L.\ CABINE ENCHANTÉE
— Dis donc, Marie, tu n'as pas vu le monsieur du n*" 3 ? Tout le monde est sorti de l'eau depuis longtemps, il s'est mis à la mer il y a au moins deux heures, et ses habits sont encore dans sa cabine. Voilà une demi-heure que je cherche, je me suis avancé dans l'eau jusqu'à plus de cent mètres, et il n'y a personne. Pourvu qu'il ne soit pas arrivé un malheur !
— Ah ! mon Dieu ! dit dit la femme, quelle journée I Comment était son costume ?
— Rouge, avec de larges bordures noires, et un bonnet rouge et noir sur la tête.
— L'homme que nous avons vu entrer dans la cabine était habillé comme ça, dirent les enfants.
A ces mots la figure de la femme se bouleversa. Elle fit un signe de croix, et elle dit, en regardant son mari :
— Jésus ! Marie î Joseph ! c'est l'âme du trépassé que les enfants auront vue!
A ce nouvel incident tout changea comme un coup de théâtre. Tout le monde se porta vers le lieu du sinistre, tandis que notre héroïne, après avoir jeté à la dérobée un regard sur sa cabine, s'éloigna, suivant de près le dernier groupe qui se dirigeait du côté où le canot allait être mis à la mer.
Après plus de deux heures de recherches, l'embarcation revint. On n'avait rien trouvé, et la cabine n" 3 était toujours vide.
On recueillit alors les efîets du mort, on y trouva une carte sans adresse au nom de Gaston de Rochekern, et le maire s'occupa de dresser son procès-verbal.
Toute la soirée on causa des événements de cette journée mémorable, et au moment où le docteur Destombes expliquait à un auditoire attentif qu'il n'est pas diiïicile de citer des hallucinations comme celle qui avait ti-ompé l'imagina-
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lion dos deux onfanl.s ; au moment où, poursuivant sa démonslralion, le savant docteur ajoutait finement que bien des croyances populaires n'avaient pas d'autre origine, (laslon de Rochekern, qui n'était pas mort mais enterrù, grimpait comme un chat le dernier escalier du remblai et parvenait à rentrer, sans ôtrc aperçu, dans le dialet qu'il occupait seul.
Il réfléchit une partie de la nuit.
Au polit jour, avant que personne fut levé, il remit son costume de bain, il alla se coucher au bord de la lame, et il attendit.
Environ une heure après, trouvé par un pécheur matinal, le corps inanimé du noyé était emporté sur un brancard au Casino, où le docteur Destombes, après une médication énergique, eut le bonheur de le rappeler à la vie.
Gaston raconta alors que la veille, au moment de regagner la plage, il avait été pris d'une crampe; qu'il avait fait la planche ; que sa crampe avait dure fort longtemps ; que la marée l'avait emporté au large ; qu'il n'avait pas pu regagner la terre ; qu'heureusement il avait pu attraper une épave qui l'avait soutenu sur l'eau jusqu'à ce que la marcc
montante l'eût reporté à terre Enfin un conte à dormir
debout mais auquel on ne pouvait rien objecter.
Maintenant voulez-vous que je vous explique comment il avait pu sortir de la cabine?
C'est bien simple : avec une palèrc à vis détachée de la cloison, il avait soulevé doux lames du plancher. A l'aide de sa compagne, il avait creusé sous ce plancher un grand trou dont il avait repoussé les déblais dans le vide qui séparait le j)lancher du sol, s'était blotti dans le trou, et la dame, rabattant les planches, n'avait eu ((u'â peser du talon
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de sa bottine pour faire rentrer sans bruit les clous dans leur ouverture, que Gaston avait pris soin d'élargir en se servant du pas de vis de la patère comme d'une vrille.
De son trou il avait entendu tout ce qui s'était passé. II était resté enfoui jusqu'à la nuit, et alors, après avoir doucement dégagé d'abord sa tête pour observer le terrain, il avait rampé et presque nagé dans le sable jusqu'à l'escalier.
Je ne sais pas ce qui est arrivé depuis , mais , ou la baigneuse fut bien ingrate , ou elle l'aura royalement récompensé !
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