XX NOTICE SIP LA VIE
qu'on cherclicr.iil vaiucrncnl (liius les autres ouvrages de l'autour. Le rôle de Marilhac , le rapin à la suite , est fort amusant, et le dénoûment, d'une originalité sombre et sinistre, prouve ce que Charles de Bernard aiu'ait pu faire dans le drame. Mais les scènes d'amour sont communes ou surchargées; Lambcrnier est un traître de boulevard, Clémence mie héroïne de théâtre : l'analyse des sentiments et des passions, au lieu de ne toucher qu'aux points nécessaires, s'alourdit dans des digi-essions inutiles, s'égare dans des à-pcu-près métaphysiques, et fait roffet d'un crayon qui s'écrase en appuyant, d'un scalpel <jui dépasse la fibre et s'enfonce inutilement dans la chair. On sent que l'écrivain n'a pas encore dégagé sa véritable manière , qu'il est poursuivi par le souvenir de ses lectures, qu'il flotte entre Walter Scolt, le Lys dans la vallée, Charles Nodier, et l'école romantique. Plus tard, il retrouvera sa filiation naturelle, qui lui vient droit de Hamilton, de Gilblas, qui fait songer surtout à un La Bruyère un peu plus gentilhomme et mondain, à un La Rochefoucauld im peu moins grand seigneur et n'ayant pas perdu ses yeux au service d'une grande dame. Le "STai roman, ou, ce qui vaut mieux, la vraie comédie de Charles de Bernard, c'est l'Homme sérieux, les Ailes d' Icare, un Arbre de science, le Pied d'' argile , le Paratonnerre, la Cinquantaine, l'Anneau d'argent , et, on dernier lieu, bien qu'avec plus de dilTusion et de lenteur, le Genlilliomme campagnard. C'est là qu'il est tout à fait lui-même, et qu'il est supérieur. Pendant cotte période de dix ans qu'il a si bien occupée et charmée, on se demandait parfois ce que devenait la comédie; on se le demandait surfont lorsqu'on sortait du Théâtre Français, lorscpie Ton assistait à ce^ pâles et chétifs pastels (pii n'avaient en général ni valeur littéraire, ni étincelle comique, ni même la saillie et la verve bouffonne des petits théâtres. Je ne voudrais pas dire que la comédie du moment se trouvât tout entière dans ces livres de Charles de Bernard ; cai" j'écris une notice et non un panégyri(pie ; mais, à coup sûr, elle y existait on germe, et poiil-élro s'en aporçoit-on aujourd'hui
ET LES OEUVRES DE Cil. DE BEKNAKD. XXI
encore mieux (ju a cotte ôpixiue. A Chevassut, à Groscassaiid, à M. Gastoul, à madame Piard, à madame de Chàteauvieux, à Dornier, à Livernois, à M. de Pomcnars, à madame de Flamareil, à H;iruiodius, il n'a mamiué, pour être des personnages d'une comédie complète, que ce qui a manqué au talent et à la gloire de Charles de Bernard lui-même pour occuper un rang définitif dans la littérature de ce siècle : un peu plus d'achèvement et de persévérance ; un sentiment plus profond et plus convaincu de son propre ouvrage ; un pas de plus dans la fouille, un coup de pioche dans la mine, im coup de pinceau sm* la toile.
Après la publication de Gerfaut et du Xoeud gordien, Charles de Bernard, de 1838 à 1831), s'attacha à la rédaction de France et Europe, recueil royaliste d'une nuance fort sage, et destiné, par cela même, à faire peu de bruit et une médiocre fortune. 11 y publia plusieurs Nouvelles, entre autres le i'ieillard ar)ioureux, (pie nous retrouvons aujomd'liui dans te Paravent, et de belles et sérieuses pages politiipies, entre autres celles que lui inspira la mort du prince de Talleyrand. i'our un esprit tel que celui-là, fin , désabusé , un peu sceptique, emiemi-né du pju-ti-pris et du lieu comnmii, il y avait quelque difficulté à parler comme tout le monde de ce personnage mystérieux et taciturne, dont la corruption ressemlilait encore à de la diplomatie, et qui disparaissait de la scène sans livi'er son secret à personne. L'indignation lyrique de madame Sand, les grosses injures des Aristides du National et des Catons de la Réforme, les légitimes et inévitables représailles de la presse royaliste ; rien de tout cela n'était pnssildc sous cette plume trop délicate i)our crier connue les msières de la gauche, trop mondaine pour tonner comme les casuistes de la droite. Les pages de Charles de Bernard sont tout à lïiit telles qu'il pcjuvait et (pi'il devait les écrire; ce n'est pas le coup de pierre lancé de la rue dans les vitres iliin salon ; ce n'est p as l'air de luavuiue noté d'avance sur une hre moins sévère pour d'autres fail)lesses; ce n'est pas la hueur couperosée de douairières ou de filles nu'u'es coiilre