‹ Nouvelles esquisses de morale évangélique [microform]Chapitre 50 sur 56 · DEUX FILS · texte numérisé non relu

DEUX FILS

s'est écrié avec tant d'intense douleur : a malheur à qui scandalisera un de ces petits ! » n'a pas reculé devant le scandale des pharisiens : (c laissezles, répondit-il, ce sont des aveugles menant d'autres aveug-les. » Le plus pressé, pour lui, c'est de briser cette solidarité néfaste, c'est d'arracher à la conduite de tels guides les dociles victimes qu'ils vont faire culbuter avec eux dans le trou béant.

Il est donc vrai qu'il y a des cas où le plus grand obstacle au bien, c'est le bien organisé, où le plus formidable adversaire de la religion spirituelle est l'institution religieuse. Voilà pourquoi les révoltes de la conscience chrétienne redeviennent à toutes les époques nécessaires. Sans cesse, en effet, après toutes les réformations, commence le travail de pétrification, quand ce n'est pas de réaction. Vous aviez ouvert à grand'peine, au prix de souffrances infinies, la voie ; et voilà que vos successeurs s'appliquent à élever de nouvelles barrières. A tout instant, dans l'Eglise de Jésus^ la pensée de Jésus, celle qu'il a le plus clairement, le plus formellement exprimée, est foulée aux pieds. La hiérarchie établie par Jésus, celle de l'humilité et du service, est remplacée par la hiérarchie de la richesse et de la force. La déclaration de Jésus :

ce n'est pas la profession qui est l'essentiel, c'est l'obéissance (Matth. vu, 21), est remplacée par cette autre exig-ence : Fessentiel, c'est de s'accorder sur la profession. Obéir, c'est dire oui; et cette obéissance s'afSrme volontiers et se renforce par la condamnation violente, passionnée, quelquefois outrageante, de ceux auxquels on reproche de dire non. Ainsi se satisfont les consciences. Ainsi est perverti FEvangile de Jésus,

Est-ce donc que le fils qui a dit non est loué pour cela ? Quelle blessure au contraire pour le cœur du père que cette révolte insolente, pleine d'ingratitude ! Ah ! ne nous y trompons pas. Ce n'est pas que le Dieu de l'Evangile ait, comme disait Ernest Renan en recevant Victor Cherbuliez à l'Académie française, « des tendresses pour la faute qui vient d'une ardeur généreuse ou d'un égarement d'amour, » quoiqu'il soit parfaitement vrai « qu'il n'a que de l'aversion pour l'apparente régularité, laquelle peut fort bien s'associer à la bassesse et à l'égoïsme » et pour les vertus « confites dans l'orgueil et dans le fiel. » A quelle distance de ce prétendu Evangile est celui de Jésus pour qui mieux vaut perdre un œil que de consentir à un mauvais regard! Il n'est pas question non plus de faire

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