I. ANK m. m KIDAN
onlovr dans les airs, ni aprt's un lonj; vol a iravcTS le vide, je niiî trouvais transporté aux Champs-Elysées, parmi les ombres des pliil(iS(i[i|ii'S lie r;iiUi(|uitt'. Mon corps avait siihi la [iliis sin^'ulière des transformations : du milieu de mon front s'élevait une corne, ou plutôt une trompe flexible à volonté, et tout en paissant l'herbe de la jirairie des morts, je pouvais lioire dans un ruisseau, à l'aide de ma trompe, sans interroiiiprt^ mon re[)as.
(Il regarde autour de lui.) Il fait encore nuit noire. C'est ce rêve étrange qui aura interrompu mim sonuncil. Dépèclions-nous de rattraper le temps perdu. (N s'f^ndort de nouveau : il dort jusqu'à huit heures du mntin. Il s'éveille.)
Où suis-je? Ah ! ici. Qno, se passe-t-il donc en moi? J(« me sens faible. Oui, je me rappelle maintenant... je suis libre; je me suis échappé... Mais pounjuoi donc est-ce que je souiïre ainsi? (H médite pendant deux heures).
Parce que j'ai faim et parce que j'ai soif. Donc, je n'ai qu'à manger cette avoine et à boire cette eau, et je ne soutVrirai plus. (Il réfléchit.)
Je souffrirai : car si je mange d'abord, pendant que je mangerai, je ne boirai pas ; si je bois premièrement, je retarderai le moment de manger, et ces deux besoins qui me pressent sont tellement urgents, que si je bois je meurs de faim, et si je mang(; je meurs de soif! Eh bien, choisissons au hasard...
Au hasard ! mais ma vie est au bout. Le hasard, c't.'st peut-être la mort! Non, non! Il faut choisir, je choisirai.
Mais lequel? Oli ! ma tète S(> perd !
Un feu dévorant me consume; ce n'est pas du sang, c'est du feu qui circule dans mes veines : si je ne bois pas tout à l'heure, je suis perdu !
Je suis déchiré par les tortures de la faim; mes entrailles se tordent comme des serpents hérissés de clous aigus : cnconj quelques minutes de ce supplice, et jiî suis mort !
64 i.'ane i)e iilridan.
Quelle lieure est -il? (l'ne horloge invisible somie huit heures.) Merci. Je n'avais pas vu cette horloge. N'importe... Le temps... le temps... le temps ne fait rien... c'est la liberté qui fait tout. Qu'est-ce que le temps? La même chose que la liberté, ou à peu près. (Il baisse un moment la tête.)
Qu'est-ce que j'ai dit? Ma raison vacille comme un lumignon où l'huile manque... Je déraisonne. Mon cerveau ne fonctionne plus, faute de nourriture. Mon corps môme commence à défaillir. (Il a une syncope de deux heures. Tout à coup il se relève comme poussé par un ressort. Ses yeux sont hagards et injectés; il ouvre la bouche et tire sa langue, qui est rouge comme du sang et mince comme un morceau de drap. Il tremble de tout son corps. Trémolo dramatique à l'orchestre.)
La nature a fait l'àne libre. Libre, entonde/,-vous? C'est-à-dire souverain, souverain de sa conscience ! L'àne est fait pour boire, l'eau pour être bue. L'àne est fait pour manger, l'avoine pour être mangée. Mais entre la boisson et la nourriture, il y a la liberté...
Non, il y a la mort ! Elle ^ient, je la sens (Il a une nouvelle
syncope, qui dure trois heures. Il se ranime, essaye de se relever et retombe.)
Dieux protecteurs ! Je succombe si vous ne venez à mon aide ! Grâce ! pardon ! J'abjure la philosophie , je m'abandonne à la nature. Me voilà un peu plus près du seau d'eau que 9e l'avoine : c'est vous qui l'avez ainsi ordonné dans votre sagesse... Eh bien, j(? me décide : j'adore vos impénétrables desseins sans les comprendre. Donnez-moi la force de me relever, que je puisse faire un pas, et je vais boire. Vous le voulez? Je ne mangerai qu'après.
(On entend le bruit du tonnerre. Jupiter paraît sur un nuage. A côté de lui est le Destin. Le Destin semble adresser à Jupiter des objections auxquelles celui-ci refuse de se rendre.)
Jupiter. Ane ingrat et téméraire, je veux bien t'accorder la faveur suprême que tu implores. Lève-toi. Bois si tu veux. (Ici le Destiii fait à Jupiter un signe du doigt comme pour lui rap-