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rliai|ii(' maiflic une de mes illusions. Kdiiit'e ('lail dt! rrlour dj'j)uis luii<,'liMnps déjà, car j'avais (Milondii rciilrcr la voiture; elle avait dii s'empresseï- de se débarrasser de sa robe blancbe, et j'allais nie retrouver en présence du « Cbasscur Vert ». Aussi , au moment d'ouvrir la porte du salon, j'hésitais.
La inemiére personne que je vis fut Edmée, en robe blancbe comme le matin, avec une ceinture l)lcue. Elle me dit (jue sa giand'mère avait désiré (ju'elle restât ainsi pour faire honneur à la "Vierge. J'eus donc le plaisir de pdUNoir donner un libre cours à mes rêves de fiançailles sans que les bottes éperonnées du Chasseur Vert vinssent me rappeler au sentiment de la réalité.
Soit que cette cérémonie religieuse lui eût rappelé les sentiments de modestie et de douceur naturels à une jeune (ille, .soit que la robe virginale qu'elle portait lui rendit plus présente le sentiment de son sexe, Edmée, ce soir-là, fut presipie femme, et à tel point que je crus pouvoir me risquer à lui dire de ces phrases (jue tous les amoureux connaissent bien, où les lèvres articulent les premiers mots venus, mais où le son de la voix et le regard des yeux disent de cent façons : « Je vous aime I »
Nous restâmes ainsi plus d'une demi-li('Mi(' dans un coin du .salon. Je ne .sais ce qu'elle pensait, mais elle m'écoutait de l'air le plus naturel du monde. De temps en temps elle bai.ssait les yeux une seconde, mais c'était si peu de chose que je n'en jjouvais rien conclure Au moment où, lui jtailanl de la pro(rssi(Uj, je me sentais de plus en plus ému, elle m'arrêta net en me disant :
— hemain nous allons à une grande baltuc an loui» Venez-vous :'
Et là-dessus elle se leva et alla s'asseoir auprès du curé, me laissant étourdi comme un homme qui vient de tomber du septième ciel.
On est parti en voilure. Pendant le trajet, qui a duré plus de trois heures , j'étais assis à côté d'Edmée. Elle portait, bien entendu, son costume de chasse, et il ne lui restait rien de ses airs de séraphin.
C'était la première fois de ma vie que j'assistais à une battue. Il y avait là plus de cinquante tireurs, sans compter les gardes forestiers et les gardes champêtres du canton. Bientôt on signala la voiture du .sous-préfet, escortée de trois brigades de gendarmerie avec le capitaine et le lieutenant en tête.
Le rendez-vous prenait par degrés l'aspect d'un rassemblement militaire : chaque troupe s'alignait peu à peu et formait les rangs. Edmée, le fusil à l'épaule et le couteau de chasse à la ceinture, allait de rang en rang, ayant à sa gauche le lieutenant de louveterie et suivie d'un groupe de chasseurs : tout le monde la saluait, lui souriait ; les gardes faisaient joyeusement sonner leur fusil, les rabatteurs brandissaient d'un air crâne leurs pincettes ou leur poêle, et elle avait l'air d'un jeune prince qui, au moment d'une bataille, passe la revue de ses ti-oupes. Il y eut môme un intrigant qui cria :
— Vive le Cliasseur Vert !
C'était moi. J'étais enthousiasmé. Elle se retourna et me salua avec une dignité toute royale, après quoi elle se mit à rire, et me prenant le bras :
— Eb bien I comment trouvez-vous cela? Comprenez-vous qu'on aime cette vie-là et qu'on ne puisse pas se faire à l'idée de la quitter pour aller, entre quatre murs, jouer du piano