I.A CIIASSK Al I.(U
Enfin, aigres deux ou trois heures de celte douce rêverie, je m'endormis. Ce sommeil ne pouvait pas, hélas ! changer les choses, mais il calma mes idées, leur donna le temps de se mettre en rang, et à mon réveil je me trouvai en état de me rendre compte de la situation avec calme et lucidité.
Une analyse trop facile à laii'c me montra nettement la nature des obstacles qui s'élevaient entre Edniée et moi : on pouvait les résumer en une seule remarque, c'est que la virilité était de son côté, inconvénient aussi scandaleux au point de vue sexuel que fécond en ridicules de toute sorte pour moi. J'examinai successivement une foule de partis à prendre, tous 1res simples et très raisonnables, mais comme j'étais amoureux je les rejetai tous.
Et je me retournai fiévreusement dans mon lit. Une bonne petite rage se formait par degrés dans mon cœur ; l'amourpropre blessé, la honte d'être inférieur à une femme, l'amour enfin, me mirent en fureur, et je jurai que quand je devrais me casser le cou, quand je devrais tuer par maladresse trois ou quatre chasseurs, je monterais à cheval et je suivrais Edmée dans toutes ses chasses ; qu'en somme on ne vivait qu'une fois ; que ce n'était pas une chose si merveilleuse et si diflicile de se mettre jambe de ci jambe de là sur une de ces vilaines bêtes I Elle ruera, elle me jettera par terre, elle me cassera les reins : eh bien, tant pis, mais du iiioins je n'aurai rien à me reprocher I
Cette belle résolution prise, je me calmai un peu au petit jour, et j'allais enfin m'assoupir quand j'entendis frapper à ma porte : c'était Gontran, le fusil en bandoulière et la carnassière au dos.
Ouvrant une petite boîte de cuir attachée à sa ceinture, il
en tira une horrible petite bête jaune à tête plate et pointue qui se tortillait vilainement dans sa main et finit par glisser à terre où elle se mit à courir. J'étais nu-pieds , n'ayant eu que le temps de mettre mes pantoufles ; la petite bête, en se sauvant, me passa sur le pied et je ne pus retenir un cri. Gontran rattrapa le furet, le baisa en me jetant un regard moqueur, et me dit :
— Vous avez peur de ces bêtes-là 1 Au reste ce n'est pas étonnant, un homme qui n'a jamais chassé
Et ses yeux achevaient la phrase ainsi :
— .... est capable de tout.
— Je vais au furet, dit-il ; Edmée va de son côté au chien courant, là-bas, au bois de la Thorillière. C'est loin, elle y va à cheval. C'est dommage que vous ne sachiez pas monter, vous iriez avec elle.
— Mais, lui répondis-je, quoique je ne sois ni cavalier ni chasseur, je me tiens... à peu près... sur un cheval... pourvu qu'il ne soit pas trop méchant, et je sais à la rigueur tirer un coup de fusil. Si Mademoiselle Edmée...
— Oh I Edmée ne demande pas mieux, pardi ! Je vais lui dire. On vous sellera le vieux Coco, qui est doux comme un mouton.
Soyez tranquille, avec lui vous ne resterez pas en arrière ; quand vous verrez une haie ou un fossé, vous n'aurez pas besoin de vous en occuper, il n'y a qu'à le laisser aller, il saute tout seul et il n'y a pas dans tout le pays un cheval pour sauter aussi haut. Seulement, dans les descentes, vous savez, soutenez-le ferme mais lancez-le au grand trot, parce qu'il est vieux, dame! il est un peu faible uu devant, et au petit trot ou au pas il pourrait s'abattre et vous jeter à dix