Revue de Métaphysique et de Morale
3. Cet article, qui avait été écrit plus spécialement pour le grand public, a été ajoute par 1 auteur lui-même aux présentes Esquisses. Il a paru, en outre en traduction dans les Philos. Monatshefte, XXX, 5 et G * "» *^n ouire, en
VIE DE A. SPIR.
l'acte officiel lui conférant le droit de cité... le philosophe venait
d'expirer.
C'était l'hiver durant lequel l'influenza avait subitement fait invasion, laissant partout des traces de son sinistre passage. Lorsque Spir apprit que l'épidémie allait se propager dans la ville, il ne se fit pas d'illusion et déclara tranquillement que ça allait en être fait de lui. Sa noire prédiction ne se réalisa que trop. En effet, après sa femme et sa fille, — auxquelles il prodigua ses soins, — il fut à son lour gagné par la fièvre, qui marqua le début de la longue et pénible maladie dont il ne devait plus se relever. Les journées, puis les semaines s'écoulèrent lentement, emportant petit à petit toutes ses forces, et son pauvre corps dépérissait, miné par la fièvre, épuisé par les accès de toux et les insomnies. Bientôt toutes les fonctions de l'organisme semblèrent suspendues, hormis celles du cerveau; seule la pensée restait inaccessible à l'atteinte meurtrière, l'énergie morale subsistait toujours.
Calme et lucide, le malade regarda sa vie s'éteindre; il vit se consumer la fragile enveloppe de son être et aurait voulu analyser les phases de cette destruction matérielle qui, par degré, poursuivait son œuvre. A plusieurs reprises il désira écrire, mais sa main était trop faible. Pendant de longues heures il restait immobile, les paupières closes, et son beau visage d'une pâleur effrayante, creusé par la souffrance, conservait la même expression de sérénité.
Les jours succédèrent aux jours, et la mort à pas lents s'approchait; quand il la sentit l'effleurer presque, il dit aux siens d'une voix résignée : « Il est doux de mourir quand on a accompli sa tâche ici-bas », et son regard, d'une douceur infinie, restait attaché sur les deux chers êtres qu'il allait quitter; mais une larme brilla dans ses yeux, lorsque dans un dernier sourire il dit son dernier adieu... Puis en un instant la paralysie avait envahi sa langue, pendant que continuait terrible et tra-
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VIE DE A. SPIR.
gique la lutte entre la vie et la mort. En possession de toute sa connaissance le mourant cherchait en vain à se faire comprendre, il ne put que baihulier; quand soudain, rassemblant toutes ses forces en un suprême effort, il prononça distinctement ces mots : « Fiat Lux! » Désormais sa bouche resta muette, mais son regard parlait encore...
Enfin le 26 mars d890, après deux nuits et un jour de terrible agonie, A. Spir avait cessé de souffrir.