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A i[U('l(|Ut's pas venaMMil sur deux rangs luus Irs lucml'res de la Sooiélé. composée à ce inomcnl de:
In ancien sou<-lieulcnant de la milice âgé de 85 ans ;
Une vieille dame aveugle et sourde ;
l'n jeune liossu d'une trentaine d'années, assez Idrii mis du reste ;
Une espèce de gâteux qno deux servantes soutenaient par les bras, et qui, les mains en singe et les genoux plies, se laissait aller au cours des événements ;
Enfin, assis dans une sorte de brouette traînée par un pauvre bon gros cbien qui tirait une langue à faire pitié, un cul-de-jatle en babil noir et en cbapeau à liante forme fermait la marche.
Le sous-lieutenant octogénaire venait de prendre la parole pour expliquer que la «Continence and Virginity Préservation Society», formée sous l'influence des prédications du révérend Jonathan... lorsque des hourrabs enthousiastes, accompagnés d'une douce mélodie, annoncèrent l'entrée d'une seconde procession.
En tôte, traîné par un âne tombé au dernier degré de l'étisie et de la consomption, un aveugle en habit noir à basques interminables et coiffé d'un chapeau noir devenu rose, était assis sur une plate-forme, en face d'un i)iano ; il s'en allait de côté avec son piano, commet un crabe, et, malgré les balancements du véhicule, il jouait, la télé levée au ciel avec un air de conviction profonde, un quadrille sur l'air de la Belle Hélène :
C'est le roi Sarbu Qui s'avance bu, elc.
fJerrière lui un grand gaillard à encolure de Inureau por-
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tait un poteau avec iiiie planche eu travers de laquelle était écrit :
CŒSAREA CH4STITV LEAGIE.
Puis venaient les sociétaires, au nombre d'une vingtaine. Une vieille demoiselle à moustaches grises, coilîée d'un chapeau de bergère enguirlandé de roses blanches et de marguerites artificielles en mérinos et en papier, et conduisant elle-même un panier traîne par un cheval nain dont les crins traînaient à terre, formait la fin du cortège. C'était la présidente de la ligue.
En tout autre lieu que dans une île anglaise, cette mise en scène, à raison de l'insufiisance et de la vulgarité naïve de quelques-uns de ces détails, aurait peut-être fait penser à sourire, et il faut convenir que jamais la vertu n'apparut aux pécheurs en plus grotesque équipage. Mais pour l'Anglais peu importent les moyens ; il les prend tels qu'il les trouve sous sa main, et il leur demande le .seul résultat dont il se soucie, la quantité : beaucoup de plats, beaucoup de fourchettes, beaucoup de monde, beaucoup de musique, beaucoup de tableaux, beaucoup de vice, beaucoup de vertu, bon ou mauvais, n'importe, mais avant tout, des produit-s à consommer I
Loin donc de troubler la fête, l'arrivée des deux cortèges ne fit que redoubler l'enthousiasme, et après une série indéfinie de discours suivis d'un nombre incalculable de poignées de main échangées entre les présidents des deux sociétés et les membres du « tea-committee », deux cents dames se mirent à table, des commissaires et des domestiques commencèrent à distribuer des victuailles ; les uns s'assirent, les autres restèrent dobcuit. d'aulres arpentèrent la pelouse, el
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cinq à six cents puissunlt's nidclioires conuncncùrent à foiiclionntM' avec le frai-as iv^'iilicr (riiin' ina'-hiiic à vapeur de cinq cents chevaux.
Ce qu'il parait ûo choses dans un rejjas an^dais est merveilleux, niais ce (pi'il en dis[iaraît est plus merveilleux encore. L'appétit de l'An^^lais, surloul lorsqu'il est consacré à quelque bonne œuvre, s'élève par degrés rapides jusqu'à l'exaltation, et l'allùt-il pousser son estomac jus([u'au martyre, il mangera : ce n'est plus alïaire de nourriture mais de con.science, et une fois l'aliment sanctifié, on ne saurait trop manger de vertu, quand on devrait s'en gorger jusqu'à indigestion.
On mangeait donc beaucoup, pour la plus grande gloire de la virginité, mais malgré les flots de thé qu'on distribuait par chaudières, quel([ues-uns des mangeurs éprouvaient un vague désir de soutenir, par quelques gorgées de boisson un peu plus tonique, les forces défaillantes de leur appareil digestif.
Justement un bar-keeper, libre-penseur et apôtre désintéres.sé d'une société établie à Saint-Hélier sous le vocable de « L'MVERSALAMJ ABSOLLTE TOLEIUISCE ASSOCIA- TION », avait installé sur la route, à deux pas de l'entrée du parc, un débit de vins et de liqueurs. On ne ])Ouvait rien lui dire, il était sur un terrain pul)lic, et d'ailleurs il ne forçait personne à boire.
Les musiciens et les porto-bannières des deux bandes, ayant en tête la grosse caisse suivie de l'aveugle qui le tenait à la manche, ne tardèrent pa.s à .se diriger vers le bar, où ils fraternisèrent pend;int plus d'une heure, jusqu'à ce que des cris nombreux di; Hear ! Hear I vinssent leur annoncer que le pasteur montait en «haire, et ils allèreni, suivis d'une
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soixantaine de gens qui se i< rafraîchissaient » au niènie comptoir, reprendre leui-s places sur la pelouse.
Au milieu d'un silence solennel, Jonathan commença son discours. Après quelques paroles touchantes de remercîmenl pour ses auditeurs, il dit qu'au lieu du sujet annoncé, qui était un peu trop général, il avait cru mieux faire en choisissant pour texte : «La Femme Forte»; que toutens'adressant directement aux femmes, ce sermon ne pouvait manquer d'être utile aux hommes, en leur rappelant les conseils de la Sagesse sur un choix d'où dépend non-seulement leur bonheur, mais aussi celui des personnes de l'autre sexe auxquelles trop souvent ils se hâtent de s'unir avant de s'être demandé si la misère de toute une vie ne peut pas résulter d'une telle décision prise à la légère :
— Car ne serait-ce pas un désespo'r de damné pour un homme si, au moment de s'unir par les chaînes de fer du mariage à une jeune fille qu'il aime à peine, qu'il n'aime plus, qui en aime un autre peut-être... il n'écoutait pas les avertissements secrets de son cœur ! S'il avait des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre! Si devant lui, à côté de lui, ne vivant et ne respirant que pour lui, mais les lèvres fermées par un sceau mystérieux, celle (jui l'appelle du regard, celle qui l'attire malgré lui, celle qui le veut, si celle-là devait mourir sans que ses gémissements d'amour aient pu se faire un chemin jusqu'au cœur du hien-aimé !
Debout contre le tronc d'un arbre, juste en face du jtrédicateur, Lewis écoutait d'un air égaré ces paroles qui lui bouleversaient le cœur sans qu'il pût savoir pourquoi : le regard de Jonathan, fixe et clair, poursuivait le sien lorsqu'il cherchait à le détourner, et le maîtrisait irrésistiblement.
Alo)-s Jonathan, avec une éloquence tendie e! véhémente