I.A 1 A^SKllK ItLKl K
i)ui... à viii;.'l ans... on paye. A partir tic Irentc an.s, j(! n'ai [ilus pa\é. Do l'amour vendu ! Pouali !
Jl tire un iinpriinc ; c'est un almanach ou certains jours sont soulignés. Des vers gracieux expliquent que ces signes marquent une invitation pour ces jours-là :
Ltvs aimables, les adorables gens ! Esprit, cœur, talent, manières, ils avaient tout et ils donnaient tout avec une grâce sans pareille. Ils marchaient dans la vie non pas unis mais embrassés, et leur maison était un foyer d'affection où vingt familles amenaient leurs enfants et les voyaient grandir, partager les plaisirs les plus innocents et les plus aimables, se choisir, s'attacher peu à peu, et souvent pour la vie I
Il baisse la tête :
Morts tous deux... C'était l'idéal d'un bon ménage. Tout le monde travaillait dans cette maison, et du matin au soir on n'y entendait que des éclats de rire...
Il prend un débris de bouquet de violettes dont il ne reste que les tiges :
Si jeune.s.se savait...
lié bien I non. INon, si j'avais su, je l'aurais fuie avec dégoût... >'on, la jeunesse ne sait pas ce que nous savons, elle ne sait pas que môme en amour il y a un honneur à respecter. Je ne referais pas ce qu'elle me faisait faire, celte épou.se abominable du plus digne des hommes. Quelle chose incompréhensible ! Quand je pense à un mari trompé, je ris, e( quand je prononce le mot « adultère », je fri.s.sonne romme à la vue d'une dartre vive !
8 I.A CASSETTE BLEL'K
Jl prend ane lettre imprimée :
« Monsieur,
» J'ai l'honneur de vous informer que vous avez été » admis au stage, etc. »
Me voilà donc avocat ! Ce n'a pas été sans peine. J'avais préparé ma thèse avec Francine ; les cheveux de Francine avaient un mètre et demi de longueur, ce qui avait été cause qu'on m'avait refusé à ma thèse
Jl prend une grande lettre à large cachet rouge :
Mon Dieu, que l'espèce humaine est basse I Voilà le plus réactionnaire de mes amis qui m'écrivait une lettre honteuse pour me demander ma protection auprès d'un de nos amis devenu ministi-e à la faveur d'une révolution ! Vingt-cinq ans et déjà ambitieux. !
// prend une lettre oblongue, dont les bords sont gaufrés en forme de bordure de dentelle :
Voilà donc le papier coquet de ce temps-là I
Rosalinde...
C'est à ne pas en croire mes yeux :
«... Enfin, au bal de M"^ F., n'as- tu pas été glorieux de » fasciner mille cœurs, d'obtenir même un doux regard de » moi?.... Parole d'honneur, mon cher, je t'ai aimé tout » de bon pendant une valse et encore un peu... je m'appro- » priais la romance de « La Folle » et je chantais avec elle :
« Et pendant tout le bal, je ne pensais quà lui
» 0 Léon ! Léon ! nmn Léon ! »
i.v rA>>i:Tii niiiK M
Belle, spirilin.'llc, |»kMiie de kileiil et de caHii', desliiK'f à faire la femme la plus adorable, elle était à ce moment là dans toiitjrc'rlat descs dix-huit ans. Klle faisait et disait, pour moi comme pour les autres, des folies de ce genre. Une enfant gâtée, disions-nous. Je croyais que pour moi ces folies ne tireraient jamais à conséquence. Elle s'est mariée, et un jour ! ! !
Ah ! mon Dieu ! le rouge m'en monte encore au front !
On dit qu'elle a été pendue quelque pari.
H prend une lettre bordée de noir :
n Mon cher ami, j'ai la douleur de vous annoncer «juc mon » pauvre père... »
Notre plus vieil ami. Et celui qui nous écrivait est mort aussi.
// prend une pièce de vers :
Mon.
// prend une fleur sèche :
Morte.
// prend un imprimé de quelques lignes :
«Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que M. le Président de la Cour d'assises vous a désigné pour défendre d'ofïice le nommé Jacques Noél, accusé de vol domestique. »
Ah! au tour de l'ingratitude, maintenant.
r/t'fait mon déhui, j'avais attendri fout le monde, jusqu'au ministère pnldi»-. Je fis acquitter mon client, un enfant de
seize ans : c'était lui sauver la vie que de lui épargner cette flétrissure. On m'entourait, on me félicitait. Je voulus me donner la joie d'aller moi-même faire ouvrir à l'enfant les portes de la Conciergerie.
Le père était sur le quai, il me vit sortir avec son fils, et il attendit que je fusse éloigné pour s'approcher de lui...
L'ingrat !
Jl prend un paquet de lettres et les feuillette d*un air découragé, puis il promène ses regards sur les objets qui l'entourent :
Et moi, que suis-je?
Balayant d'un revers de main lemonceau quiremplissait la cassette, il le pousse du pied dans le foyer et le regarde brûler en sanglotant.
On entend derrière la porte les cris d'un petit enfant. On frappe, et une nourrice entre, tenant sur les bras un enfant de deux ans :
— Môsieur, je n' peux pas veni à bout d'ia petiote ! Enfui, c'est une rage, quoi ! elle ne veut pas dormir sans avoir bise son grand-papa !
La nourrice pose l'enfant sur les genoux de son grandpère, qu'il embrasse de toutes ses forces en lui prenant les oreilles à pleines mains. Au même moment il se fait un grand bruit de pas et de cris de joie dans l'escalier. La porte s'ouvre : une jeune femme, en costume de voyage, suivie d'une autre dame encore belle et gracieuse, et d'un officier de dragons en petite tenue, entre et vient se jeter au cou de son père. Celui-ci la prend sur un de ses genoux ;