I.A ( IIASSK AI LOI I' H\l
011 hriulcr (les iiaiiliiiilli's ? Uilcs, dilcs, VDiis-iiiOiii»; \()iis vous senti'/, pris ! avoucz-lt' :'
— .l'aMtiu', n''|ioiulis-je, i\\n' loiil cola me inci le diahle au corps. Je ne vois (jue trop, par ce que j'éprouve moiin«)inc, combien les plaisirs du inonde sont fades à coté de celui-là. Cependant, pour une femme....
— Je ne suis pas une femme, je ne serai jamais une femme.... C'est fini. Tenez, ne parlons plus de cela, et allons rejoindre ces messieurs, car je vois qu'on .se rassemble pour le conseil.
iSous rejoi^Miîines le groupe des chasseurs. I.e lieutenant de louveterie désigna les deux olliciers de gendarmerie et le garde général des forêts pour commander en sous-ordre. On forma un peloton spécial des chasseurs les plus habiles, les plus prudents et les plus précieux, pour les poster ensemble le long d'un ravin où l'on espérait faire passer les loups. Je fus enrégimenté à titre de précieux. Kdmée fut nommée à l'unanimité général en chef de cette troupe d'élite, et ce fut elle qui nous donna la consigne et nous posta.
Lcsauîrt's tireurs, y compris les dangereux, les maladroits et les gens sans consistance à la vie des([uels on ne tenait pas, furent alignés .sur un taillis et sur une lande dominant le ravin, de manière à ce qu'ils pussent se voir et ne pas se tirer les uns sur les autres s'ils y mettaient un peu d'égards. Nous, le ravin nous mettait à l'abri de leurs balles, et comme la consigne était de ne tirer que devant soi, et défense absolue de tirer sur autre cbo.se qu'un loup, sous peine d'être exclu pour dix an^, de toute battue commandée, nous n'avions rien à craindre.
(^)uand je me vis seul, mou fusil à la main, le souvenir de mon ridicule accident d*^ la veille me revint en télé; je
268 I-A CHASSE Al- F.OrP
reconnus avec épouvante que toutes les chances étaient contre moi et que très probablement il allait m'arriver encore quelque sotte aventure. Ma première idée, naturellement, fut que j'allais tuer un chien : mais m'étant rappelé qu'Edmée m'avait expliqué qu'on ne se servait pas de chiens pour la battue aux loups, je me dis qu'alors je tuerais un rabatteur, et comme conséquence de cette affreuse catastrophe, je voyais Edmée perdue à tout jamais pour moi. L'avouerai-je ? Le sort du paysan que j'allais occire me paraissait prcféi'al)le au mien, quand je fus tiré de ces rêves sinistres par le bruit lointain d'un tintamarre de cloches, de cornets à bouquin, de casseroles et de pincettes, qui se rapprochait lentement : la battue commençait ! Dans quelques minutes peut-être les loups allaient arriver; ils passcraieni devant moi ; probablement j'aurais occasion d'en tirer un ou deux: certainement je les tuerais, et alors Edmée....
En ce moment, dans la lande qui nous dominait, une fusillade générale éclata sur toute la ligne. Le fusil sur l'épaule, le doigt sur la détente, j'attendais. Quelques secondes après, du haut de la colline, en face de nous, deux grands loups et trois louveteaux, sortant du taillis, parurent sur une élévation couverte de bruyères. Ils s'arrêtèrent un instant, ffairant l'horizon, et tout aussitôt, s'élançant à fond de train sur la pente de la colline, ils se précipitèrent de notre côté dans le but évident de gagner le lit du l'uisseau et de s'échapper à travers le fouillis d'herbes et de rochers dont il était rempli, .arrivés au ruisseau ils y entrèrent en effet. Aussitôt, à cent pas plus bas que moi, deux coups de fusil partirent; un peu plus près, deux autres; les loups passent devant moi, je tire, un loup tombe I Sur toute notre ligne, en moins de diMix minutes, j'entends partir les fusils.
LA (IIASSK AI 1.011' 2W
Fou il(^ joie, j'ouhlio la consi^MU', je m'avanct' jiis(|irau liord du ruisseau el je vois mon loup étendu iiuniohile. Je veux lu'élanccr, j'entends une explosion, je reçois un coup affreux au hîMs, je pousse un cri et je tombe.
J'avais une balle dans le bras gauche.
Ici pour moi le lideau tombe. Je me suis évanoui.
Lorsque je repris connaissance Edmée était penchée sur moi. Je vis qu'elle avait bandé ma blessure avec son mouchoir, mais le sang commençait à traverser.
Klle se mit droite, arracha d'un geste violent sa jupe de drap, et sans se soucier de paraître en pantalon et en veste, elle déchira la jupe en bandes qu'elle appliqua jusqu'à ce que le sang eût cessé de couler.
Elle alla au ruisseau, prit de l'eau dans son chapeau et m'en fil lioire ([iielques gorgées qui me ranimèrent un peu. Pendant tout ce temps elle n'avait pas dit un mot : elle procédait au pansement avec le saiig-froid d'un chirurgien et la délicatesse d'une sœur de charité.
Lorsque ce fut fini et qu'elle me \it un peu i-einis, elle prit un cornet de chasse et sonna un appel.
D'autres cornets lui répondant nous apprirent qu'on venait à notre secours.
Malgré tout ce que j'ai pu dire, on n'a jamais voulu me laisser monter en voilui-c, et il a fallu me laisser rapporter au château sur un brancard improvisé. La route a été longue. Edmée et le curé marchaient à droite el à gauche, et lu voilure suivait au pas. Je n'ai jamais pu (obtenir (ju'Edmée remonlût à cheval. Elle ne me parlait pas, ne faisait ni mines attendries ni protestations, mais elle m'adonne le bras pour monter à ma chambre, est restée à la porte le temps
seulement, qu'on me déshabillât, et aussitôt elle est entrée comme quelqu'un qui s'installe. Sauf un peu de violence en jetant son chapeau, et un léger tremblement en ôtant ses gants, rien ne trahissait en elle la moindre agitation. Elle a donné ses ordres d'une voix brève mais douce, elle a organisé son ambulance, préparé du linge, de la charpie, tout ce qu'il fallait, puis elle a renvoyé tout le monde, et alors, s'asseyant dans un fauteuil au pied de mon lit, elle m'a longuement regardé.
J'ai voulu parler : d'un petit geste de la main elle m'a imposé silence, a fermé les yeux et est demeurée quelques minutes recueillie.
Elle priait. Sur son visage pâle, de temps en temps passait comme un nuage une rougeur fugitive; ses lèvres, agitées du frémissement de la prière, semblaient murmurer des baisers. Je sentais des fourmillements dans les membres, des bouffées de chaleur, du frisson.
Elle porta comme à la dérobée sa main droite sur son cœur : elle m'a expliqué depuis que c'est une manière particulière de faire secrètement le signe de la croix. Elle me dit que le chirurgien allait arriver, qu'il ne fallait pas m'agiter, parce qu'on allait probablement extraire la balle et poser le premier appareil. Elle me donna à boire et me dit de dormir. Elle fixa ses yeux sur les miens, je sentis qu'un charme invincible me forçait à lui obéir : je m'endormis.
Lorsque je m'éveillai le chirurgien tenait mon bras et me tâtait le pouls.
— 11 y a de la fièvre ! Et comme Edmée faisait un mouvement d'inquiétude : Fièvre traumatiquc, dit-il : c'est dans l'ordre, mais c'est venu bien vite.