhUmanité (Etudes évangéliques
la générosité et de la tolérance, est-ce déjà trop d'avoir, en passant, attiré l'attention sur lui, et je me hâte de vous mettre en garde contre une dernière sentence, renfermée dans le livre des Proverbes, au ch. xiv. 34 :
La justice élève U7ie nation^ et ce qui fait le déshonneur des peuples, c'est le péché.
J'ai chagrin vraiment à vous priver de ce texte. Il est bien -tentant pour un prédicateur!
A vrai dire, tout peut s'arranger; moyennant certaines conditions, vous pouvez céder à la tentation.
Voici la première et principale : usez de termes assez vagues, assez généraux, pour qu'il ne puisse venir à l'esprit de personne de faire l'application du principe que vous proclamez, aux faits concrets, actuels, dans lesquels nous sommes engagés. Ah ! par exemple, choisissez bien votre moment ! Vous n'ignorez pas qu'il y a des heures dans la vie d'un peuple où le mot de justice, à lui seul, prend je ne sais quel air de provocation, si ce n'est de trahison. A première vue, et pour les naïfs, c'est la marque qu'alors ce peuple est entraîné dans un mouvement de révolte contre la justice ; que le jour est
donc venu, ou jamais, de Tavertir, de tout faire pour le ramener dans les voies de cette justice qui seule peut être sa force, sa gloire et son salut. Détrompez-vous. Dès l'instant où certains attentats contre le droit, où certains courants de l'opinion publique, risqueraient de tomber sous le coup de cette grande parole, c'est la preuve qu'il faut la taire. La faire entendre alors ce serait faire (( de la politique, » ce serait compromettre et votre ministère et votre Eglise. Attendez donc pour affirmer l'indissoluble union de ces deux termes : justice et grandeur de la patrie, que votre thèse ne se heurte plus aux défis que lui oppose l'effort présent de l'injustice, attendez qu'elle puisse doucement «^ édifier » tout le monde, se prêter exclusivement à l'expression de beaux sentiments et à de nobles développements oratoires.
Si cependant vous avez besoin, pour que ces développements ne soient point par trop vides, de faits qui les appuient, eh bien ! allez chercher vos exemples dans l'histoire. Vous les faut-il plus proches et par conséquent plus frappants, vous pouvez les prendre même chez les contemporains, — pourvu que ce soit chez les étrangers. Qu^avez-vous besoin de toucher à notre pays?
Ainsi, rassurez-vous. Grâce à quelques précautions, les textes dangereux eux-mêmes deviendront, entre vos mains, parfaitement inoffensifs.
Travail et Pain.
Au nombre des textes dangereux, nous avons signalé cette parole de l'apôtre Paul : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus^ »
Il ne sera pas inutile de l'étudier de plus près.
Quelques pieux membres de FEg-lise de Thessalonique, dans l'attente de V Avènement qui allait, d'un jour à l'autre, mettre un terme à l'ordre de choses existant, estimaient qu'ils n'avaient plus besoin de travailler. Mais la haute spiritualité qui dédaigne les obligations de la vie présente et l'emploi des moyens qualifiés de « humains » et de a tei'restres, » n'est jamais conséquente jusqu'au bout ; l'heure vient
d. 2 Thess. ni, 10.