I.K HKVÉRFND JON VT?I \N
logie, do Mottnirrisnu', d») prosélylisnu' cl d'orgueil, qui uit jamais mis à l\Mivers une cervelle humaine.
Aussi la VMcatiou de Jonathan Wilna, en dépit d'ohslacles qui pour tout autre auraient élu des impossihilités,seril-elle jour avec une impétuosité irrésistihie. Il prêcha en amateur, dans (piehpies réunions privées d'ahord, puis sur les places publiqut's ; il prit ses grades en tliéologie, et après s'être fait la main en évangélisant les Hurons, il partit pour l'Afrique, rOcéanie, la Chine, l'Inde, et levint par la Turquie s'embarquer pour la France, comptant aller de là en Angleterre. Il avait résolu de s'arrêter à Jersey, île qu'on lui avait signalée comme un champ éminemment propre à sa spécialité, qui était la conversion et la purification des pécheresses.
Jonathan Wilna portait donc le costume des ministres anglicans, tout noir, boutonné droit, et le collet de la redingote sans revers. A la coupe des babils, à l'élégance discrète de la chaussure, à la finesse du linge, on devinait le missionnaire qui se soigne ; et même, lorsqu'au passage de quelque jeune miss il faisait sortir une ligne imperceptible de manchettes, on osait presque deviner que le cœur du joli garçon frétillait un peu sous l'habit austère du ministre. A certains reflets nacrés de ses joues, à je ne sais quels vagues parfums ambrés, onllairait un soupçon de poudre à la maréchale... Il s'en servait probablement pour adoucir le feu du rasoir : en effet il ne portait que deux légers commencements de favoris, et sur tout le bas du visage une imperceptible nuance de bleu de ciel pâle marquait seule les contours des lèvres et du menton soigneusement rasés.
Les deux jeunes gens se furent bientôt fait leurs confidences, et malgré la réserve que l'habit duministre imposait à son compagnon, une sympathie très vive ne t;irda pas à
30 LE RÉVÉREiS'D JONATHAN
s'établir entre eux. Lewis parla de sa fiancée, de son amour, de ses projets d'avenir, et fit promettre cà Jonathan d'assister à son mariage. Il lui demanda môme de le consacrer.
— Ah I pour ça, non, par exemple! répondit le ministre avec une vivacité extraordinaire : mais se remettant aussitôt, il reprit :
— Je viens ici en hôte de mes confrères en sacerdoce, et je ne voudrais pas leur enlever la satisfaction de bénir l'union d'une de leurs plus charmantes filles spirituelles: d'ailleurs ma voie n'est pas parmi les fruits du mariage mais parmi les fleurs de la virginité. On m'a dit qu'à Jersey l'excès des naissances féminines, aggravé par l'absence ou l'émigration de l'élément mâle, avait pour effet de provoquer... de susciter... certains éléments de... certaine fermentation de... qui... enfin qu'il y a là beaucoup de jeunes cœurs à calmer, beaucoup de brebis égarées, d'agneaux mêmes, à ramener au bercail, et c'est à cette œuvre sainte que je veux me consacrer tout entier. Car de toutes les chaînes dont l'homme a chargé la femme, s'écria le jeune ministre avec une énergie terrible, la débauche est la plus lourde, et c'est celle-là que je veux d'abord briser I Dans ces pays lointains où je suis passé, partout j'ai vu Moloch et ses abominations fuir devant moi, et des centaines de malheureuses que j'avais délivrées des liens du péché m'ont accompagné jusqu'au rivage avec des bénédictions et des pleurs I Ce que j'ai fait là-bas je le ferai aussi là ! dit-il en pointant sur l'île un doigt vainqueur.
Parlant ainsi, ses cheveux flottant au vent, les lèvres frémissantes, l'éclair dans les yeux, il avait l'air d'un séraphin, mais d'un séraphin si beau, que Lewis, perdant de vue l'habit
(lu luiiiislre el lU' voyant j[)lu.s que l'Iioiunic, ne put s'enipôcluT de lui (liiv :
— MonsiLMir le révérend, monsieur le révérend I Vous allez mettre le pied sur une lerrc (jui Itrùle. Vous pourriez l»ien, au lieu de calmer tous ces cœurs avalés, les mellre à l'envers I Et vous-même tenez-vous bien, car enfin vous êtes à marier...
— Me marier! Qui voulez-vous qui m'épouse?
— lié ! (juelque miss, jeune, belle, riclie, pieuse...
— Moi ! épouser ? Ici ? Ali I par exemple ! Et le jeune ministre ne put s'empôchcr de sourire en faisant de la main un i,'('sle de modeslif e\traordinaire.
Mais francliissunt à bon port ce passage un peu scabreux, la conversation reprit entre les deux jeunes gens sur un ton de plus en plus grave, et lorsque les sillleincnts de la vapeur annoncèrent que le bateau ralentissait sa marcbe poui' loui'ner les passes du pier, (la jetée du port de Saint-llélier), le jeune missionnaire avait développé à son nouvel ami ses plans de campagne, et lui avait confié ses espérances, montré son ardeur, avec tant de conviction et de lyrisme, qu'une amitié pleine de promesses les liait déjà. Ils se séparèrent sur la jetée, Lewis pour se rendre au manoir de Saint-Mary, et Jonatlian pour aller chez un ministre de la ville auquel il était recommande.
Le premier précbe de .lonatban fut un triomphe tel que, de mémoire de dévote, l'église d'Angleterre n'en avait pas vu depuis un siècle ! L'extrême jeunesse du révérend ; son élo- (jucncc ; sa science profonde; sa bouche fraîche et bien garnie, d'où sortaient tour à tour le miel et le feu à travers les perles et les roses; ses mains, qui dans les intervalles de silence, parlaient toutes seules el tour h tour caressaient ou