LE VOYAGEUR, UN GUIDE
LE VOYAGEUR. — Je uie sens très las. Arrivons-nous bientôt?
LE GUIDE. — Dans une petite heure au plus. Quand nous aurons tourné là-bas, nous apercevrons de loin le sommet de la montagne.
LE voY.\GEUR. — Cc Hcu aboudo en beautés pittoresques, mais il est désert. Y a-t-il des ours?
LE GUIDE. — Beaucoup, monsieur, et ils sont magnifiques.
LE VOYAGEUR. — Sout-ils daugcrcux et hardis ?
LE GUIDE. — Non, monsieur, excepté quand ils ont faim.
LE VOYAGEUR. — N'en rencontrerons-nous point?
LE GUIDE. — Pas ici. Ils se tiennent toujours au bout de ce chemin, parce qu'il y a un plateau où ils peuvent manger commodément.
LE VOYAGEUR. — Lc toiups lïc me paraît pas siir.
LE GUIDE. — En eiïet, monsieur a du coup d'œil, et nous allons avoir un orage accompagné de pluie, de grêle et de tonnerre, mais heureusement nous n'aurons pas de neige.
i-E VOYAGEUR. — Y a-l-jl uu alu'i au sommet de la montagne ?
l.KS IM.VISIIIS m VdVAfiK 2'.V't
i.K (;iini:. — Oui inonsiciii-, mais il a clé dcUiiil par la foudre aiissilol après sa coiistnictioii.
i.K VOYAGEUR. — Nous vollà pafvciius ail ImmU (lu clicniiii. Je n'apeirois pas d'ours.
i,F. GUIDE. — Paidoii, iiioiisitHir, eu Noici deux (jiii se dirigent de ce côté. (Vesl un ours el nue oui'se.
LE VOYAGEUR. — A quoi l'ecouuaissez-votis l'ourse?
LE GUIDE. — .\ son sexe.
LE VOYAGEUR. — Crovez-vous qu'ils nous allaqueronl :'
LE GUIDE. — Ce n'est pas probable : il n'y a pas (pialre jours qu'ils ont dévoré un ménage.
LE vov.\GEUR. — N'v a-t-il point de brigands?
LE GUIDE. — Pas ici. C'est trop fatigant à monter el d'ailleurs il ne passe pas assez de monde pour que ça en vaille la I»eine. C'est en redescendant, plus bas.
LE voY.\GEUR. — Nous arrivous au sommet de la monlague. Si j'en crois le Guide du Voyarjeur, an jornl ordinairement ici d'un panorama incomparable, mais je ne vois rien (jue des nuages.
LE GUIDE. — Oui monsieur, s'il faisait beau, vous verriez cinquante lieues de pays en long et quarante-cinq en large.
LE VOYAGEUR. — Puisque j'ai atteint le but de mon excursion, nous pouvons redescendre.
Pluie, çrôle, tonnerre, ruisseaux et cailloux roulaul de tous cAtés.
LE GUIDE. — Il pleut depuis deux lieiires , le li'iu|is va s'éclaircir. Appuyez-vous sur moi pour traverser ce lorreiil. Ne craignez rien, et fermez les yeux, sans quoi le courant vous éblouirait, et si vous tombiez il n'y aurait pas de guide au monde qui put vous en tirer.
LE VOYAGEUR. — Je VOUS leiuercie, nous voilà sains et .saufs sur l'aulre rive.
LE GUIDE. — 11 n'y a pas de quoi. C'est mon métier de conserver la vie aux voyageurs. Je n'ai pas peur du danger, moi !
LE VOYAGEUR. — Quel est cet homme de mauvaise mine que j'aperçois là-bas, les jambes écartées, planté en travers du chemin et appuyé sur un bâton ?
LE GUIDE. — Faites pardon, sur un fusil. C'est le brigand d'ici.
LE VOYAGEUR. — Crovez-vous qu'il va nous dévaliser?
LE GUIDE. — Non, pourvu que vous lui donniez tout l'argent que vous avez sur vous.
LE BRiG.\ND. — Bonjour messieurs. La bourse ou la vie.
LE VOYAGEUR. — Je croyais que cela ne se disait plus. J'aime mieux vou.s donner ma bourse.
LE BRIGAND. — Dcpôchez-vous, jc n'ai pas le temps d'attendre, c'est l'heure de mon dîner.
LE VOYAGEUR. — C'cst quc ma poche est mouillée et j'ai peine à en retirer ma bourse. La voici.
LE BRIG.A.ND. — Jc VOUS remercie, vous pouvez continuer tranquillement votre route. (An guide.) Fais bien attention que monsieur ne se fasse pas mal en passant sur les pierres du ruisseau du moulin.
SIXIÈME TABLEAU Une chambre d'auberge où le voyageur est couché.
LE VOYAGEUR, UN AUBERGISTE. LE FRÈRE DE L'aUBBRGISTE, PUIS UN MÉDECIN.
LE VOYAGEUR. — Les faligucs et les émotions de cette course m'ont donné une fièvre de cheval. Je suis brisé par