Gesammelte Schriflen, vol. IV, p
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VIB DE A. SPIR.
Vers celte époque se place un événement dont les suites devaient lui être funestes : il tomba malade d'une pneumonie, qu'une rechute aggrava au point de l'affecter d'une toux chronique qui dès lors ne le quitta plus; il la supporta sans se plaindre, bien que, lui rendant impossible tout commerce, elle finît par l'isoler du monde. 11 vint alors chercher en Suisse le climat salutaire qui lui était recommandé et s'établit avec sa femme et sa petite fille sur les bords du lac Léman, à Lausanne, où il passa cinq années. Là il recommença à travailler activement, écrivant même parfois au milieu de la nuit quand les quintes de toux le tenaient éveillé. Mais il lui fallait toujours pour se mettre à l'œuvre le gré de l'inspiration; il ne pouvait écrire sur un sujet donné, et enregistrait seulement les idées au fur et à mesure qu'elles se présentaient à son esprit. Cette liberté dans la production explique comment, s'il a pu consentir à plusieurs reprises à donner des articles à des revues philosophiques allemandes, il n'accepta jamais d'en être le collaborateur régulier. — C'est pendant ce séjour à Lausanne qu'il publia, en I880, l'édition complète et définitive des Gcsarmnelte Schriften.
A côté de celte vie spirituelle intense, A. Spir vivait aussi la vie de famille heureuse et tranquille, mais parfois, à ce foyer où jamais ne régnait la discorde, le trouVait-on attristé et comme abîmé dans une pensée qui lui serrait le cœur; peutêtre méditait-il alors le mot d'Amiel : « Etre méconnu, c'est la coupe d'amertume et la croix de la vie, c'est la plus cruelle épreuve réservée aux hommes qui se dévouent... » D'autres fois encore, de profonds soupirs s'échappaient de sa poitrine : il souffrait en songeant aux maux et aux douleurs dont est rempli le monde, à la perversité, à l'égoïsme des hommes si peu disposés à la recherche du bien, si éloignés pour la plupart de cette vie désintéressée, qui, selon tous les sages, est la vraie vie humaine.
VIE DE A. SPIR.
Ses moments de loisir étaient consacrés à l'éducation de son enfant, chez laquelle il cherchait avant tout à développer ramour du bien et du vrai. Mais il l'élevait peut-être mieux encore par son exemple. Un jour, sa fille lui ayant demandé comment il faisait pour ne jamais pécher, il lui répondit que même l'homme paraissant le meilleur péchait continuellement, qu'il suffisait d'élever la voix pour commettre un péché. Il était très sévère pour lui-même et toute sa vie fut un continuel effort vers une perfection plus haute. Dès sa jeunesse il avait vaincu les passions malsaines et lutté contre les instincts de la nature physique, grâce à la conscience qu'il avait de la dignité humaine et à son amour de la raison. La noblesse de son être moral se révélait sur toute sa personne, sur sa figure douce et -pâle, sur ce beau front qu'il appuyait volontiers de sa main fine dans l'attitude familière de la méditation. Il y avait a la fois de la délicatesse et de la distinction dans ses manières en même temps qu'une grande simplicité.
De sa demeure située en dehors de la ville on dominait le lac et les montagnes, et ce tableau était pour lui uue grande jouissance ; il y comparait en pensée les steppes si peu variées qui avaient tant impressionné son enfance. Artiste dans 1 ame, • il avait le sens esthétique très développé, et aimait par dessus tout la musique, ne se lassant pas d'entendre sa femme lui jouer ses morceaux favoris. Les chefs-d'œuvre classiques lui produisaient une impression extraordinaire, il s'en imprégnait tout entier et son âme vibrante semblait transportée dans un monde su,.ra-terreslre dont la musique reQétait en quelque
sorte la sublime beauté.
Comme la lecture était sa plus constante occupation - on se rappelle que la maladie le condamnait à l'isolement, - Spir se trouva bientôt au bout des ressources de bibliothèque que Lausanne pouvait lui offrir. Force lui fut donc en 1886 de quitter sa paisible demeure et d'aller habiter Genève, où il passa les
VIE DE A. SPIR.
dernières années de sa vie. Il ne s'absenta qu'une seule fois de celle ville, pour se rendre à Aoslc (dans le Dauphiné) sur l'iuvilalion de M. Penjon, avec lequel il étail entré en relation à la suite d'un compte rendu de Denhen iind Wirklichkeit publié par le professeur de Lille dans la Revue philosophique.
Installé à Genève, Spir put terminer ses Esquisses de philosophie critique, qui parurent en dSST'. Il s'était donné à lâche d'exposer sa doctrine en français, mais comme ce premier volume était trop résumé pour donner une vue d'ensemble de sa pensée, il chercha à le compléter ensuite par les Nouvelles Esquisses, qui furent publiées après sa mort dans la Beviie de Métaphysique et de Morale' par les soins de M. Penjon, et que lobhgeance de M. Xavier Léon nous permet de reproduire aujourd'hui en volume.
Dès lors il cessa tout à fait d'écrire, croyant avoir dit tout ce qu'il avait à dire. Pourtant il rédigea encore quelques articles, dont un sur V Immortalité de l\ime\ question qui faisait alors plus particulièrement Tobjet de ses réflexions, puis consi-na dans un cahier volumineux, mais à peine rempli au quart, des pensées détachées, qui sont les dernières lignes que sa plume ail tracées.
Bien que son état de santé ne se fut pas aggravé, il ne lui laissait cependant aucun espoir de retourner jamais dans son pays; séduit d'autre part, par les institutions libérales et démocratiques de la Suisse, — où il pensait finir ses jours, — A. Spir conçut le dessein d'acquérir la bourgeoisie de Genève et fit les démarches nécessaires à ce sujet; mais lorsque parvint enfin
1. Il vient d'êlre fait récemment une Iradiiclion russe de ces premières Esquisses ei\e comte Léon Tolstoï, désireux de faire connaître en Russie la philosophie de son compatriote, s'était proposé d'y joindre une préface pour introduire auprès du public. Malheureusement le manuscrit a été retenu à la censure, où il est encore.