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A et' bruit. Ifs [jo|»ul;itioiis do la Muuliiit', du .Munaslèrc cl de la (ùiiouli-, villages siiuts dans la valU'c, se mirent on marche vers Hodo/. , pendant (|Ut> la p'udarnieiie, les |)(ini[iieis, les troupes de la ;i;arnison et la Société des Enfants de Mars se rassciniilaiiMii à la liàte et se diri},'eaient vers le lieu de l'événemenl.
Dans rii^norance où l'on était de l'espèce de l'aninial qui. venait de di^orer l'inforluné Carcana},Mie. on a\ait adopté un plan lort sage : c'était de s'avancer de tous les côtés à la fois justpi'à la maison, de former autour de la porte un mur de liaïonnetles, et de faire feu d'un seul coup (piand la bète, (pi'on su|iposait échappée de la ménagerie en ce moment stationnée au Foirai . se présenterait pour sortir.
Le gendarme Cuoc, remis de sa peur, put de sa fenêtre donner (|uel(jues renseignements sur la bète. L<; capitaine des pompiers, appuyé des deux mains sur son sabre piqué en terre, se tenait au bas de la fenêtre et, le nez en l'air, la tète en arrière, on eût dit qu'il renversait son casque pour y recueillir le récit suivant :
— Je ne pouvais pas m'imaginer une pareille chose. Je suis entré par la cuisine, où je n'ai rien trouvé. La porte vitrée était fermée, et comme le rideau est en dedans, je n'avais pas pu voir d'abord.
Mais le vent souleva un peu le rideau, et j'eus le temps de m'assurer qu'il n'y avait rien dans la cbainlire. Alors j'ouvris la |)orte, et à peine avais-je avancé la tète, que je vis, dans le coin à droite, une bète épouvantable, toute blanche, sans poil, à l'exception d'une queue noire, courte, gro.sse comme la cuisse. Elle avait quatre pattes. Quant à la lète, elle était énorme, fendue au milieu et ne faisait qu'un avec le corps. Je n'ai pas vu les yeu.\. En m'apercevant, elle a poussé un cri horrible, et a essayé d(! sauter sur moi; j'ai pu heureusement me rejeter en arrière et refermer la porte. Quant à l'infortuné Carcanague, il n'en restait d'autre trace que ses habits, qui étaient à terre à côté d'une chaise renversée. Il est probable qu'il aura été dévoré au moment oii il venait de se déshabiller pour se mettre au lit
Tout aussitôt on vit [larâîtiv a la même fciic-tro la figure de Mariette. Un peu remise de son épouvante, elle put de son côté donner quelques renseignements, non sans verser de temps en temps un flot de larmes.
— J'étais dans ma cuisine, dit-elle, à laver mes assiettes, et je me dispo.sais à me coucher ensuite, lorsque j'entendis dans la chambre de mon maître quelques gros soupirs puis des jurons. Je n'y fis pas grande attention. Un moment après, j'entendis eonuno le bruit d'un corps qui se relève et qui retombe, et aussitôt la voix de mon maître criant au secours. Dans mon trouble, je renversai ma lampe, et pendant que je cherchais mes allumettes sans pouvoir mettre la main de.ssus, les cris continuaient de plus en plus fort; enfin, ayant réussi à rîtllumer ma lampe, je me précipitai dans la chambre. Mon pauvre maître ! il ne restait plus de lui que ses habits, qui étaient renversés .à terre avec la chaise où il les avait placés au moment de se coucher; et puis... et puis là... dans un coin... la bête, la Iwte ! oh ! la bête ! ! !
Et elle s'évanouit.
— Mais, objecta le ca[)itaine des pompiers s'adressant à Cuoc, si Carcanague a été dévoré, comment se fait-il qu'il n'y ait pas de sang sur le plancher ?
— Nous avons un tapis rouge dans la chambre, répliqua Mariette qui venait de sortir' de son évanouissement, et c'est ce qui aura empêché le sang de paraître.
— A moins, insinua le lieutenant des pompiers, qui jusque-là avait gardé le silence, que le Crapaud Blanc n'ait léché le sang après avoir fait le malheur.
— Lieutenant, dit le capitaine, votre observation ne manque pas de jnstesse.
Il devenait évident, par ces deux récits tellement concordants, que Carcanague n'était pas sorti de sa eliambrc, puisque [)ersonne ne l'avait vu sortir; qu'il y avait dans la chambre un animal énorme, inconnu, que deux personnes avaient vu. et dont on avait
i.v. (RvrMii ni.\M ISI
f»u (MUeiidn' les cris de la nie dune, [niisinie (laicanaf,nie n'élail p;is sorli, <|u'il n'y était |»liis, ci (|iril y avait dans sa elianihre un Crapaud HIano, le Crapaud Blanc avait nianj^é Carcanague.
il y avait bien un point obscur : c'était do savoir conuuent ce crapaud avait pu traverser la ville et entrer dans la maison sans être aperçu : sur ce point, renqutMe se faisait d'une fenclre à l'autre, ft «»n conmienrait à recueillir f|uel(jues déclarations qui, vagues d'abord, s'accentuaient peu à peu et semblaient promettre <iueli|ues cclaircisscnieiUs, lorsque le capitaine de gemlarmeric, ((u'on avait iini par tniuvcr, arriv.a sur Ii's lieux.
Il s'inrorni.i en deux mots, écouta avec attention le récit que lui tirent Cuoc et Mariette, après (|uoi , ayant tenu un instant son menton dans sa main, il s'écria
— C'est inq)ossible ! D'abord il n'y a pas de crapauds de la taille que vous dites; et puis une bête fé-roce, qiu;lle qu'elle soit, n'aurait pas pu entrer dans la maison sans qu'on ra[>ererit Au surplus nous allons bien voir.
Et dégainant son sabre, il pénétra dans la maison, défendant a qui (jue ce fût de le suivre.
(Juel<|ues minutes se passèrent. Un entetidit fermer violenunent une porte, et il apparut sur le seuil de l'escalier, l'air très sérieux
— Maredial des logis chef! maréchal des logis !
— Présents, mon capitaine.
r— Il y a (|uelque chose d'extraordinaire là-baut. Il l'si certain
que cela a l'air d'un animal Prenez vos mous(juetons, mette?:
la baïiiiinette, et arme/.. Vous, Morin, vous vous tiendn.'/ sur l'escalier, à la cinquième marche au-dessous du palier, la baïonnette en avant et le doigt sur la détente; vous, Schmidt, vous vous porterez derrière la porte vitrée : moi j'entrerai dans la chambre. Maintenant, ijuoi (ju'il arrive, rappelez-vous de ne pas tirer avant le commandement de ; Feu ! Jusque-là vous ne bougerez pas, et si la bête arrive sur nous contentez-vous de croiser la baïonnette.
Quaiiil "Il \it cpi'un lidunne ruonne le capitaine prenait de telles
dispositions, on comprit que la chose allait décidément tourner au tragique, et cent voix s'écrièrent :
— N'y allez pas, capitaine !
Celui-ci se retourna, fit un geste de la main, et répondit :
— Soyez tranquilles, nous ne sommes pas des enfants.
Et faisant un signe de tête à Morin et à Sclimidt, il rentra dans la maison le sabre à la main. Au bruit de leurs pas, on put les entendre monter, ^'arrêter sur le palier, puis se poster comme il avait été ordonné.
Il y eut alors un moment d'angoisse indescriptible : on ne respirait plus, on -haletait.
Combien de temps dura cette angoisse, c'est ce qu'on ne saura jamais, personne n'aj^ant eu l'idée de regarder à sa montre pour compter ces moments solennels. Quelques minutes se passèrent donc.
Tout d'un coup on entend un fracas épouvantable dans l'escalier, et le maréchal des logis chef s'élance dans la rue, fait deux pas et, incapable d'aller plus loin, s'arrête, les deux mains sur les cuisses, les jambes ployées, le dos arrondi; sur ses talons, Schmidt sort à son tour, regarde un moment les assistants ébahis et, se tenant le ventre, renversant la tête en arrière, s'arrête aussi ; enfin paraît le capitaine : il écarte les jambes, se prend les côtes à deux mains, se penche en avant : et alors tous trois partent d'un formidable éclat de rire.
Ce que voyant, les autres gendarmes se mettent à rire, puis les pompiers, puis la troupe, puis la Société des Enfants de Mars, puis, de fenêtre en fenêtre et de maison en maison, la ville entière; et on entendit ce jour-là ce qu'on n'entendra plus jamais : dix mille âmes riant à gorge déployée, sans savoir de quoi.
Un quatrième personnage parut sur le seuil de la maison Carcanague.
C'était Carcanague lui-même, en chair, en os, et en caleçon.