I.\ t.iix^^l- \l l.iil'P
pas on avant dans les ajoncs ou sur les pierres. Ça \ur serait pas aninsanl si on vous rappoilail en petits morceaux !
Il sortit. Cet élcj^e de ('oco m'enthousiasmait médiocremenl, mais j'étais lancé, je ne voulais plus regarder en arrière, ri un hruif sec de talons de hottes et d'éperons accompavMit' d'une chanson dédiasse, passant devant ma porte, ne lii ipie raffermir mes résolutions.
Je descendis l'escaliei- (pialre à (piaire et je rejoii,Miis dans le vestihule la lerrihle Kdmée, (pii me parut plus helle cent fois que la veille.
— Kli hien, me dit-elle, vous venez donc? Nous allons tâcher de vous l'aire tuer un lièvre. Les chevaux doivent être .sellés ; voulez-vous voir l'écurie ? Aimez-vous les chevaux ?
— Mademoiselle, du moment qu'ils vous appartiennent... Klle me regarda d'un air étonné.
— Ah ! ik':^ madrigaux ! Voulez-vous me faire hien, hien plaisir? Gardez cela pour vos Parisiennes. Je sais (jue vous avez la langue doj-ée là-has, mais nous auli'cs nous sommes des sauvages. Je ne doute pas que vous ne soyez en état de me faire un compliment toutes les cinq minutes, mais je les liens pour dits et je vous en fais grâce. Nous sortons ensemhle pour chasseï- : faites comme moi, occupez-vous de votre cheval et de votre fusil et ne pensez pas à autre chose.
Kl d'un ail- (pii n'admettait pas de n-pli(pie, elle ajouta :
— Irnaginez-vous que vous êtes avec un garçon et traitezmoi comuK! telle... si vous tenez à m'étre agn'ahle.
— In joli garçon, en tout cas, murmurai-je sournoisement. Klle haussa les épaules en riant, et me tirant son cli;i|ieau
d'uu air unupieur. elle marcha veis IT-ciirie.
2o8 LA CHASSE AU LÛUP
11 y avait trois chevaux sellés en selle d'homme, Edmée prit un alezan par la tête, le baisa au front et me dit :
— Voilà Mercure, mon bon cher cheval. Voyez comme il est beau !
Mais je ne voyais du cheval que la selle, et à l'idée qu'une jeune fille allait monter à califourchon je ne pus maîtriser mon étonnement ; elle le vit :
— Ah ! vous croyiez que je montais en selle de femme ? Ces selles à fourche n'ont pas le sens commun : jamais je ne serais montée à cheval s'il m'avait fallu m'en aller de travers : ceci est bien plus commode.
Et en trois temps elle avait enfourché son cheval, qui commença do faire des courbettes en hennissant de joie.
— Montez toujours, me dit Edmée. Et à un signe d'elle le palefrenier fit avancer Coco.
— La situation se dessine, me dis-je en moi-même, allons, du courage !
Coco n'était pas ce qu'on pourrait appeler un cheval brillant, mais il avait du sang et de beaux restes. Les salières et les épaules étaient un peu accentuées, mais le regard était vif. Malgré mon peu de connaissances spéciales, je voyais, à la manière dont il se posait, que Coco n'accordait pas à ses jambes de devant une confiance aussi absolue qu'à celles de derrière. Mais Edmée me fit admirer un réseau de veines saillantes qui couvrait tout le corps de l'animal et qui, disait-elle, était un signe de race. A ce moment Coco paraissait de bonne humeur, il restait tranquille : je jugeai le moment favorable pour me mettre en selle s'il était possible, et j'avais le pied à l'étrier lorsque le palefrenier, tournant la tête vers la cour, dit :
— Vouéla môsieu l'cûrè qu'ô vint.
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En (It'iiv tcinjis lùlmrf rtait (hsceiuliio de cheval cl avait rais le chapeau à la main. Le curé enlru.
Ce saint personnage n'était pas moins surprenant que mon étrange compagne de chasse. Bâti en Hercule, large d'épaules, rouge et charnu de figure, les cheveux hlancs mais crépus et drus, les mains comme des battoirs, il avait l'air d'un forgeron ; du plus excellent des forgerons, il est vrai, car sous sa rudesse on voyait une honte parfaite.
— Je vous ai fait attendre? Non? Tant mieux. J'étais allé porter les sacrements ù la bonne femme Gillaizeau, de la BruHière. Elle a rendu son âme à Dieu au petit point du jour. Tenez, Edmée, mon enfant, voilà sa croix de noce qu'elle m'a chargé de vous remettre. Elle vous remercie et vous recommande sa fdle et ses petits enfants.
Edmée prit la croix, la mit à son cou et se signa. Le curé croisa les mains, baissa un moment la tête en fermant les yeux à demi, après quoi il s'approcha du troisième cheval, sauta lestement en selle, et d'un air délibéré demanda au palefrenier :
— Où est mon fusil ?
Le palefrenier lui remit un fusil qui était posé sur le coffre à l'avoine. Le curé regarda Edmée qui remonta à cheval en disant :
— Partons.
Je montai sur Coco et nous partîmes.
Chemin faisant Edmée s'approcha de moi et me raconta l'histoire du vieux curé. Il avait, lui aussi, combattu dans la Guerre des Géants; il était alors garde-chasse des messieurs de la Robric et les avait suivis partout. La Vendée pacifiée et le clergé reconstitué, il était entré dans les ordres, mais avec des dispenses parce qu'il avait versé le sang. C'était un saint
260 F.A CHASSE Al- LOUP
homme, n'ayant rien à lui, au point qu'il donnait jusqu'à ses chemises aux pauvres. Il n'avait conservé de son ancien état ([u'un penchant irrésistible pour la chasse. Sous le prétexte qu'il était le directeur d'Edniée et que sa compagnie était nécessaire à cette jeune fille pour la chaperonner dans la vie aventureuse qu'elle menait, on lui avait permis de la suivre dans ses chasses.
— Vous lui plaisez, me dit-elle laconiquement, et il se connaît en hommes.
J'avais résolu d'abandonner Coco à sa fantaisie et je lui laissai à peu près la bride sur le cou. II justifia ma confiance en allant se placer en ligne à gauche d'Edniée, laissant la droite au curé.
— Ce cheval est bien élevé, me disais-je : je .suis sûr que je n'aurai qu'à me louer de mes rapports avec lui : rien ne vaut la bonne compagnie...
Tout en faisant ces réflexions, je ne pouvais m'empêcher d'observer avec une certaine anxiété les allures de cet animal qui portait mon avenir sur son dos, car s'il me jetait à terre je sentais bien que j'étais un homme perdu. Coco fit un faux pas.
— Si vous ne le soutenez pas plus, me dit Edmée, il vous échappera.
Je ne comprenais pas ces paroles : c'était de l'hébreu pour moi I
— Oh ! ccrtainemeni, si vous lui lâchez la bride comme ça, dit le curé, il s'abattra.
Je compris, et je me mis à tirer sur les rênes. Coco recula.
— Si vous ne seriez pas les jambes il vous ramènera à reculons jusqu'au château, dit Edmée.
l.v (.IIASSK Al l.nl I' :M(|
Je serrai les j-iiiilics, r.ocu se mil à loiiinci- sur luimême.
— Serrez-les donc é^alciiiciil , rejiril Kdinéf. Vous lui pressez le llaiic gauche, il tourne à j^auclie !
Je serrai des deux janihcs, et le cheval pailil au galop.
— La situation s'accentue, nie dis-jc en sentant s'envoler mon chapeau, ipie ma cravache ne taida pas à suivre.
Mes deuv compagnons avaient pris aussi le galop, mais Coco, à mesure qu'il les .sentait derrière lui, redouhiait de vitesse. J'entendais des éclats de rire mêlés au fracas des sahots frappant en cadence le caillou de la route. Au premier moment j'avais empoigné héroïquement le pommeau de la selle, mais je ne tardai pas à sentir qu.e mon corps avait pris son équilihre et suivait le mouvement, et je crus pouvoir m'occuper de mon sauvetage. Je m'accrochai les jamhes du mieux que je pus aux flancs du cheval, et je tirai à deux mains sur les rênes pour tâcher de l'arrêter.
L'efl'el fut immédiat, et Coco, déployant tous .ses moyens, s'élança au triple galop.
J'entendais galoper derrière moi, mais on ne riait plus, on criait. Enlin Kdmée, arrivant à portée de la voix, me cria :
— Rendez la main ! Ouvrez les jamhes I Vous lui donin^z un point d'appui et vous le poussez en avant 1 Rendez la main I
Je lâchai la hridi-, j'ou\iis les jambes cummc deux pincettes.
Coco, au bout de trois enjaiuhées, s'arrêta net, eî je me trouvai prenant un bain de siège dans une belle flaque d'eau où j'étais allé tomber en faisant la cabriole jiar-dessus la tête de l'intelligent animal.
Kdmée et le curé acrouiinfiil, sanléiciil a bas de leur
262 f.A CHASSE AU LOUP
cheval et vinrent me relever. Me voyant un peu étourdi de ma chute, ils me firent marcher quelques minutes, et je me sentis assez remis pour continuer la route. Les chevaux furent mis au pas; la conversation languissait, et nous arrivâmes enfin au rendez-vous, où les chiens nous attendaient. On me posta à une croisée du hois, Edmée et le curé partirent chacun de leur côté, et bientôt j'entendis au loin les chiens qui donnaient de la voix.
La chasse se passa sans autre incident. Mais lorsqu'il m'a fallu paraître devant la famille, je me suis senti honteux de mon personnage : j'ai cru que je ne pourrais jamais me décider à entrer. Tout le monde a été exquis de tact et de discrétion : on a parlé des événements de la journée tout juste assez pour me faire voir que personne ne se moquait de moi et que tout le monde honorait mon courage malheureux, mais ces égards mêmes ne faisaient que marquer davantage mon infériorité de citadin, et plus on m'encourageait plus je me sentais déplace et ridicule au milieu de ces mœurs simples et hardies que je me sentais incapable de suivre.
Je ne sais à quoi pensait Edmée, mais son visage avait une expression assez singulière : elle semblait considérer dans le vague quelque chose d'inconnu qui l'aurait pi-ofondément étonnée. Elle parlait peu et ne s'occupait nullement de moi. Là-dessus la soirée finit et on alla se coucher.
Le lendemain de très bonne heure, plus amoureux et plus perplexe que jamais, j'étais sorti pour prendre l'air et jmur tâcher de me calmer et de me décider. Je me promenais depuis quelques minutes le long d'une charmille, lor.s- (pi'anivc au bout je vis de loin une grande forme blanche pencbée sur une corbeille de veiveincs. Lu brouillard