PLUS DE BONHEUR
social, sa dignité d'homme, pour ne pas s'arroger sur lui certains droits, pour n'attenter dans aucune mesure à la liberté de son âme? Ah!
certes, il y a plus de bonheur k donner qu'à recevoir !
C'est ainsi que d'une parole du Seigneur Jésus, compatissante comme toutes ses paroles, dirigée comme toutes les autres contre l'égoïsme^ on peut se servir pour remuer l'amertume dans le cœur du naalheureux, et pour justifier la satisfaction du riche orgueilleux,
Jésus n'a rien voulu faire de pareil. Il n'oppose pas ici l'une à l'autre deux classes de personnes, celles qui usent du pouvoir qu'elles ont de donner, celles qui sont contraintes de recevoir; il oppose deux tendances morales, ou, si l'on veut, deux natures d'âmes : les âmes dont le grand souci est de tirer tout à elles, de recevoir; les âmes essentiellement occupées à répandre des biens sur d'autres, à donner. Les situations ne sont rien ici. En toutes, dans la misère comme, dans la richesse, dans l'aisance comme dans la pauvreté, on peut rencontrer ces âmes avides et ces âmes généreuses. Ajoutons seulement qu'elles ne sont pas partagées en camps séparés, pas même en êtres distincts ; elles existent ensemble et sont en lutte jusque dans
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un même individu humain. C'est pour nous diriger dans cette lutte, c'est pour nous aider à faire pencher la victoire du bon côté, que Jésus, appuyant sa parole de toute la vertu de sa vie, de toute la force de son sacrifice, a prononcé ce mot, recueilli et transmis par saint Paul : u II y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. »
Pas plus que de deux classes sociales, il ne s'agit donc ici de deux actes, donner, recevoir, considérés abstraitement, indépendamment de la disposition du cœur. Non seulement il n'est personne qui puisse se dispenser de recevoir, mais il n'est pas vrai que le fait de recevoir soit, à lui seul, nécessairement, une source de chagrin et une cause de dégradation.
ce Qu'as-tu que tu n'aies reçu? » On peut poser cette question même k celui qui croit devoir tout ce qu'il a à ses propres efforts et uniquement à eux. Sans le concours des autres, qu'aurait-il? Qu'aurait-il, même en fait de conforts matériels, mais qu'aurait-il surtout en ressources intellectuelles, morales, spirituelles, s'il devait tout tirer de son propre fonds? Tous, en définitive, nous sommes des pauvres. Heureux ceux qui le sont dans le fond le plus intime de leur âme, qui le sont « en esprit! » Ce sont ceux-là qui seront prêts à donner et qui sauront bien donner; ce