XII NOTICE SI H LA VIE
toujours à M. Scribe leur suffrage, ou du moins leur suffrage complet : les esprits élevés, les cspritsfins, les esprits lettrés. P;irlcrai-jc de M. de Balzac? La tikhe, pour moi surtout, devient loit dinicile. J'ai passé douze ans, — de i83«j aux approches de la Révolution de février — à voir attaquer, • insulter, amoindrir, démolir M. de IJalzac par tous les journaux, sérieux ou légers, de l'opposition démocratique; et cela pour une raison qui peut paraître aujourd'hui assez singulière: parce que Vauicur d' Eugénie Grandet donnait des romans à la Presse. Les Spartiates de la démocratie militante accusaient alors — bien à tort — M. Emile deGirardin d'être totalement dépoiu'vu des aptitudes républicaines, et ils s'appuyaient sur un passage célèbre de Montesquieu, qui affirme qu'il n'y a pas de république possible sans beaucoup de vertu : ils soupçonnaient — bien injustement — l'immaculé directeur de la Presse de vouloir faire de son journal un moyen de distraction — les plus impolis disaient corruption, — destiné à remplir auprès de la l'rance indignée, comme chacun sait, des méfaits de son gouvernement, le rcMe du gâteau de Cerbère :
« Mcllc soporatam et medicatis frugibus offam. »
Ce gâteau ennniellé, c'était le feuilleton -roman, ennemi sournois du premier-Paris, et tout fraîchement inventé par l'illustre publiciste. M. de Girardin en a bien rappelé depuis lors. 11 a prouvé qu'il ne man(iuait d'aucune des vertus propres à le brouiller avec ses amis et surtout à le réconcilier avec ses adversaires : il a loyalement regagné ses éperons révolutionnaires et lavé son écusson démagogique. Mais, eu 1837, on ne pouvait pas prévoir ses tours de force à alinéa tendu, et M. de Balzac, un de ses plus célèbres fournisseurs de gâteau et de miel littéraires, subissait le coutre-i'<tup de sou impopularilé. Aujourd'hui M. de Balzac, Volume les Lmporours Uouiaius, est devenu (Heu, par le plus violent et le plus sûr de tous les moyens : il est mort. Il ne s'agit plus de le contester, de le discuter, ni même de l'adini-
ET LES CCI VRi:S DE CH. DE liriRNAIM). XIII
rov, mais de l'adoriT. Toute crili([ue à son endroit est nnc profanation ; toute réserve une impiété ; toute restriction un sacrilège. Ses fanatiques, si vous hasardez une objection timide, conunonicnt, avant de vous répondre, par allumer un ciergo. crier anafhôme et préparer un exorcisme. Grâce à l'intolérante ferveur de l'école réaliste, fantaisiste, sensualiste, panthéiste, qui a remplacé le grand et n'ai Romantisme, la mémoire de M. de Balzac n'est plus une gloire littéraire, mais un dogme, nue idolâtrie, un fétichisme.
Kt cependant la morale, le bon sens et le goût ne peuvent pas se laisser prescrire par ces apothéoses tardives et posthumes. N'on, l'auteur de la f ieille fille et de la Physiologie du mariage, de la Rabouilleuse et des Parents 'pauvres, ne comptera jamais parmi ces génies qni éclairent, forlilient, rassérènent l'hiunanité. Que dis-je? Il lui a manqué un grand nombre des (pialités du génie, — la simplicité d'abord, puis la vérité, la claité, la propoition. la mesure, et ce sens moral dont l'absence abâtardit les facultés les plus riches, et ce sens (hi possible qui sait s'arrêter dès (pie l'impossible commence. Remarquable surtout par l'invention, il a le défaut des inventeurs incomplets ou excessifs ; il s'éblouit, il se grise de sa jtensée, de sa création, de son ouvrage. Tel caractère esipiissé tl'une main ferme et magistrale, telle description conunencée avec une puissance et \n\ souille que rien n'égale, telle analyse de sentiment et de passion ouverte , comme une tranchée vigoureuse, à travers les voies souterraines de la vie sociale ou de la vie intime, telle page écrite d'un style ferme, solide, éclatant, viennent tout à coup s'effondrer dans des fitnillis inquiétants où tout s'embrouille, se surcharge et se contredit, la figure et le crayon, la phrase et l'idée. (Jue serait-ce, si nous voulions nous tenir à ces hauteurs austères cil lame se sent inaccessible aux vapeurs enivrantes, aux miasmes capiteux, aux eflluves magnéticpies des grands talents insalubres? M. de Balzac n'exalte pas l'imagination, il n'é^;are pas le cœur comme la Muse éloqnenli' et le hrisnie effréné de IJlia : il fait pire peut-être, il dissout. U s'inlilire
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et so distille goutte à goutte dans lo cerveau comme un poison siiltlil, rare, insaisissable, qui ne tueiii ncdéchii'e, mais dont l'eltet innnédiat (tu lointain est d'énerver les bonnes facultés de rinlelligence et de sure\citer les mauvaises, d'aflaiblir l'àme pour les vraies luttes de la conscience, pour les dangers réels du monde, et de l'armer en guerre pour je ne sais quelles aventures chimériques ou coupables qui ne sont plus la défensive de l'honnèle homme, mais l'oirensive du héros hasardeux et équivoijue, éternellement suspendu entre le panthéon et le bagne. De là aux rêves monstrueux qui font les révolutions et les crimes, il n'y a plus qu'un pas, et s'il est vrai, comme nous le disait récemment un homme illustre, que la Uévolution de 1830 ait été l'œuvre de la poli(i<|iu', mais (pie la Kév(dution de février ait été faite par la littérature, M. de Balzac, bien qu'absolutiste et enveloppant dans un môme dédain le libéralisme et la démocratie, a coopéré plus que personne à cette dernière catastrophe. Pour réduire le débat à des proportions plus modestes et le ramener aux conditions mêmes de notre sujet, disons hardiment (pi'à ce talent inmiense, mais rempli d'alliage, une famille d'esprits tout au moins refusera toujours son suffrage : les esprits justes.
Les esprits justes ! je viens de désigner les appréciateurs naturels de Charles do Bernard. Peut-être, au lieu de m'exposer au reproche de pédanlisme moral et de rigorisme littéraire en insistant sm- les mauvais ciMés do M. de Balzac, aurais-je mieux fait de me borner — tâche plus facile encore ! — à réfuter tout simplement la tradition et le préjugé qui représentent Charles de Bernard comme disciple, imitateur, clair de lune, rellet plus ou moins mitigé ou all'aibli du conteur de la Peau de C/iuyrin. Ici je me sens à mon aise ; car tout le monde, après avoir relu les récits de notre auteur, doit être déjà de mon avis. Que M. de Balzac, gentilhomme écrivain , inventeur de la comiétablie littéraire, exubérant d'idées, de projets, de conceptions puiss:mles, de plans gigantest|uos, axani le génie de l'originalilé
plus encore que rori^iiialité du j:énie, réalisant en sa personne iijie des physionomies les plus aecenUiées, les plus saisissantes qn'ait jamais produites la verte vieillesse d'une littérature, se soit fortement emparé de l'esprit de Charles de Bernard, et ait exercé sur sa vocatidu une influence décisive, c'est incontestable : mais là sarrcte laflinité de ces deux talents qui n'eurent pas nn trait de ressemblance. In des plus spirituels adniiratems de M. de Balzac a remarqué (pie ses personnages occupaient vivement l'imagination, restaient gravés dans la mémoire, mais qu'il était difficile de leur trouver des analogues dans la vie réelle. En elfet, à (pielque monde que Ion appartienne, je délie que l'on me cite un héros, un type de M. de Balzac — j'entends un des principaux — qui ait réellement vécu, ou qui seulement ait pu exister. Où a-t-on jamais vu des duchesses de Langeais, des \ icomtesses de Beauséant, des manpiises d'Espai-d, des de Marsay, des Vandenesse, des Balthazar Claés, des David Séchard, des Dudley, des Mortsauf ? On s'est étonné souvent de cette persistance de l.'écrivain à faire reparaître, de roman en roman, les mêmes noms et les mêmes ligures, à établir entre les acteurs et les épisodes de ses nombreux récits ces points de repère, ces airs de famille et de connaissance qui existent dans un salon, entre gens ([ui se sont vus la veille et se icverront le lendemain. Celle obstination qui, dans les deiiiiers temps, avait pris tous les caractères dune manie, ne pourrait-elle pas s'expliquer par l'impossibilité de faire croire à ses personnages, s'ils ne se servaient les uns aiL\ autres d'at- Icstalions vivantes et de certificats en action? Créer un monde à part, placer dans ce monde des êtres exceptionnels, et, jumr (jue le lecteur puisse s'y accoutumer et s'y reconnaître, leur donner, non pas une vérité absolue, non pas luèmc une vérité relative, mais une vérité mutuelle, tel a été le procédé de M. de Balzac. 11 rivait, on le sait, la prétention de cultiver des ananas dans le potager des Jardies, et de s'assurer avec ce produit cent mille livre de renies. Il n'y manquait que la It-mpéralure, le degré de cbaleui-, la qualiU- du
XVI Noricr. «rii i a vie
lorrain, IVns^Tiiis, rinTosiij.H', la bàtlic, lo jardinier, qno saisjc ? — A ceux qui i-isquaienl ces objections timides, il répondait qu'avec les gens minutieux il n'y avait moyen de rien faire. Eh bien ! ce rêve d'ananas impossibles, il l'avait tenté et à demi réalisé dans la vie idéale et fictive : il avait commencé, à priori, par y cultiver des fruits rares et exotiques, de forme bizarre, de couleur éclatante, de parfum pénétrant, d'arricrc-goût vénéneux. Puis il s'était aperçu que ces fruits ne pouvaient pas vivre de la vie commune, sur notre sol, dans notre atmosphère, à côté des plantes indigènes, classées dans nos herbiers ou nos catalogues. De là cette Comédie humaine qui n'est, à vrai dire, ni un monument, ni une galerie, ni un hôtel, ni une maison, mais plutôt un vitrage colossal, un palais de cristal immense, fiibriqué tout exprès pour acclimater ime végétation lointaine et fantasque , pour la rassembler dans lui même espace, pour la faire paraître vraisemblable ou possible par la réunion et le voisinage , et faire oublier au visiteur ébahi, au promencm' émerveillé, qu'à cent pas de là, sous notre soleil et dans notre air, elle ne vivrait pas une heure. Les personnages de Charles de Bernard sont d'une vérité telle que, retrouvés, après dix ans, dansmic nouvelle lecture, ils f(tnt exactement l'effet de ces gens que l'on a connus, puis perdus de vue, et ([ui, mêlés de nouveau au courant de notre existence, nous rappellent tout un ordre d'idées, toute une série d'incidents, tout un chapitre de souvenirs. Il a eu la vérité du moment , et il a encore , — chose plus difficile et l)lus rare, — la vérité rétrospective. Qui de nous n'a rencontré M. (ibevassut, Vhomme sérieux , l'aigle parlementaire , édos dans un barreau de pr.ivince, ^lirabeau de mur mitoNeu, rêvant les lioiuieurs politiiiues, et ne sachant pas ce (pii se passe (liez lui ; plus orgueilleux de ses quatre cents ans de roture prouvée ipi'un Montmorency ou un Rohan ; n'acceptant de la vie que les choses gi-aves, et ne s'apercevant pas qu'elles ont aussi leur futilité; se croyant appelé à goinerner le monde, et nul)liaul de surveiller sa fille et de morigéner son iils? Et
ET LES ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD. XMI
firosoiissaïul delà liiroiule , le tribun ineiuriiplible, le Spartiate égaré sur les bords de la Seine , l'Hercule démocratique de Toppositiori de 1827, soupirant et tilant an pied d'une Oraphale royaliste qui , pour désarmer rimmeur farouche de ses discours et de ses votes, flatte des deux mains ses vanités de gi'and homme en herbe et d'amoureux émérite ! Et Dornier, le journaliste tricéphale, légitimiste à Toulouse, ministériel à Orléans, républicain à Strasbourg , TartufTe intelligent et subalterne, qui est aiLX dévots de la tribune et de la presse ce que le vrai TartufTe est à Orgon et à madame Pernelle ! Et Blondeau de Gustan, le jeune agioteur d'élégance douteuse et de qualité suspecte, lance à fonds perdus dans tous les hasards de la spéculation équivoque, et éblouissant de son faux éclat le provincial honnête qui vient y brûler ou y fondre ses ailes d'Icare! Et Livernois, le séducteur (juadragénaire ! Et tous ces vieillai'ds si spirituels, si fins, si bons vivants , personnifiant si bien le si vieillesse pouvait, M. de Pomenars, M. de Loiselay, le marquis de Pontailly, M. de Gardagne ! — Mais c'est surtout la galerie féminine de Charles de Bernard, qui fiiit, à chaque instant, soinùre ou rêver, connue devant des portraits dont on pourrait nommer les originaux. Combien n'en avons-nous pas vues, après 1830, de ces comtesses de Châteauvieux, fennnes chevaleresques accomplissant d'avance des miracles d'héroïsme et de fidélité monarchiques avec le courage d'aulrui, se posant en Alice Lee ou en Hiana Vernonsans autres frais que quelques loteries ou quêtes aussi profitables à leur gloire que fatales à notre bourse, lières, au besoin, d'envoyer en Vendée les amoureux de leur fille, pendant (ju'elles la mariaient à un héros de Juillet emichi par un héritage? Quel adolescent élégiaque et sensible ne serait heureuv de compter les étoiles avec madame de ITamareil , ce type délicieux et exquis de la civilisation sentimentale , cette charmante fenunc de quarante ans, dont la beauté, les grâces, la jeunesse, le cœur, ont le privilège de renaître de leurs cendres et de faire de ces cendres tièdes un nouveau foyer île coquetterie douce et d'amour tenq)éré ?i,luel salon politique n'a
Wllt NOTICE SL'U I.A Vli:
Cil piiiir liiihiliu'O nii jioiir soiivcraiiio imo iiiiulanic l'ianl, no cliercliaiil ses nmiaiis (|iii' dans k- Moniteur, pR-l'iTaiil le rùlo (l'Egvrie constitutionnelle à celui de fennne à la mode, et disant à son mari, convaincu à la fois de galanterie siu'année et d'opposition intempestive : — « En me mariant avec vous, j'avais cru épouser un honnne d'État. » — Qui ne s'est rencontré avec ces vieilles filles à marier, ces mères indulgentes, ces belles-mères clairvoyantes et goguenardes , ces jeunes fennnes jouant avec nos vanités, nos habiletés, nos colères, comme avec un jeu de cartes dont elles ont les atouts dans la main, tout ce personnel aimable, enjoué, sentimental, adroit, malin, espiègle, mélancoliciuc, passant devant nous avec une larme au coin de I'(til, avec un sourire an coin des lèvres, et méritant peut-être de s'appeler la Comédie féminine tout aussi bien que l'étrange Musée de Balzac s'est appelé la Comédie humaine? De quel côté, je vous le demande encore une fois, se trouve la vérité, la possibilité, la vraisemblance? Chez le prétendu maître, l'observation pèche prestjue toujours par son excès même : elle ressemble à ces microscopes d'un numéro tellement fort, qu'ils conuiiencent par nous montrer nettement ce ({uc nous n'aurions jamais découvert, mais liuisseut par troubler le regard au point de ne plus distinguer même ce que nous verrions à Tœil nu : chez le prétendu disciple, l'observation s'arrête juste à l'instant où elle vient de condenser et de fixer la lumière sur le trait essentiel de la figure. Chez l'un, la science reste dans ces limites prudentes, discrètes, instructives, qui font les chimistes et les astronomes. Chez l'autre, elle se lance dans ces sphères téné- ])reuses, compliquées, troublées, dangereuses, indéfinies, qui faisaient les alchimistes et les astrologues.
Va\ sonnne, les esprits élevés, fins et lettrés, ennemis naturels de M. Scribe, les esprits justes, emiemis raisunnés de M. de Halzac, peuvent tous, sinon se passionner pour Charles de Bernard, au moins l'accepter, l'aimer et le relire. Tous aussi, et avec plus d'unaiùmité encore, peuvent reconnaître que donner Charles de Bernard pour un imilateur de M. de
ET LES ŒiUVRES Dl- CM. OE BERNARD. XIX
llalzac, c'est laisser oroiro <|ir(in no los a liisiiirnn ni l'anlio. 'Après «pic ces jolies peiles, lu Femme de quai'anle ans, la Ruse jaune, un Acte de vertu, l'.4nneau iFartjent, le Persécuteur, eurent paru successivement dans la Chronique on dans la Hecue de Paris, Charles de Bernard en lit un recueil »]u'il publia, au printemps de 1838, sous le titre de Nœud gordien. En même temps, pour affermir et agrandir ce premier succès, il fit paraître Gerfaut, qui est resté, sinon le plus considérable, au moins le plus célèbre de ses romans.
Ici je dois discuter une autre de ces idées reçues qui s'attachent au nom d'un auteur, et en devicmient le complément obligé. Pour bien des gens. Gerfaut est le chef-d'œuvre de Charles de Bernard, conmie Eugénie Grandet a été le chefd'œuvre de Balzac. Un écrivain à peine comiu la veille, publiant, d'un seul coup, deux volumes de Nouvelles extpnses, accompagnées, en guise de porte-respect , d'un roman taillé dans les plus larges proportions d'alors, — car on n'avait pas encore inventé les romans en trente volumes, — il y avait là de quoi faire espérer, sinon plus, au moins autre chose que ce qu'a tenu l'agréable conteur des Ailes d'Icare, du Paraient, d'un Homme sérieux, de la Chasse aux Amants, de la Peau du Lion. Le fait est qu'on trouve, dans Gerfaut, des (|ualités de puissance et d'ampleur qui se ressentent enc(»re de cette vocation épique signalée par M. de Balzac chez Charles de Bi-rnard. Il y a du Walter Scott dans la création de ce Beigcnlieim, descendant non dégénéré d'une forte race, exerçant autour de lui cet empire de la vigueur physique, dernier vestige des féodalités du moyen âge , ne comprenant rien aux riifllnements du sentimentalisme moderne, mais gardien terrible de son honneur, et donnant à ses vengeances conjugales une attitude granditjse, aussi éloignée du ridicule que de la vulgarité, (ierlaut, le héros du livre, représente bien, en maint endroit, cet égoïsnie du poêle, que d'autres depuis lors ont essayé de peindre, et qui, mieux ap[»rofoiuli encore, pourrait fournir une des figures les plus vraies de la sociélt* contemporaine. Les paysages ont un relief et un caractère