‹ Nouvelles et essaisChapitre 2 sur 7 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

rigueur dans la cotnposilion. L'art du roman est plus sévèrement délimité ; il est régi par des lois plus stric^ tes. Aussi peut-on Vraiment proclamer que Colette est la première qui ail apporté au roman une psychologie nouvelle, naturel et délicat produit de la sensibilité toute particulière à son sexe.

A la féminité de Colette si heureusement préservée dans son œuvre s'ajoute un autre don tout aussi original. Son œil a une vision spéciale et singulière. Il perçoit les êtres les plus humbles, les animaux les plus familiers, les choses les plus usuelles sous un angle nouveau et dans une perspective imprévue.

C'est surtout dans ses hisloires*de bêtes que cette faculté est lumineusement ctpparenle. Colette n'étudie pas les animaux du haut de sa taille d'être humain, mais elle se penche Vers eux ; il semble même qu elle se met à quatre pattes pour demeurer dans leur plan, au ras de la terre. Ainsi discerne-t-elle leurs affinités, leurs répulsions, leurs appréhensions, leurs raisonnements, toute la mécanique mystérieuse de leurs sensations avec une compréhension si intelligente, une objectivité si complète que dès lois il nous semble que l'âme des bétes nous est révélée.

Les animaux de La Fontaine sont symboliques. Le poète leur prête des sentiments humains, tout en tenant compte de leurs différentes natures de bêtes qu'il connaissait ù fond et qu'il a décrites d'un trait, dam

Page 1