PHILOSOPHIE PRATIQUE DE SOCRATE
beau, les mettait en pratique, et]qui, connaissant le mal, savait s'en garder, passait à ses yeux pour un homme sage et réservé. Quelqu'un lui demandait, un jour, quelle était, selon lui la plus belle occupation de l'homme ? « Bien faire », répondit-il. On lui demanda s'il y avait un procédé pour faire bien ses affaires. Non, dit-il, car je crois que la fortune et l'action sont deux choses opposées ; trouver son bien-être sans le chercher, voilà ce qui s'appelle faire fortune ; mais par son savoir et son zèle arriver au succès, voilà ce que j'appelle bien faire, et ceux qui procèdent ainsi me paraissent réussir. Mais si vous aimez à savoir ce qu'il pensait de la bonne chère, de la colère, de la fatigue, des voyages, etc. lisez les extraits suivants : Un jour, quelqu'un se plaignait de manger sans plaisir. « Acuménus (1), lui dit-il, enseigne à cela un bon remède. — Et quel est-il ? — De manger moins ; il dit que le plaisir, la bourse et la santé se trouvent mieux de cette abstinence ». Certes, excellent moyen que celui-là, que pour manger avec plaisir, il faille manger moins. Seulement, l'histoire ne nous dit pas si ce conseil a été adopté par ce disciple du grand philosophe...
Un autre lui disait qu'il n'avait à boire chez lui que de l'eau chaude : « Eh bien, dit-il, quand tu voudrais te baigner, elle sera toute prête pour le bain. — Mais elle est trop fraîche pour le bain. — Est-ce que tes serviteurs se plaignent d'en boire et de s'y baigner ? — Non, par Jupiter ! et je me suis souvent étonné de voir qu'ils s'en servent avec plaisir. — Réfléchis donc que tu es plus difficile à contenter que tes serviteurs et que tes médecins ».
Quelqu'un, un jour, courroucé d'avoir salué
(1) Médecin renommé par son talent et son humeur bienveillante.
une personne qui ne lui avait pas rendu le salut : « C'est une chose vraiment risible, dit Socrate, que tu ne te fâches pas quand tu as rencontré un malade, et que la rencontre d'un esprit grossier te fasse autant de peine ».
A propos de voyages.
Quelqu'un était effrayé d'avoir à faire le voyage d'Olympie : « Et pourquoi, lui dit Socrate, as-tu peur de ce voyage ? Ne passes-tu pas le jour presque entier à te promener dans la maison ? En voyageant, tu te promèneras, puis tu dîneras ; tu te promèneras encore, tu souperas et tu prendras du repos. Ne sais-tu pas qu'en mettant bout à bout tes promenades de cinq ou six jours, tu peux facilement aller d'Athènes à Olympie ? Il te sera d'ailleurs plus agréable de partir un jour plus tôt que de différer ; car, quand on est forcé de faire des marches plus longues qu'il ne faut, c'est contrariant ; tandis qu'en commençant son voyage un jour plus tôt, on ne trouve que du plaisir. Mieux vaut se presser au départ qu'en route ».
Un autre se plaignait de. la fatigue d'une longue route qu'il venait de faire. Socrate lui demanda s'il porta un paquet : « Non, par Jupiter ! je n'avais rien que mon manteau ». — Voyageais-tu seul, ou étais-tu suivi d'un valet ? — J'avais un valet. — Marchait-il à vide ou portait-il quelque chose ? Ma foi, il portait mes hardes et le reste de mon bagage. — Et comment s'est-il tiré du chemin ? Il m'a paru s'en tirer mieux que moi. — Bon, et s'il t'avait fallu porter le fardeau de ce valet, comment t'en serais-tu trouvé ? — Fort mal, ou plutôt, je n'aurais pu le porter. — Eh bien ! supporter la fatigue moins bien qu'un esclave te paraît-il le fait d'un homme libre et exercé à la gymnastique » ?