‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 44 sur 56 · TRAVAIL ET PAIN · texte numérisé non relu

TRAVAIL ET PAIN

toujours OÙ se dément sur quelque point son indifférence transcendante pour les choses d'icibas. Ceux même qui écrivent que c'est être « charnel » d'imaginer que Jésus a pu parler dans l'Oraison dominicale du pain matériel*, se mettent à table plus d'une fois par jour ; ceux qui pensent que c'est manquer de foi de prévenir un accès de fièvre par une dose de quinine, ne se confient pas à la seule et invisible action de Dieu pour les nourrir. Peut-être est-ce à ce sentiment de la logique que Fapôtre fait appel quand il dit à ces excellents frères : si vous avez raison, si, parce que tout va finir, il ne vaut plus la peine de travailler, A'^aut-il encore la peine de manger?

Ceux qui prennent en son sens simple et littéral la demande : donne-nous notre pain, ne s'attendent pas à voir le pain tout fait tomber

1. J'ai reçu un jour, de Glasgow, un court opuscule sur YOraison dominicale, signé Walter Darlymple, où j'ai lu ceci : « Cette demande a presque toujours été expliquée par des adorateurs charnels et de charnels interprètes de l'Ecriture comme s'appliquant à la nourriture de nos corps. Mais elle ne signifie pas cela. Christ a enseigné à ses disciples à ne songer aucunement à leur corps, et il aurait formulé une prière quotidienne pour la nourriture ! Non, c'était là sa moindre intention. » — Chose curieuse, le même auteur, partisan des guéinsons par la foi, comprenait ainsi la dernière demande : « Délivre-nous des indispositions, de la maladie, du danger »

du ciel. « Le brin d'herbe sacré » a dû être semé dans un sillon diligemment préparé, et il n'est point nécessaire d'énumérer toutes les manipulations auxquelles il est soumis avant de devenir du pain. Pour que quelqu'un mange du pain, il faut que quelqu'un travaille. Celui qui mang-e sans travailler mange donc un pain pour lequel un autre a travaillé, le pain d'un autre, par conséquent, et non pas un pain à lui, selon l'énergique expression de saint PauP. Sa -vie est une vie de parasite, sans tenue, sans dignité, sans indépendance.

Il va sans dire que l'apôtre vise un fait moral, non un fait matériel : a Si quelqu'un ne veut pas

travailler » Tout autre est la situation de

celui qui ne peut pas. Que la cause de ce chômage involontaire soit dans l'organisation économique ou dans la maladie, peu importe ; nous sommes frères et solidaires. « Le bon pain est le pain gagné - ; » d''accord. Le pain partagé, dans un vif sentiment de solidarité fraternelle, est bon aussi.

N'existe-t-il point des hommes qui ont le pou-

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