IV PREFACE
fois de lyrisme. Imprégné des senteurs de la terre, du pain chaud, du vin frais, tout animé d'un air léger qui y circule, il s'apparente à celui de nos grands écrivains les plus représentatifs du pur génie français. Il est le direct reflet d'une des sensibilités les plus originales dans la littérature de ce temps.
Sentimentalités
Le perron au soleil. La sieste après déjeuner. Toby-Chien et Kiki-la-Doucette gisent sur la pierre brûlante. Un silence de dimanche. Pourtant, Toby-Chien ne dort pas, tourmenté par les mouches et par un déjeuner pesant. Il rampe sur le ventre, le train de derrière aplati en grenouille, jusqu'à Kikila-Doucette, fourrure tigrée immobile.
TOBY-CHIEN Tu dors ?
KIKI-LA-DOUCETTE, ronron faible.
TOBY-CHIEN
Vis-tu seulement ? Tu es si plat ! Tu as l'air d'une peau de chat vide.
(1) Publié par la Société du Mercure de France.
l COLETTE
KIKI-LA-DOUCETTE, voix mourante.
Laisse...
TOBY-CHIEN Tu n'es pas malade ?
KIKI-LA-DOUCETTE
Non... laisse-moi. Je dors. Je ne sais plus si j'ai un corps. Quel tourment de vivre près de toi \ J ai mangé, il est deux heures... dormons.
TOBY-CHIEN
Je ne peux pas. Quelque chose fait boule dans
mon estomac. Cela va descendre, mais lentement.
Et puis ces mouches, ces mouches !... La vue d'une
seule tire mes yeux hors de ma tête. Comment
font-elles ? Je ne suis que mâchoires hérissées de
dents terribles ( entends-les claquer ! ) et ces bêtes
damnées m'échappent. Hélas ! mes oreilles ! hélas !
mon tendre ventre bistré \ ma truffe enfiévrée !...
Là ! juste sur mon nez, tu vois ? Comment faire ?
Je louche tant que je peux... Il y a deux mouches
maintenant ? Non, une seule... Non, deux... Je les
jette en l'air comme un morceau de sucre. C'est
le vide que je happe... je n'en puis plus, je déteste
le soleil, et les mouches, et tout !...
I! gémit
KIKI-LA-DOUCETTE, assis, les yeux pâles dé sommeil et de lumière.
Tu as réussi à m'éveiller. C'est tout ce que tu voulais, n'est-ce pas ? Mes rêves sont partis. A peine sentais-je, à la surface de ma fourrure profonde, les petits pieds agaçants de ces mouches que tu poursuis. Un effleurement, une caresse parfois ridait d'un frisson l'herbe inclinée et soyeuse qui me revêl... Mais tu ne sais rien faire discrètement ; ta joie populacière encombre, ta douleur cabotine gémit. Méridional, va !
TOBY-CHIEN, amer.
Si c'est pour me dire ça que tu t'es réveillé !,..
KIKI-LA-DOUCETTE, rectifiant; Que tu m'as réveillé.
TOBY-CHIEN
j'étais mal à l'aise, je quêtais une aide, une parole encourageante...
KIKI-LA-DOUCETTE
Je ne connais point de verbes digestifs. Quand je pense que, de nous deux, c'est moi qui passe^pour un sale caractère ! Mais rentre un peu en toi-même.
compare ! La chaleur t'excède, la faim t'affole, le froid te fige...
TOBY-CHIEN, vexé.
Je suis un sensitif.
KIKl-LA-DOUCETTE Dis : un énergumène.
TOBY-CHIEN
Non, je ne le dirai pas. Toi, tu es un monstrueux égoïste.
KIKI-LA-DOUCETTE
Peut-être. Les Deux-Pattes — ni toi — n'entendent rien à l'égoïsme, à celui des Chats. ... Ils baptisent ainsi, pêle-mêle, l'instinct de préservation, la pudique réserve, la dignité, le renoncement fatigué qui nous vient de l'impossibilité d'être compris par eux. Chien peu distingué, mais dénué de parti-pris, me comprendras-tu mieux ? Le Chat est un hôte et non un jouet. En vérité, je ne sais en quel temps nous vivons ! Les Deux- Pattes, Lui et Elle, ont-ils seuls le droit de s'attrister, de se réjouir, de lapper les assiettes, de gronder, de promener par la maison une humeur capricieuse ?
J ai, moi aussi, MES caprices, MA tristesse, mon appétit inégal, mes heures de retraite rêveuse où je me sépare du monde...
TOBY-CHIEN, attentif et consciencieux.
Je t'écoute, et je te suis avec peine, car tu parles compliqué et un peu au-dessus de ma tête. Tu m'étonnes. Ont-Ils coutume de contrarier ta changeante humeur ? Tu miaules : on t'ouvre la porte. Tu te couches sur le papier, le papier sacré qu'il gratte : Il s'écarte, ô merveille, et te livre sa page déjà salie. Tu déambules, le nez froncé, la queue en balancier agitée de secs mouvements, visiblement en quête de méfaits : Elle t'observe, rit, et II annonce : « la Promenade de Dévastation. » Alors ? D'où vient que tu récrimines ?
KIKI-LA-DOUCETTE, de mauvaise foi.
Je ne récrimine pas. D'ailleurs, les subtilités psychologiques te demeureront à jamais étrangères.
TOBY-CHIEN
Ne parle pas si vite. Il me faut le temps de comprendre... Il me semble... J'ai de la peine k m'exprimer aujourd'hui. Voici : il me semble que, de nous deux, c'est toi qu'on choie ; et cependant, c est toi qui te plains.
b COLETTE
KIKI-LA-DOUCETTE
Logique de chien !... Plus on me donne, plus je demande.
TOBY-CHIEN C'est mal ! C'est de l'indiscrétion.
KIKI-LA-DOUCETTE Non ; j'ai droit à tout,
TOBY-CHIEN A tout ? Et moi ?
KIKI-LA-DOUCETTE Tu ne manques de rien, j'imagine ?
TOBY-CHIEN
De rien ? Je ne sais. Aux moments où je suis le plus heureux, une envie de pleurer me serre les côtes, mes yeux se troublent... Mon cœur m'étouffe. Je voudrais, à ces minutes d'angoisse, être sûr que tout ce qui vit m'aime, qu'il n'y a nulle part dans le monde un chien triste derrière une porte, et qu'il ne viendra jamais rien de mauvais...
KIKI-LA.DOUCETTE, goguanarH.
Et alors, il arrive quoi de mauvais ?
TOBY-CHIEN
Ah ! tu ne l'ignores pas ! C'est fatalement à cette heure qu'Elle survient, portant une fiole jaune où nage l'horreur .. tu sais... l'huile de ricin ! Perverse, insensible, elle me maintient entre ses genoux vigoureux, desserre mes dents...
KIKI-LA-DOUCETTE Serre-les mieux.
TOBY-CHIEN
Mais j'ai peur de lui faire mal...
KIKI-LA-DOUCETTE
Elle a voulu — j'étais petit — me purger avec l'huile. Je l'ai si bien griffée et mordue qu'elle n'a pas recommencé. Elle a cru, une minute, tenir le démon sur ses genoux, je me suis roulé en spirale, j'ai soufflé du feu, j'ai multiplié mes vingt griffes par cent, mes dents par mille, et j'ai fui, comme par magie.
TOBY-CHIEN
Je n'oserais pas. Je l'aime, tu comprends. Je 1 aime assez pour lui pardonner même le supplice du bam.
KIKI-LA-DOUCETTE, intéressé.
Oui ? dis-moi ce que tu ressens, La vue seule de ce qu'Elle te fait dans l'eau me remplit de frissons.
TOBY-CHIEN
Hélas !... Ecoute, et plains-moi. Quelquefois, lorsqu'Elle est sortie de son bassin de zinc, vêtue de sa peau toute seule, Elle ne remet pas tout de suite ses peaux de linge et d'étoffe. Elle reverse de l'eau chaude, y jette une brique brune qui sent le goudron et dit : « Toby ! > Cela suffit ; mon âme me quitte déjà. Mes jambes flageolent. Quelque chose, sur l'eau, brille, qui danse et m'aveugle, une image en forme de fenêtre tortillée... Elle me saisit, pauvre corps évanoui que je suis, et me plonge... Dieux !... Dès lors je ne sais plus rien... je n'espère qu'en Elle, mes yeux s'attachent aux siens, durant qu'une tiédeur étroite colle à moi, épiderme sur mon épiderme...
Brique mousseuse, odeur de goudron, eau piquante dans mes yeux, dans mes narines, naufrage de mes oreilles... Elle s'excite, Elle m'étrille d'un
cœur allègre, ahanne, rit... Enfin, c'est le sauvetage, le repêchage par la nuque, pattes battant 1 air et cherchant la vie ; — la serviette rude, le peignoir où je goûte une convalescence épuisée...
KIKI-LA-DOUCETTE, impressionné au fond.
Remets -toi.
TOBY-CHIEN
Dame, rien que de le raconter... Mais toi-même, si narquoisement curieux de mes malheurs, ne m'es-tu pas apparu, un jour, terrassé sur une table de toilette, au-dessous d'Elle qui, armée d'une éponge...
KIKI-LA-DOUCETTE, très gêné, queue battante.
Une vieille histoire ! Ma culotte de zouave était salie. Elle a voulu la nettoyer. Je lui en ai voulu pendant toute une après-midi.
TOBY-CHIEN
Oh ! pour bouder, tu t'en acquittes. Moi, je ne peux jamais. J'oublie les injures.
KIKI-LA-DOUCETTE, pince-sans-rire.
Et tu lèches la main qui te frappe. Connu !
TOBY-CHIEN, gobeur.
Je lèche la main qui... Oui, c'est tout à fait comme tu dis. C'est une jolie expression.
KIKI-LA-DOUCETTE
Elle n'est pas de moi. La dignité ne t'étouffe pas. Ma parole ! souvent j'ai honte pour toi. Tu aimes tout le monde, tu accueilles d'un derrière plat toutes les rebuffades, ton cœur est avenant et banal comme un jardin public.
TOBY-CHIEN
N'en crois rien, mal élevé. Tu te trompes, toi, Tinfaillible, — aux manifestations de ma politesse. Voyons, franchement, veux-tu que je gronde aux mollets de ses amis à Lui, de ses amis à Elle ? Des gens bien vêtus qui savent mon nom (il y a beaucoup de gens que je ne connais pas qui savent mon nom) et me tirent bonnement les oreilles ?
KIKI-LA-DOUCETTE Je hais les nouveaux visages.
TOBY-CHIEN
Je ne les aime pas non plus, quoi que tu dises. J'aime... Elle et Lui.
KIKI-LA-DOUCETTE Moi, j'aime Lui... et Elle.
TOBY-CHIEN
Oh ! il y a longtemps que j'ai deviné ta préférence. Il y a, entre toi et Lui, une espèce rl'entente secrète...
KIKI-LA-DOUCETTE, souriant, mystérieux et abandonné.
Une entente... oui. Secrète et pudique, et profonde. Il parle rarement, gratte le papier avec un bruit de souris. C'est à lui que j'ai donné mon cœur avare, mon précieux cœur de chat. Et Lui, sans paroles, m'a donné le sien. L'échange m'a fait heureux et réservé, et parfois, avec ce bel instinct capricieux et dominateur qui nous fait les rivaux des femmes, j'essaie sur lui mon pouvoir. A Lui, quand nous sommes seuls, les oreilles diaboliques pointées en avant, qui présagent le bond sur son papier-àgratter ! A Lui le tap-tap-tap des pattes tambourinantes à plat au travers des plumes et des lettres éparses ! A Lui aussi le miaulement insistant qui demande la liberté, — « l'Hymne au bouton de porte ", dit-il en riant ; ou encore « la plainte du séquestré ». Mais à Lui seul aussi la contemplation tendre de mes yeux inspirateurs qui pèsent sur sa tête penchée, jusqu'à ce que son regard appelé cherche
et rencontre le mien dans un choc d'âmes si prévu et si doux que je clos mes paupières sous une honte exquise... Elle... s'agite trop, me bouscule souvent, me vanne dans l'air pattes réunies deux par deux, s'énerve à me caresser, rit haut de moi, imite trop bien ma voix...
TOBY-CHIEN, ému d'indignation.
Je te trouve difficile. Assurément je l'aime, Lui, qui est bon, qui détourne les yeux de mes fautes pour n'avoir pas à me gronder. Mais Elle ! C'est ce que je vois au monde de plus beau, de plus cher, et de plus incompréhensible. Son pas m'enchante, ses yeux variables me dispensent le bonheur et la tristesse. Elle est pareille au Destin et n'hésite jamais ! Les tourments même, de sa main... Tu sais comme Elle me taquine ?
KIKI-LA-DOUCETTE Durement.
TOBY-CHIEN
Non pas durement, mais finement. Je ne puis rien prévoir. Ce matin, elle s'est penchée comme pour me parler, a soulevé mon oreille de petit éléphant, et a jeté dedans un cri pointu qui est descendu au fond de ma cervelle...
KIKI-LA-DOUCETTE Horreur !...
TOBY-CHIEN
Etait-ce bon ? Etait-ce mauvais ? Maintenant encore j'hésite. Cela a déchaîné en moi une folie circulaire de nervosité... Presque chaque jour, sa fantaisie exige que je fasse le "■'- poisson » : soulevé dans ses bras. Elle étreint mes côtes jusqu'à la suffocation, jusqu'à ce que ma bouche muette s'ouvre comme celle des carpes qu'on noie dans l'air...
KIKI-LA-DOUCETTE Je la reconnaissais bien là.
TOBY-CHIEN
Soudain je me sens libre et vivant, vivant par le miracle de sa seule volonté ! Que la vie alors me paraît belle ! Comme je mâchouille sa main pendante, l'ourlet de sa robe !
KIKI-LA-DOUCETTE, méprisant.
Le joli jeu !
TOBY-CHIEN Tout le bien et tout le mal me viennent d'ElIe... Elle est le tourment aigu et le sûr refuge. Lorsquev
épouvanté, je me jette en Elle, le cœur fou, que ses bras sont doux, et frais ses cheveux sur mon front ! Je suis son « enfant-noir », son ' Toby-Chien », son « tout petit h'amour »... Pour me rassurer Elle s'assoit par terre, se fait petite comme moi, se couche tout à fait, pour m'enivrer de sa figure au-dessous de la mienne, renversée dans sa chevelure qui sent bon le foin et la bête ! Comment résister alors ? Ma passion déborde, je la suis d'une truffe énervée, je cherche, trouve, mordille le bout croquant et rose d'une oreille — Son oreille ! — jusqu'à ce qu'ElIe crie, chatouillée : « Toby ! c'est terrible ! au secours, ce chien me mange ! »
KIKI-LA-DOUCETTE
Saines joies, brutales et simples... Et tu t en vas, ensuite, faire la cour à la cuisinière.
TOBY-CHIEN
Et toi à la chatte de la ferme... Moi, j'aime... Elle et Lui, dévotement, d'une passion émue qui me grandit jusqu'à Eux ; elle suffit d'ailleurs à occuper mon temps et mon cœur. L'heure de la sieste passe. Chat, mon méprisant ami, que j aime pourtant, et qui m'aimes. Ne détourne pas la tête ! Ta pudeur singulière s'emploie à cacher ce que tu nommes
faiblesse, ce que je nomme amour. Crols-tu que je SOIS aveugle ? Lorsque je reviens avec Elle vers la Maison, j'ai vu vmgt fois, derrière la vitre, ta figure triangulaire s'éclairer et sourire à mon approche. Le temps d'ouvrir la porte : tu avais déjà remis ton masque de chat, ton joli masque japonais aux yeux bridés... Peux-tu le nier ?
KIKI-LA-DOUCETTE, résolu à ne pas entendre.
L'heure de la sieste passe. L'ombre conique des poiriers croît sur le gravier. Tout notre sommeil est parti en paroles. Tu as oublié les mouches, ton estomac inquiet, la chaleur qui danse en ondes sur les prés. Le beau jour lourd s'en va. Déjà l'air s'émeut, et courbe vers nous l'odeur des pins dont le tronc fond en larmes claires...
TOBY-CHIEN
La voici. Elle a quitté son fauteuil de paille, étiré ses bras gracieux, et je lis l'espoir d'une promenade dans le mouvement de sa robe. Tu la vois, derrière les rosiers ? Elle casse de l'ongle une feuille de citronnier, la froisse et la respire... Je lui appartiens. Les yeux fermés, je devine sa présence...
KIKI-LA-DOUCETTE
Je la vois. Elle est tranquille et douce... pour un instant. Je sais surtout qu'il la suivra de près, en quittant son papier ; Il sortira en l'appelant : <' Où es-tu ? » et s'assoira, fatigué, sur le banc. Pour lui, je me lèverai avec politesse et j'irai carder de mes ongles la jambe de son pantalon. Silencieux, pareils, heureux, nous écouterons tomber le jour. L'odeur du tilleul deviendra sucrée jusqu'à l'écœurement, à l'heure même où mes yeux de voyant s'agrandiront, noirs, et liront dans l'air des Signes mystérieux... Là-bas, derrière la montagne pointue, un calme incendie, plus tard, s'allumera, une vapeur ronde, d'un rose glacé dans le bleu cendreux de la nuit, un cocon lumineux d'où éclora le tranchant éblouissant d'une lune coupante qui voguera, fendant les nuages... Et puis, ce sera le moment d'aller dormir. II me prendra sur son épaule, et je dormirai sur son lit, contre ses pieds soigneux de mon repos. Mais le petit matin me verra frissonnant, rajeuni, assis face au soleil, dans le nimbe d'argent dont m'encense la rosée, et semblable, en vérité, au Dieu que je fus.
Le premier feu
Parce qu'il pleut et que le vent d'octobre chasse dans l'air les feuilles trempées, Elle a allumé dans la cheminée le premier feu de la saison. En extase, Kiki-la-Doucette et Toby-Chien, couchés côte à côte au coin du marbre tiède, s éblouissent à contempler la flamme et lui dédient des prières intérieures.
KIKI-LA-DOUCETTE, pareil à un coussin, sans pattes apparentes.
Feu ! te voici revenu, plus beau que mon souvenir, plus cuisant et plus proche que le soleil ! Feu ! que tu es splendide ! Par pudeur je cache ma joie de te revoir, je ferme à demi mes yeux où ta lumière amincit la prunelle, et rien ne paraît sur ma figure où est peinte l'image d'une pensée fauve et brune... Mon ronron discret se ptrd dans ton crépitement. Ne pétille pas trop, ne crache pas d'étincelles sur ma fourrure, sois clément, Feu varié, que je puisse t'adorer sans crainte...
TOBY-CHIEN, à moitié cuit, les yeux injectés, la langue pendante.
Feu ! feu divin ! te revoici ! Je suis bien jeune encore, mais je me souviens de ma terreur respectueuse, la première fois que sa main, à Elle, t'éveilla dans cette même cheminée. La vue d'un dieu aussi mystérieux que toi a de quoi frapper un chien-enfant, à peine sorti de l'écurie maternelle. O Feu ! je n ai pas perdu toute appréhension. Hiii ! tu as craché sur ma peau une chose piquante et rouge... J ai peur... Non, c'est fini.
Que tu es beau ! Ton centre plus rose darde des lambeaux d'or, des jets vifs d'air bleu, une fumée qui monte tordue et dessine d'étranges apparences de bêtes... Oh ! que j'ai chaud ! Sois plus doux, Feu souverain, vois comme ma truffe séchée se fendille et craque... Mes oreilles ne flambent-elles point Je t'adjure d'une patte suppliante, je gémis d'une volupté insupportable... je n'en puis plus !... (il se retourne) Ah ! rien n'est jamais bon tout à fait. Sous la porte, la bise pince mes cuisses nues. Tant pis î que mon derrière gèle, pourvu que je t adore en face !
KIKI-LA-DOUCETTE
Je sais — puisque je suis Chat — tout ce q^i vient derrière toi. Feu. Je prévois l'hiver que j'ac-
cueille d'une âme inquiète, mais non sans plaisir. En son honneur, ma robe déjà croît et s'embellit. Mes rayures brunes deviennent noires, ma palatine blanche s'enfle en jabot éclatant, et le poil de mon ventre passe en beauté tout ce qm s'est vu jamais. Que dire de ma queue, évasée en massue, alternativement annelée de fauve, noir, fauve, noir, fauve, noir ? Hors de mes oreilles, s'érigent deux aigrettes inestimables, sensibles, et qu'Elle nomme mes boucles d'oreilles... Quelle chatte me résisterait? Ah! les nuits de janvier, les sérénades sous la lune glacée, l'attente digne au faîte d'un toit, la rencontre du rival sur l'étroite passerelle d'un mur... mais je me sens plus fort que tous ! j'agiterai ma queue, je renverserai mes oreilles sur ma nuque, je halèterai tragiquement par les narines, comme pour vomir — puis ma voix s'élèvera, modulée infiniment, puissante jusqu'à réveiller les Deux-Pattes endormis. Je vociférerai, je larmoierai, j'arpenterai le jardin, gonflé, les coudes en dehors, et simulant la folie pour épouvanter les matous !
TOBY-CHIEN
Je n'ignore pas. Feu — puisque je suis Chien — les vicissitudes et les joies que tu présages. Déjà il pleut dans le jardin. Je crois qu'il pleut aussi sur
la route et dans le bois. L'eau qui tombe n'a plus la tiédeur des orages de l'été, alors que ma truffe grise de poussière, se délectait à l'odeur humide, qui venait de l'ouest. Le ciel est inquiet, et le vent grandit assez pour soulever droits les pavillons de mes oreilles. Un chant pointu, pareil au mien quand j'implore, passe sous la porte. Tu luiras tous les jours, Feu ; mais de quelles souffrances faudra-t-il que j'achète le droit de t'adorer ? Car Elle continuera d'errer, la tête couverte d'un capuchon cornu qui la change et m'effraie ; Elle chaussera des pieds de bois et écrasera insoucieusement les petites flaques, les mottes bourbeuâes, la mousse en pleurs. Je la suivrai, puisque j'ai promis de la suivre toute ma vie (et qu'aussi bien je ne pourrais faire autrement), je la suivrai désolé, piteux, verni d'eau, le ventre encroûté de sable, jusqu'à ce que l'excès même de ma misère me fasse oublier tout, et que je batte les taillis, occupé de chaque pli de l'herbe, âpre à éveiller les odeurs noyées... Elle deviendra communicative à me voir m activer et nous parlerons ; « Ha ! Toby-Chien, dira-t-elle, ha ! ha ! l'oiseau, là ! Sur la branche, cruchon ! Il est parti à présent. » Elle s'apitoiera, pour m'amener à une émotion proche des larmes : « 0 mon tout petit noir, mon cylindre sympathique, mon amour batracien, comme tu as froid, comme tu es mouillé, comme tu es triste.
comme tu souffres, ôôô ! >' Avant que je puisse discerner si sa pitié est smcère, mes yeux se fondront en eaux et ma gorge serrée n'émettra plus que des gémissements frères des siens...
Mais quelle ivresse quand ses capricieux pieds de bois retourneront vers la Maison, pressés de retrouver Lui qui gratte le papier, trop lents à mon gré. Je l'environnerai de bonds et de cris, vibrant de voir diminuer le coteau et raccourcir la pente, de sentir l'admirable odeur d'écurie et de bois brûlé qui rapproche de nous le gîte. A travers la vitre embuée, tu luiras enfin. Feu, et j'aurai franchi le seuil à peine qu'un foudroyant sommeil me terrassera devant toi, toi qui mueras en poudre fine les croûtes de mon ventre, en fumante vapeur l'eau des chemins, toi, Feu, toi. Soleil !
KIKI-LA-DOUCETTE
Une douceur brûlante pénètre ma robe jusqu aux duvets fins et grêles, soies sous les soies, fils impalpables et sans couleur qui protègent ma peau délicate. J'enfle comme un nuage. Je dois remplir la chambre. Des tressaillements électriques, précurseurs du sommeil, agitent mes raides moustaches. Pourtant je ne dors pas encore, car la saison qui vient et ta splendeur, Feu, me troublent ensemble.
Il pleut. Je ne sortirai pas. Discrètement, j'irai me confier au plat de sciure, pourvu que personne ne me regarde. Certes, la terre friable inspire plus excellemment, odorante et qui cède aux griffes... Mais ma nature supérieure connaît les longues contentions, et méprise ce chien hydraulique qui levé la patte contre tout. Je ne sortirai pas. J'attendrai le soleil ou le vent sec, ou mieux la gelée. Ah ! f excitation du froid piquant, qui cingle en poignées d'aiguilles mes poumons, fait de mon nez charmant un bonbon glacé !... Le spirituel démon du gel soufflera en moi sa démence. Elle rira, et Lui aussi, quittant son papier, de me voir rivaliser en bonds, en voltes, en tourbillonnements fols, avec les feuilles. Serai-je un Chat, ou le lambeau flottant d'une fumée ébouriffée ? En haut d'un arbre ! En bas ! Puis sept tours après ma queue ! Puis saut périlleux d'avant en arrière ! Saut vertical avec tortillement aérien du ventre ! Giration, éternuements, course à travers le réel et le rêve, jusqu'à l'épouvante de moi-même !... Arrêt brusque : et tout tourne à mes yeux, ronde d'un monde nouveau dont je suis le centre immobile... Dans mon égarement sans conviction, j'exhalerai un petit meuglement de vache Ils accourront... Cela suffira à me dégriser, et c'est d'un front assuré, d'un pas noblejque je regagnerai Cf.- coussin près de ton autel, Feu !
TOBY-CHIEN La pierre du foyer brûle les plantes cornées de mes pattes. Que faire ? M'éloigner ? Jamais ! Plutôt périr par la cuisson que quitter ce bonheur redoutable !... Pourvu qu'EUe ne vienne pas tout de suite ! Je crains justement la lanière du fouet, et les paroles magiques qui promettent l'exil : « Toby, c'est stupide ! Je te défends de te rôtir. Tu auras mal aux yeux et tu t'enrhumeras en sortant !... » C'est ainsi qu'Elle parle, tandis que je m'applique à la regarder d'un obtus air dévot dont Elle n'est point la dupe. J'écoute les bruits du premier étage, et son pas qui va et vient... Sa fantaisie vagabonde est-elle enfin lassée ? Ce matin. Elle m'a sifflé, et ma hâte à lui obéir fut telle que je roulai au bas des escaliers, car je suis court et carré, avec peu de pattes, point de nez, et nulle queue pour faire balancier... Nous partîmes. Le bout flexible des branches berçait les dernières pommes... Ma voix heureuse, les cris de gaîté qu'Elle jetait parfois, le chant vain des coqs, le grincement des chars sur la route, tous les bruits flottaient, portés sur l'ouate un peu suffocante et bleue du brouillard... Elle m'emmena loin, et notre chemin fut fertile en merveilleux incidents : rencontre de chiens géants et terribles que ma mine fière exaspéra, mais que je sus contenir d un seul regard (une grille fermée les réduisait
d'autre part à l'impuissance), poursuite fervente d'un lapin sous les taillis, encore qu'Elle criât très fort : « Je te défends ! Je te défends de toucher à cette petite bête !... » Ma mère m'a doué de pattes rapides, certes, mais courtes : la bête au derrière blanc me distança. Un buisson chargé de baies rouges nous retint bien longtemps, car Elle se repaît volontiers d'objets inconnus.
Feu, entends-moi ! Ce que je vis ensuite, sous un bois bruissant de feuilles empesées, passe mon intelligence. T'avait-elle emporté sous sa mante ? Ou bien les dieux comme toi accourent-ils à son geste ? J'ai vu, Feu, j'ai vu ses mains édifier le bûcher, disposer mystérieusement les pierres plates, puis l'étincelle jaillir, et ton âme joyeuse palpiter, grandir, s'élancer rose et nue, se voiler de fumée, péter belliqueusement, agoniser et disparaître... Le monde est plein de choses incompréhensibles...
Enfin, au retour, près de la grille du parc, je découvris, moi le premier, moi avant Elle, un de ces animaux mexpugnables dont la vue seule met toute ma race aux abois, un hérisson. O fureur ! sentir que sous cette pelote une bête se cache et rit de moi, que je ne puis rien, rien, rien ! Je l'implorai, Elle^qui peut presque tout, de m'éplucher ce hérisson. Très attentive. Elle s'occupa d'abord de^le retourner avec un petit bâton, comme une châtaigne :
« C'est étonnant, dit-Elle, je ne peux pas trouver le dessus ! ■ Entre deux doigts, par un piquant, Elle l'emporta jusqu'ici — je dansais derrière Elle — et le déposa au fond de son panier à ouvrage... Bientôt, la bête abhorrée se déroula, pointa un museau porcin, ouvrit deux yeux luisants de rat, se hissa debout cramponnée de deux pattes griffues de taupe : « Qu'il est joli ! s'écria-t-EUe, un vrai petit cochon noir ! > Je gémissais de convoitise au pied de la table, mais Elle ne m'éplucha point la bête, ni alors, ni jamais, et peut-être que la cuisinière l'a mangée... Peut-être que ce chat dissimula, narquois... Assez de soucis. Mon cœur trop sensible s'exalte, et souvent m'étouffe un peu... Ne pensons pas. La vie est belle. Feu, puisque tu l'éclairés... je m'endors... Garde bien, ô Feu, ma dépouille que la pensée va quitter... je m'endors...
KIKI-LA-DOUCETTE
On dirait que je dors, parce que mes yeux s'effilent jusqu'à sembler le prolongement du trait velouté, coup de crayon hardi, maquillage oriental et bizarre, qui unit mes paupières à mes oreilles. Je veille pourtant. Mais c'est une veille de fakir, une ankylose bienheureuse d'où je perçois tout bruit et devine toute présence... Mes yeux privilégiés. Feu, te contemplent mieux lorsque je les clos, et
Ib COLETTE
je puis compter les essences diverses que tu mêles en bouquet étincelant. Voici, flamme mauve, bleue et brûlante, l'esprit d'un rameau de thuya. Hier encore, cette branche, qui tord son squelette délicat de ramilles, berçait sur l'allée son ombre plate en plumeau ; Elle l'a tranchée d'un coup de sécateur, pourquoi ? peut-être pour que s'exhalât son âme mauve et bleue et brûlante ? Car elle se plaît comme moi à ta danse. Feu, et châtie ton repos d'une pincette sévère. Que lit-Elle, la tête penchée, et les bras glissés le long d'Elle, dans ton cœur compliqué comme une rose embrasée ? J'ignore. Elle sait beaucoup, assurément, mais moins qu'un Chat.
Je veux. Feu, pendant que régnera le froid, étonner l'univers. Le Chat qui habite la ferme (Elle dit ' le Chat du fermier » comme nous disons le (^ fermier du Chat >0, celui qui est mal vêtu, juché sur de longues pattes, enlaidi d'un museau de belette, celui-là aiguise ses griffes en me regardant. Patience. Il est fort, dénué d'élégance, brutal et indécis. Une porte qui claque l'épouvante et la panique l'emporte, oreilles au dos ; mais je l'ai vu tuer silencieusement une poule de taille honnête. Pour les yeux faux de la chatte trop jeune, ou bien pour une question de préséance sur le mur du jardin, pour une parole à double entente, pour rien, pour le plaisir, nous nous mesurerons. Il saura
que je puis démoraliser mon ennemi par un mutisme mexplicable, aussi bien que par des cris d'assassinat. Le mur bas du jardin me paraît un terrain commode. Qu'il essaie, la gorge enrouée, de gémir bas, puis aigu, que sa face disgraciée, son corps pelé, taché de travers, se disloquent en une ataxie mensongère (ils sont encore à ces vieux moyens !), moi, impénétrable, je darderai sur lui le magnétisme vert de mes yeux magnifiques. Sous l'insistant outrage, il baissera ses sourcils, frémira de l'échiné, esquissera même notre vieille danse de guerre, en avant, puis à reculons, puis en avant encore... Je ne bougerai non plus qu'une statue de Chat. L'épouvante et la folie descendront sur mon rival, dans le vert maléfice de mon regard, et bientôt je le verrai se tordre, crier faux, hasarder enfin l'équilibre sur la nuque, en poirier fourchu, pour rouler honteusement dans le champ de pommes de terre flétries...
Tout cela. Feu, arrivera, comme je le dis. Aujourd'hui, l'avenir éclôt à ta flamme toute neuve. Je m'engourdis... Mon ronron s'éteint avec ton crépitement... Je te vois encore et je vois déjà mes rêves... Le .bruit soyeux de la pluie caresse les vitres et la gorge de la gouttière sanglote comme un pigeon.,.
Ne t'éteins pas durant mon somme, Feu ; tu gardes, souviens-t'en, cet auguste repos, cette mort délicate qu'on appelle le Sommeil du Chat...
orage
Une suffocante journée d'été, à la campagne.
Derrière les persiennes mi-fermées, la maison se tait, comme le jardin angoissé où rien ne bouge, pas même les feuilles pendantes et évanouies du mimosa à feuilles de sensitive.
Kiki-la-Doucette et Toby-Chien commencent à souffrir et à deviner l'orage, qui n'est encore qu'une plinthe bleu ardoise, peinte épaissement en bas de l'autre bleu terne du ciel.
TOBY-CHIEN, couché, et qui change de flanc toutes les minutes.
Ça ne va pas, ça ne va pas. Qu'est-ce que c'est que cette chaleur-là ? Je dois être malade. Déjà, à déjeuner, la viande me dégoûtait et j'ai soufflé de mépris sur ma pâtée. Quelque chose de funeste attend quelque part. Je n'ai rien commis que je sache répréhensible, et ma conscience... Je souffre pourtant. Mon compagnon, couché, frémit longuement et ne dort point. Son souffle pressé dénonce un trouble pareil au mien... Chat ?
KIKÎ-LA-DOUCETTÊ. crispé, très bas.
Tais-toi.
TOBY-CHIEN Quoi donc ? Tu écoutes un bruit ?
KÎKI-LA-DOUCETTE
Non. Oh ! dieux non ! Ne me parle même pas de bruit, d'aucun bruit ; au son seul de ta voix, la peau de mon dos devient semblable aux vagues de la mer !
TOBY-CHIEN. effrayé.
Vas-tu mourir ?
KIKI-L^-DOUCETTE
J'espère encore que non. J'ai la migraine. Ne perçois-tu pas, sous la peau presque nue de mes tempes, sous ma peau bleuâtre et transparente de bête racée, le battement de mes artères ? C est atroce ! Autour de mon front, mes veines sopt des vipères convulsées, et je ne sais quel gnome forge dans ma cervelle. 0 tais-toi ! ou du moins parle si bas que la course de mon sang agité puisse couvrir tes paroles...
TOBY-CHIEN
Mais c'est ce silence même qui m'accable ! je tremble et j'ignore. Je souhaite le bruit connu du vent dans la cheminée, le battement^ des portes, le chuchotement du jardin, le sanglot de source qui est la voix continue du peuplier, ce mât feuillu de monnaies rondes...
KIKI-LA-DOUCETTE Le vacarme viendra assez tôt.
TOBY-CHIEN
Le crois-tu ? Leur silence à Eux m'effraie davantage. Qu'il gratte le papier. Lui, c'est l'usage. Un usage révéré et inutile. Mais Elle ! tu la vois prostrée en son fauteuil de paille ? Elle a l'air de dormir, mais je vois remuer ses cils et le bout de ses doigts. Elle ne siffle pas, ne chante pas, oublie de jouer avec les pelotes de fil. Elle souffre comme nous. Est-ce que ce serait la fin du monde, Chat ?
KIKI-LA-DOUCETTE
Non. C'est l'orage. Dieux ! que je souffre. Quitter ma peau et cette toison oii j'étouffe ! me jeter hors de moi-même, nu comme une souris écorchée, vers la fraîcheur ! O chien ! tu ne peux voir, mais je les
sens, les étincelles dont chacun de mes poils crépite. Ne m'approche pas : un trait bleu de flamme va sortir de moi.,.
TOBY-CHIEN, frissonnant.
Tout devient terrible, (// rampe péniblement jusqu'au perron.) Qu'a-ton changé dehors ? Voilà que les arbres sont devenus bleus, et que l'herbe étincelle comme une nappe d'eau. Le funèbre soleil ! Il luit blanc sur les ardoises, et les petites maisons de la côte ressemblent *à des tombes neuves. Une odeur rampante sort des daturas fleuris. Ce lourd parfum d'amande amère, que laissent couler leurs cloches blanches, remue mon cœur jusque dans mon estomac. Une fumée lointaine, lasse comme l'odeur des daturas, monte avec peine, se tient droite un mstant et retombe, aigrette vaporeuse rompue par le bout... Mais viens donc voir !
Kiki-la-Doucette marche jusqu au perron d'un pas ataxique.
TOBY-CHIEN
Oh ! mais, toi aussi, on t'a changé, Chat ! Ta figure tirée est celle d'un affamé, et ton poil, plaqué ici, rebroussé là, te donne une piteuse apparence de belette tombée dans l'huile.
KIKI-LA-DOUCETTE
Laisse tout cela. Je redeviendrai digne de moimême demam, si le jour brille encore pour nous. Aujourd'hui, je me traîne, ni peigné, ni lavé.
TOBY-CHIEN
Tu dis des choses qui me désolent ! Je crois que je vais crier, appeler du secours. 11 vaut mieux peutêtre me réfugier en Elle, quêter sur sa figure le réconfort que tu me refuses. Mais Elle semble dormir dans son fauteuil de paille et voile ses yeux, dont la nuance est celle de mon destm. D'une langue respectueuse, promenée à peine sur ses doigts pendants, je l'éveille. Oh ! que sa première caresse
dissipe le maléfice !
II lèche la main retombante.
ELLE, criant.
Ah !... Dieu, que tu m'as fait peur ! On n'est pas
serin comme cette bête !... Tiens !
Petite tape sèche sur le museau du coupable, dont rénervement éclate en hurlements aigus.