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(liiNi'i t•■^lo||l|lillll sur la Irviv sii|ir'rieiii(i l'omlin' sérieuse d'iine in'lilc moiistarlie ; eiiKj pieds (jualre iioiices de taille an moins; canipùe sur ses jambes comme un sous-lieulenant de cavalerie, et avec cela lialiillée en liominc ou jjcu s'en faut.
Elle portait un veston court et large do velours olive à côtes, et une jupe collante sous laquelle on apercevait le bas d'un pantalon houlVanl arrêté au-dessous du genou par de hautes bottes de cuir fauve garnies d'éperons d'acier. Elle tenait à la main une cravache qu'elle faisait sifller. En entrant elle ôta, comme un homme, son chapeau tyrolien orné d'une aile de perdrix rouge, courut embrasser sa grand'mère et sa mère et, après avoir donné la main à son père, me la tendit en me disant :
— Vous voilà donc, monsieur? Votre arrivée me fait beaucoup de plaisir, Nous chasserons ensemble.
Te dire ce qui se passa en moi serait impossible. Oh I les marieurs ! On devient positivement maquignon, mon cher, aussitôt qu'on a entrepris de marier les gens : on mettrait plutôt un œil de verre à une fiancée borgne, on mettrait plutôt un bras postiche à un fiancé manchot, le tout à ses propres frais, que de laisser manquer un mariage qu'on s'est mis dans la tète! L'abbé Morelb't, un prêtre, un saint homme, ne m'avoir pas prévenu ! Me promettre une fiancée, une jeune fille, une épouse, une mère de famille, et je trouve un « Chasseur-Vert » I
Tout ceci me passait à travers la tête pendant que je balbutiais quelques paroles incohérentes dont je ne saurais rien me rappeler sinon que je l'ajjpelai deux fois « monsieur » et une fuis « mademoiselle ».
Quand ma phrase malencontreuse fut finie, je sentis tout d'un coup dans mon être comme un craquement : c'était ma
« formule » qui se disloquait. Je la sentis dégringoler par morceaux de ma tête à mon cœur et de mon cœur à terre : je rougis, je pâlis, je crus que j'allais tomber.
J'étais éperdument amoureux de piademoiselle Edmée: d'un regard le « Chasseur Vert » était devenu mon maître.
Je suis resté plusieurs jours avant de m'en douter, comme bien tu penses. Mais tu sais : lorsqu'on s'aperçoit qu'on a perdu son cœur, il faut parfois chercher longtemps pour se rappeler le moment et l'endroit où on l'a perdu.
Je passe les conversations : qu'importent les mots ? C'est toujours la même chose : on parle, on parle, mais chacun songe à son affaire. La douairière m'observait de ses regards perçants, la marquise me souriait avec une effusion maternelle, le marquis buvait du vin blanc, Gontran pensait à la chasse du lendemain : moi je regardais le « Chasseur Vert». La jeune amazone semblait préoccupée : elle m'a avoué, depuis, que ce soir là elle était inquiète de la santé de son cheval et que pendant presque tout le temps du dîner elle avait totalement ouldié ma présence à table.
Le dîner fini, la douairière se retira et nous restâmes les coudes sur la table à causer. Mon cher ! quelle soirée ! Quand on pense pendant trois heures et demie ils n'ont pas parlé d'autre chose que de chiens, de chevaux, de furets, de lapins, de perdrix, de chevreuils, que sais-je, toutes les bêtes de la création y ont passé I Et un feu, une joie, un enthousiasme, en parlant de ces sujets stupides ! J'ai essayé à plusieurs reprises de « rompre les chiens » à propos de peinture et d'art, mais à chaque l'ois le marquis ou Gontran levaient quelque nouveau lièvre, et la chasse recommençait plus furieuse. Tout en prenant part à la conversation en homme du métier, le « Cliassciir Vert », ou madomoisclb^
l.A CIIASSIC Al 1.(111' i'V.i
Edméo, si tii aimos mieux, ohsiTvait avec une altenlion élonnée reiiiuii et riiin)alit'nce (iiicje cherchais à dissimuler sous (les : Ah! Oh ! Vraiment ! etc., et de temps en temps cHe j)assait le doigt sur sa petite moustache avec un sourire k'gèrement dé'daigneux.
Vint le dîner. Tant qu'il dura, et puis au dessert, et puis pendant deux heures qu'on resta autour de la tahie, ces gens-là ne firent que parler chasse, chiens et chevaux. Muet d'une admiration mêlée presque d'elTroi, incapahle de dire un mot sur ces sujets, sentant qu'Edmcîe me regardait comme une (\-^pèce d'e(T(.^niiné, j'(5tais au supplice, et ([uand, renfermé dans ma chamhre, je me fus pelotonn() dans mon lit, j'eus la sensation de repos du conscrit qui vient d'assister à sa première bataille.
Oui, un conscrit ! Je croyais savoir quelque chose en amour, et je m'imaginais que mon expérience et mes théories avaient fait de moi au moins un sergent dans l'armée du général Cupidon : j'étais cassé, cassé ignominieusement, et renvoyé à l'école du soldat, par qui ? par une écuyère de village I
Impossible de dormir : la situation se développait dans toute son horreur. Rien de ce que je savais ne pouvait m'étre utile, et je ne savais rien de ce que j'avais besoin de savoir. J'aurais donné mon latin, mon grec, mes vers, ma prose, mes dessins et ma iniisi(iue, pour savoir seulemenl de (juel côté on monte à cheval ou comment on s'y prend pour tirer une perdrix au vol. Car il fallait bien le reconnaître, mon éducation, faite entre une mère et un prêtre, laissait fort à désirer de ce côté.
Je voyais se dérouler en interminables perspectives les situations et les scènes ridicules auxquelles me vouait d'avance mon ignorance absolue de lâchasse etdel'équitatioii. Je voyais
clairement que ma position au milieu de cette tribu de chasseurs et de cavaliers ne serait pas tenable , qu'Edraée me dédaignerait, et que songer à plaire à cette étrange fille était insensé de ma part. Mais plus je me démontrais l'impossibilité de réussir, plus, naturellement, je sentais l'impossibilité de renoncer.
Au reste, loin de m'aveugler, l'incendie de mon cœur ne faisait qu'éclairer l'évidence de ma folie. En créant Edmée, le sort qui me jetait à genoux aux pieds de cette virago semblait s'être complu à la former de tout ce qui pouvait être le contrepied le plus exact de mon idéal. De mon côté je n'avais pas une idée, pas une qualité, qui ne fût un moyen infaillible de lui déplaire.
Ces réflexions amères avaient pour résultat de me rendre plus amoureux de minute en minute. Peu à peu ma tête s'exalta, la fièvre me prit, et dans le demi-sommeil où je finis par tomber, je fis des rêves fantastiques. Au milieu de nuages noirs sillonnés d'éclairs, je voyais passer la Chasse Galery ; en tête, sonnant d'une trompe gigantesque, un chasseur habillé de velours vert passait comme un trait et me saluait de son chapeau tyrolien. Je m'élançais à sa suite, je saisissais la crinière du cheval, mais je sentais tous les crins se casser l'un après l'autre ; je courais toujours, et j'essayais de m'accrocher aux poils de la croupe, qui glissaient sous mes ongles. Un moment après, j'étais en amazone ; Edmée, de ses bras nerveux, m'enlevait par la taille, me mettait en selle, et sautant en croupe enlevait le cheval au triple galop ; j'avais peur, je perdais l'équilibre, je tombais, ma jupe s'accrochait à l'éperon d'Edmée, et j'étais emporté, rebondissant sur une couche de lièvres, de lapins et de perdrix, qui couvraient le sol.