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— Mon Dieu, que jr vous remercie de m'avoir fait naître Français ri de m'avoir laissé vivre dans mon pays !
Aiirès la France, il y avait deux pays que j'aimais pardessus tout : la Pologne, « terre des héros », l'Italie, « terre du soleil, des arts et de la gaîté » : ces expressions n'étaient p;Ls encore devenues ridicules. Me voilà aussi guéri de cette idolâtrie : il paraît que, comme nous, ils n'ont ni sagesse, ni buulieur, ni vergogne... Allons, il n'est jamais trop tard pour se repentir : bouclons ma valise et partons. Renions tout ce que nous avons cru et tout ce que nous avons aimé : souvenons -nous que l'ingratitude est l'indépendance du cœur, et allons chez les Anglo-Saxons chercher de quoi l'aire rire aux dépens de la France — et faire vendre nos livres. . Me voilà pnrti. J'arrive en Angleterre.
A travers un brouillard épaissi par la fumée noire du charbon de terre, nous remontons la Tamise. Une tache rouge indique la place où brillerait le soleil. Du sein des ténèbres visibles où nous sommes ensevelis, nous entendons l'immense clameur d'une population de quatre millions d'hommes mêlée au rugissement des machines et au fracas des roues qui ébranlent le pavé. Le bateau aborde, la grue à vapeur commence à grincer et, en quelques minutes, jette sur le quai nos bagages pôle-môle avec les marchandises entassées dans la cale. Des hommes à figure hâve marbrée de charbon se précipitent et chargent mes rfh'ls sur un fiacre que deux rosses à l'agonie font rouler cahin-caha vers la maison où je vais demeurer. Un misérable vôtu de haillons court derrière la voilure ; il arrive en uîéme temps que nous : il a fait en courant une lieue pour gagner un dcmi-schelling à décharger et à monter mes malles. Chez nous, le cocher l'aurait laissé monter derrière la voiture... Je regrette de ne pas
l'avoir dit au cocher; cet homme est dans un état qui fait mal à voir.
— Pauvre homme, dis-je à l'hôtesse, il faut qu'il soit bien courageux pour faire cet affreux métier I
— Ne le plaignez pas, monsieur, c'est un ivrogne. Voyez, il entre dans un débit de gin, où il va se griser et dormir jusqu'à ce soir.
Je me hâte de monter l'escalier.
Le peuple est moins heureux ici que chez nous , c'est certain. Mais enfin me voilà dans le « sweet home » anglais , tant chanté, tant vanté en prose, en vers et en romance. Oublions le brouillard et la misère du dehoi's, oublions « la France, la Pologne et l'Italie », et jouissons !
Ah ! ah ! des tapis partout , de vastes pièces , le gaz et l'eau à tous les étages ! Larges fenêtres ouvrant sur des balcons ; partout des fleurs, des poissons rouges, des coquillages. Chaque meuble, chaque saillie, chaque tablette, a sa couverture ou son ornement ; c'est le pays des tables , et des consoles, et des guéridons, et des étagères. Beaucoup de choses pendues au mur ; un grand luxe de sièges , de tentures , de rideaux et de stores.
Asseyons-nous. Diable ! voilà un fauteuil un peu anguleux et qui laisse trop percer l'art du fabricant d'élastiques ! Changeons; voici un fauteuil à bascule, importation de l'Amérique : on doit rêver doucement en se balançant làdessus...
Je me lève; j'ai mal au cœur : ce l)alancement court et sec me rendrait fou. Allons, contentons-nous d'une chaise et chauffons-nous.
Je suis obligé de me retirer : ce n'est pas un feu , c'est un four à réverbère ! Une manière île machine à vapeur en