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dès la di.viciiie pa^e. Ik'las ! jamais le haru v»/' le baudet ne l'cçiit une application plus sévère el pins méritée : non-seulement le livre fut honni, mais bien des gens (|ui jusipic-là avaient regardé l'autour comme un honnête homme, pajaut exactement ses contributions et incapable de faire dn mal à son prochain, conçurent des doutes sur sa moralité, et le crurent secrètement affilié aux vendettas et aux bandits de Colomba. L'auteur s'est résigné ; il n'a songé, Dieu merci ! ni à une vcndptte, ni à une désertion littéraire : il a persisté à mettre sa plume au service de la saine luorale et de la société p^lie : il n'a pas eu de mérite, il avait de quoi y'ixre ! Mais figurez-vous un jeune homme pauvre, ayant ou croyant avoir du talent, et arrivant à Paris, pendant ces années qui furent justement celles où débuta Charles de Bernard : ce jeune homme, par sentiment ou souvenir, tient au parti religieux et monarchique ; il vient du fond de sa province où il a lu et pris au sérieux les anathèmes quotidiennement fulminés contre la littérature violente et corruptrice. Il s'imagine, dans sa candeur armoricaine ou provençale , qu'il va trouver tous les salons fermés aux coryphées de cette littérature, tous les salons ouverts aux néophytes d'une réaction prèchée, attendue, nécessaire ; que ceux-là sont mis à l'index de quiconque a une famille, une maison ou un coin de terre, que ceux-ci n'ont qu'à parler et à écrire pour être sûrs du patronage de quicou<pie a un intérêt moral ou positif dans le sauvetage des idées réparatrices ; que, nnalemonl, dans cette répartition équitable ou égoïste de la disgrâce et de la faveiu- mondaine, les défenseurs de ceux qui ont tout sont mieux traités que les champions de ceux qui n'ont rien. 11 regarde autour de lui, et il voit exactement le contraire : aux apologistes, l'abandon et la pauvreté ; aux agiesseius et aux insulteurs^ la célébrité et l'opulence. Que voulez-vous qu'il pense et qu'il fasse? Montez, lui dira-t-on, dans une mansarde; vivez de peuj acceptez résolument le froid, la soif et la foim ; vous avez le g(u"it du bien, ayez-en le courage, et poussez, s'il le faut, ce courage jusqu'à mortifier en vous tout ce qui n'est pas abnc-
i:ï les (t:i vres de ch. i>e ber^ard, xxvii
ijalkm , renoncemenl luaU'riol et iiKtral. — Cela est l)iontôt (lit, et le culte de la mansarde est d'une prédication facile, surtout lorsiju'on a soi-niènie un château et un liôtel. Kh bien ! j"y consens encore ; j'admets (juc les préoccupations de lucre et d'ariient soient indignes de l'écrivain et del'arliste véritables: je suppose (ju'ils naissent tous avec vingt-cinci mille livres de rente, ou qu'ils ont lu de bonne hem'C le traité de Sénèque sur le mépris des richesses. J'oublie <iuc ces natures délicates, fines, nerveuses, ardentes, aussi promptes à s'exalter i[u'à s'abatlro, simU jusleniout celles qui ressentent le plus vivement les privations et les souffrances de la pauvreté. — Mais, encore une fois, la vanité? l'amour-propre? ce besoin de succès et de bruit , cette ambition de célébrité et d'hommages qui, vous le savez et vous le dites, fait le fond de ces caractères? les condanmerez-vous aussi à la faim, à la soif, au renoncement continu, à l'abnégation chroni(pie ? Il est triste et dangereux, soyez-en sûr, de pouvoir se dire chaque matin : Je n'aurais qu'à traverser la rue, à porter mon manuscrit quelques pas plus loin, pour avoir cinq cent mille lecteurs au lieu de deux mille. 11 y a là de (pioi déconcerter bien des consciences, fatiguer bien des courages, et c'est en face de cette idée dissolvante que se trouvaient, à l'épocpie dont je parle, les houuues tels (juc Charles de Hernard. llonanc de la droite, de la droite chevaleres(]ue et monarchique, il eût vainement cherché, de Gerfaut au Gentilhomme campannard, un jom'ual, une Revue de .son opinion, <pii pût paNcr son talent ce «juil valait ; il eût vainement essayé de se rattacher à un groupe littéraire partageant ses principes et comptant des hommes de quel([ue valeur : tous ou pres<[ue tous avaient passé dans le camp cimemi, parce (jue les fanfares étaient là, et le soleil reluisant sur les arnuires, et les mouchoirs brodés des belles spectatrices s'agitant à chaque prouesse, et le cri des hérauts proclamant la victoire et le tiiomiiiie. Heureux encore (Charles de ik'rnard d'avoir rencontré à mi-ciicmiu, séparé de lui seulement par un mur mitoyen (lu'uUaient démolir nos prochaines calastro|)hes, un terrain neutre, un pays mixte, peuph' d'cs-
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pi'its snpéiiouis, et où son talent, ses types de prédilection, le pcnre de ses récits, leur portée morale et politique, devaient, il faut bien l'avouer , retrouver leui' jour le plus favorable et leur atmosphère naturelle.
C'est donc au Journal des Débats, de 1840 à 1847, (juil faut chercher, selon nous, le vrai Charles de Bernard, se révélant dans les ouvrages qui donnent la plus exacte idée de sa manière : c'est là qu'il publia successivement les Ailes d'Icare, que nous regardons comme son chef-d'œu^TC ; la Cinquantaine, étude tour à tour plaisante et touchante des effets d'un amour romanesque à l'âge où il n'est plus permis d'avoir que des souvenirs ; la Chasse aux Amants, très-spirituelle es- (juisse de mœurs mondaines, dessinée avec cette justesse de trait, cette finesse de profils dont Charles de Bernard a emporté le secret ; le Pied d'argile, excellente page de comédie politique, précieuse à relire pour tous ceux dont l'illusion juvénile serait tentée d'accorder aux hommes, aux caractères et aux partis cette foi que l'on ne doit qu'aux principes ; enfin, à la veille même de nos révolutions nouvelles, le Gentilhomme Campagnard, qui en renfermai t comme lespressentiments, qui nous montrait d'avance des scènes de club, d'émeute, de démagogie villageoise, des intérieurs de petite bourgeoisie haineuse et jalouse, partagée entre le plaisir de voir menacer le château et la crainte de voir piller sa maison ; le Gentilhomme Campagnard qui, avec un peu plus de précision et d'agencement dramatique, eût été une œuvre de premier ordre. Parallèlement à ces ingénieux récits, Charles do Bernard fit paraître dans la Revue dos deux Mondes, un Homme sérieux, cl le Paratonnerre ; dans la Revue de Paris, l'Innocence d'un Forçat, émouvante histoire qui prouve encore ime fois t:)ut ce qu'il aurait pu faire s'il avait sacrifié à la Muse des émotions fortes ; puis, dans d'autres journaux ou recueils, la Peau du Lion, charmant tableau de gem'e. un Gendre, piquante variation d'un thème oii l'auteur excelle ; t/n Reau-père, destiné à scrviï' do pendant à un Gendre, mais où poicont cà et là quolcpios siiiuos (lo lassitude. queli|uos velléih's do mélodrame:
ET LES CEIVRES DE Cil. \)E l'.FRN MU), X\l\
otifin pliisioiirs Nnuvollos df mnindiv iiiipdiljuico. hioii <[ue toujours inU'iessantes, et qui, réunies, dans l'édition complète, aux premiers contes qiii fondèrent la réputation de Charles de Bernard, forment les trois agréables volumes du 'Nœud Gordien, du Paravent, et de l'Ecueil : ajoutez-y les Nouvelles inédites, le recueil poétitpie. Plus deuil que joie, et les pages inachevées du Feau d'Or, et vous embrasserez d'un coup d'œil l'ensemble de cette carrière littéraire qui fut courte, mais laborieuse et bien remplie, et qui, sans rivaliser de production incessante avec les colosses aux pieds d'argile du roman-feuilleton, eut pourtant ses heures de fécondité.
Cette carrière Unit au moment où allait commencer une nouvelle ère politique ; ère d'angoisses et de trouble, d'expériences fatales et d'expiations cruelles, où le regard si juste et si pénétrant de Charles de Bernard amaitpu trouver bien des sujets d'observation et de satire, mais où l'inquiétude et la menace coudoyaient de trop près le ridicule pour laisser à la comédie tout son jeu. Peut-être Charles de Bernard, ennemi de l'exagération, du bruit, du sentimentalisme hypocrite et doucereux des théories socialistes, eût-il reculé devant ces nouveaux modèles, et se fût-il replié sur lui-même, comme le Grenl, à cette époque, bien des esprits distingués. Ilélas! il n'eut pas même letenqis et la force de choisir entre la parole cl le silence. Atteint dès lors d'une maladie organique (jui le Conduisait lentement au tombeau, il vécut deux ans encore, déplus en plus taciturne, intérieur, renfermé, puis il mourut, le () mars 1830, à Sablonville, âge de quarante-six ans à peine ; il mourut comme fût mort un de ses ancêtres, c'est-àdire courageusement et chrétienncuicnt.
On le voit, l'histoire de sa vie est prestpie toute entière dans celle de ses ouvrages, car il a mis à la cacher le soin (pie d'autres mettent à prendre pour confident de leurs moindres actions le public à qui suffisaient leurs livres. Si incomplète et si bornée que ^oit cette étiide, elle pourra du moins renouveler chez les lecteurs de Charies de Bernaid (pielques-unes des impressions de leurs lectures, replacer sous leurs > eux le litre