‹ Nouvelles et récits [microforme]Chapitre 4 sur 9 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Celui qui a trouvé une femme vertueuse a trouvé un trésor ; :!

a reçu du Seigneur une sourci de félicité.

Proverbes XVIII, 22

E soleil jetait ses derniers rayons sur

une des plus belles plaines de la Nor-

mandie, le 1er juillet de l’année 1760.

) Une splendide verdure couronnait le versant d’une colline au pied de laquelle s'élevait un château. La fraîcheur de la nuit se répan-

dait dans les campagnes. Partout il se faisait grand silence.

Quelques valets causaient tranquillement sous l'un des porches du vaste manoir. Ce n'était pourtant pas là les seuls habitants de ce domaine, car s’il avait été donné au voyageur attardé de pénétrer dans une des salles de cette antique demeure, il aurait entendu les derniers mots d'un entretien de deux personnes qui devaient converser depuis longtemps.

« — Oui, Yvonne, mon pauvre père est mort content, heureux ; il avait retrouvé sa fille, et ma sœur Angéline, malgré la douleur profonde que lui a causée la mort de notre père, elle se console dans la douce espérance de le revoir un jour, et, tranquille dans sa retraite obscure, elle vit sans inquiétude sur mon sort, me sa-

chant heureux avectoi. Quedesouhaitsn’a-t-elle pas formés lors de notre séparation pour ton bonheur et le mien. Ne laisse plus ton âme aller à des inquiétudes ; rien ne m'oblige maintenant de retourner en Amérique. Tu comprends quel sacrifice j’ai dû m'imposer pour traverser l'Océan, et aller à larencontredemon malheureux pére et adoucir les dernières années de sa vie. Dieu l'avait exigé, la voix du devoir parlait en moi ; il fallait obéir, sinon, Yvonne, je n'aurais pas été digne de lever les yeux sur toi. Puisque Dieu a voulu exaucer nos vœux, en permettant que nous fussions unis, remercions-le, et sachons jouir de notre bonheur. Allons, profitons de cette charmante soirée. Faisons une promenade dans le parc où jadis mon bon et infortuné père, le comte de Raimbaut, aimait à errer ».

Et, ce disant, le gentilhomme se leva, donna le bras à une jeune femme, tandis que ses lèvres déposèrent sur son front un baiser des plus affectueux. Ils traversèrent le grand salon, en se dirigeant vers l'entrée qui donnait sur le parc. En ce moment le soleil darda un rayon indiscret sur la jeune femme, qui parut une vision de beauté et de bonheur.

Que pouvait donc être ces deux personnes ?

Deux amoureux ? Mais l'espèce d'intimité qui les unissait disait plus : ils étaient mari et femme. Léon de Raimbaut venait d’épouser mademoiselle de Longchamp.

Noble jeune homme, lui aussi avait eu sa pari de souffrances. Lancé dans le monde sans mère, éloigné d’un père et d’une sœur, il avait

éprouvé les ennuis de l'isolement. Mais deux voix puissantes, celle d’un devoir à remplir et d'un bonheur à conquérir, n’avaient cessé de parler en lui. Les difficultés de la vie n’épouvantèrent pas sa généreuse âme. Il étudia d’abord les sciences avec succès, et embrassa la carrière des armes, où sa bravoure le fit aussitôt remarquer. Puis, obligé de venir en Amérique, sa belle conduite en Canada lui valut un poste important à son retour en France.

De son côté, mademoiselle de Longchamp avait atteint ses dix-neuf ans, et, tous deux venaient de réaliser leur rêve de bonheur, en resserrant à jamais aux pieds des autels le lien tressé par une longue et sainte amitié !

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