‹ Nouvelles esquisses de philosophie critique [microform]Chapitre 19 sur 30 · DES CHOSES · texte numérisé non relu

DES CHOSES

La distinction du vrai et du faux n'est possible qu'en vertu du principe de contradiction, qui est, par conséquent, le principe de toute pensée et de tout jugement logique. Or la distinction du vrai et du faux n'est rien autre que la conscience de leur opposition ou de leur incompatibilité absolue, et c'est ce qu'exprime la formule ordinaire du principe de contradiction : une proposition ne peut pas être vraie et fausse à la fois.

Supposer que le vrai et le faux ne sont pas opposés ou incompatibles d'une manière absolue, supposer qu'il peut y avoir communauté de nature et d'origine entre le vrai et le faux c'est évidemment admettre qu'il n'y a, en réalité, rien de purement ou d absolument vrai, que tout est équivoque et mêlé, vrai et faux à la fois, et c'est là, comme on le voit, la négation du principe de contradiction.

En quoi consiste le faux? En ce qu'une chose parait être ce qu'elle n'est pas en réalité. Le faux implique donc l'opposition de l'être et du paraître, et le déguisement de l'un en l'autre : le paraître veut passer pour l'être et c'est en cela qu'il est faux. Par exemple, nos sensations de couleur nous apparaissent comme des qualités des corps situés hors de nous. L'homme naturel ne se doute pas le moins du monde que les couleurs qu'il voit sont des sensations en lui ; il les voit comme quelque chose d'extérieur et ne songe pas à mettre en question le témoignage de la vue. Il est donc manifeste que le vrai, en ce qui concerne les couleurs, leur être véritable, à savoir qu'elles sont des sensations en nous, est déguisé par le paraître qui en fait des

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qualités de corps dans l'espace, et c'est ce paraître qui est pris pour ?être. Le faux se donne pour le vrai, et c'est en cela que consiste son cLactére anormal. En usurpant la place de l'être, e pa-l'être, mais, en réalité, voulant passer pour ce qu il n est p.s le pa aUre se renie lui-même. Aussi l'opposition du vrai et du faux implique-t-elle la condamnation du faux, et reconnaître une erreur,

c'est l'annihiler. , ,

Or, cette opposition du vrai et du faux, impliquant la condamnation du faux, présuppose un caraelèrc spécial do la nature normale l "bsolue d s choses, à savoir que le vrai est seul conforme a cette nature et possède seul un caractère absolu, que le faux au contraire étant étranger à la nature normale et absolue des choses, ne peut pas posséder de caractère absolu.

Pour mieux le comprendre, il faut jeter un coup d œil sur les doctrines philosophiques qui impliquent la négation du princpe de contradiction L de l'opposition du vrai et du faux telle que nou enons de l'exposer. Ce sont les systèmes de l'idéalisme ab.ou don W a deux espèces : l'idéalisme de Fichte et ceUu de Hegel. »eg 1 enseignait, comme on le sait, l-idenlité de l'être et de lideccestà-dirc l'identité de l'être et du paraître et, par conséquent, celle du vrai et du faux; aussi niait-il le principe de cnlradîciion Suivant sa doctrine, il est dans la nature normale et absolue des choses de se nier elles-mêmes, de se transformer en leur contraire et de paraître ce qu'elles ne sont pas'. Cette doctrine étant logiquement contradictoire n'a pas de sens; mais il n'en va pas beaucoup mieux av^e l'idéalisme de Fichte, qui est, à proprement parler, celui de Kant^ C'est Kant, en effet, qui a le premier érigé en principe 1 alfirmafon que les objets connus ne sont pas distincts des représentations, mais signifient seulement de simples manières de relier ensemble la dn^rsilê présente dans l'intuition (das Mannlgfalligeder Amchatiung). Or, Vil n'existe pas autre chose que la représentation, il n'y a pas autre chose que le paraître, et les représentations ne représentent rien : c'est la doctrine du faux absolu.

Ce qui constitue l'essence ou la nature de l'idée ou de la représentation, c'est la croyance, qui lui est inhérente, à l'existence objec-

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