DEUX FILS
matériellemeat, tout en s'y refusant en paroles, de faire en maug^réant l'acte prescrit. Celui qui d^ abord était décidé à ne point obéir s^est repenti^ et rien n'est plus éloigné de son esprit que de se glorifier de son obéissance tardive. Jamais le prodigue, revenu à la maison paternelle, n'a songé à s'égaler à son digne et irréprochable frère. Le péager, s'accusant dans sa prière, se sent à mille pieds au-dessous du juste qui célèbre sa propre excellence. Et voilà pourquoi péager et prodigue peuvent être proposés en exemple aux autres.
Est-il donc indispensable de commencer par se jeter dans le désordre et dans le vice? Pas le moins du mondé. Pas plus le premier des deux fils n'a été loué pour son détestable non^ pas plus le second n'a été blâmé pour son oui immédiat. Si seulement ce oui avait été oui ! Rien n'est meilleur que le oui jaillissant, à l'instant même où l'ordre est entendu, d'un cœur joyeusement soumis. Certes ce n'est pas le cri : « Seigneur, Seigneur, » qui sera jamais répréhensible, s'il entraîne toute une vie d'obéissance. Quoi que nous ayons dit, jusqu'ici, disons donc aujourd'hui, du fond de l'âme, le oui décisif : « oui, Seigneur, je vais à l'ouvrage que tu m'assignes; me voici pour faire ta volonté. »
Et mettons-nous à l'œuvre.
Le Nom nouveau.
Quel est ton nom ? — Jacob. — Eh bien! ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël.
Genèse xxxir.
Peut-il y avoir quelque intérêt dans le chang-ement d'un nom propre? Nous avons peine à le croire, parce que les noms qui nous servent à distinguer les personnes ont perdu leur valeur primitive. Même quand la portée originale n'en est pas effacée ce n'est pas à leur sens que l'esprit s'attache, et ils ne sont encore que des signes arbitraires. On ne se demande guère si le visage ou le caractère des gens confirme le nom qu'ils portent ou s'il le dément, lorsqu'ils s'appellent, par exemple, Rose ou Angélique, Lenoir, Lenoble ou Lebon.
Il n'en a pas toujours été. il n'en est pas partout de même.
Chez les Bechuana, au rapport de M. Casalis % on donne fréquemment aux enfants, tout comme chez nous, le nom d'un aïeul ou de quelque autre parent respecté. Mais il arrive souvent aussi que le nom rappelle les circonstances de la naissance. Ce garçon s'appelle Ntoutou, c'est-à-dire bag-age; c'est qu'il est né en voyage, c'est un petit colis à transporter avec soi. Un autre : Likéléli^ pleurs, ou Tlokotsij calamité, parce qu'il est venu au monde en im temps de douleur.
Il n'est pas rare que le jeune Mochuana', au moment de la circoncision, adopte un nom dicté par ses goûts ou par ses projets, et que, après son premier fait d'armes, il en reçoive un qui conserve la mémoire de sa valeur ou de son succès. Le petit Lépoko, dispute, né parmi les discordes civiles, plus tard Thapoutlé, l'affairé, s'occupant de tout, devint enfin célèbre sous le nom de Afoshesh, quand son autorité eut triomphé de toutes les résistances. Moshesh, c'est le raseur, mot qu'il ne faut pas entendre au sens