‹ Nouvelles esquisses de philosophie critique [microform]Chapitre 17 sur 30 · NI · texte numérisé non relu

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1. Voir plus haut et le premier volume de ces Esquisses, p. 31. ^

2. Nous y reviendrons dans l arlicle suivant, dans le tableau de 1 enchaînement des choses.

funestes, et aucune n'a persisté d'une manière aussi invariable. Elle est la source de toutes les atrocités commises au nom de la religion, depuis les premières victimes humaines immolées aux dieux par la terreur, jusqu'aux dragonnades de Louis XIV. On ne saurait énumérer les maux qui en ont résulté pour l'humanité. C'est que cette croyance est la ruine de la vraie moralité et de la vraie religion.

Si l'on admet que Dieu est, par rapport à nous, une puissance extérieure, qu'il a créé ce monde ou le gouverne, on enlève à notre conscience morale toute autorité, parce qu'elle ne peut plus être considérée comme une révélation immédiate de Dieu. La nature physique, étant, non comme la conscience morale, une simple idée ou un sentiment subjectif, sujet à l'erreur, mais une réalité objective, est, dans cette supposition, la seule révélation authentique de Dieu, et, pour connaître la volonté de Dieu, il faut voir comment il gouverne le monde. Or, dans ce monde, régnent l'injustice et la violence. Il faudrait donc en conclure que Dieu le veut, et l'on voit ce que deviendraient la morale et la religion. Mais, par cette supposition, la connaissance de la nature est également faussée; car l'on ne pourra jamais comprendre ce qu'elle est en réalité, si l'on ne comprend pas qu'il y a une opposition radicale entre ce qui est divin et ce qui est naturel. La nature n'a ni moralité ni intelligence.

C'est ce que nous montre bien son action dans le monde des organismes vivants. On s'extasie volontiers sur la complication et l'agencement ingénieux des parties dans un être organisé. Mais la perfection d'une machine est-elle donc dans sa complication? Bien au contraire; ce sont les esprits grossiers qui l'admirent; l'homme cultivé apprécie plutôt la simplicité et estime d'autant plus un mécanisme qu'il atteint son but par des moyens moins compliqués. Pour un être pensant, il est triste et répugnant de se voir lié à un organisme si complexe, et de porter dans un corps tout cet attirail d'engins physiques et de combinaisons chimiques, sujet à des dérangements, à des accidents sans nombre. Mais l'essentiel, ce n'est pas l'ensemble des moyens pour atteindre une fin, c'est la fin elle-même. Or quel est le but poursuivi par la nature au moyen de tous ses artifices? On ne trouve point d'autre but apparent que la production et la conservation d'une vie qui est, en elle-même, dépourvue de valeur. Car c'est la vie d'une multitude d'êtres périssables, dont la nature même repose sur une apparence, qui sont assujettis à dos maux innombrables et forcés à multiplier eux-mêmes ces maux par

la guerre sans trêve ni merci qu'ils se font entre eux pour leur seule conservation. L'homme est le produit le plus élevé de la nature, et il n'a de valeur que par sa tendance et sa capacité à s'élever audessus de la nature. Voilà qui dit tout.

Il ne faut donc chercher dans la nature aucun principe supérieur Le seul élément moral qu'elle laisse voir est la tendance qui a déterminé l'évolution des espèces vivantes et abouti à la création de l'homme. C'est de cette évolution que nous avons à nous occuper encore.

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