DE LA COMPOSITION CHIMIQUE DES GLOBULES SANGUINS
Les très-nombreuses recherches dont les globules sanguins ont été l'objet, tendent à les faire considérer comme formés :
D'une matière colorante de nature particulière, hcmatosine;
De matières extractives;
De matières grasses ;
De matières salines ;
D'albumine, ou, d'après MM. Gmelin et Mulder, d'une substance analogue que le premier a nommée caséine et le second globuline (1).
Enfin, d'une matière ûbrineuse, peut-être même de véritable fibrine, leur servant d'enveloppe ou de noyau central, ou, tout à la fois, d'enveloppe et de noyau.
Admise par des chimistes, notamment par le docteur Wels et par M. Thenard; niée par d'autres, notamment par Fourcroy et Vauquelin, pour lesquels sa couleur rouge serait due à un oxide ou à un phosphate de fer (2); l'existence dans le sang d'un principe
(1) Physiologie de Muller, t. I, pages 105 et 106.
(2) Transactions philosophiques pour 1797, page 416; Éléments de Chimie de Henri, tome II, page 297; Fourcroy, lome IX, page 152.
organique spécial dont le fer constitue l'un des éléments, me semble avoir été mise hors de doute par mes expériences (1).
On se peut au contraire demander :
Et si les matières extractives grasses et salines, l'albumine qu'on y a rencontrées, ne proviendraient p s du sérum que retenaient, à la manière d'épongés, les globules mis en expérience ?
On ne saurait oublier, en effet, qu'aucun chimiste n'avait encore pu les étudier complètement privés de sérum interposé.
Et si leur matière fibrineuse ne serait pas de simples débris de fibrine appartenant à la partie liquide du sang, que leur extrême division aurait fait passer au travers des tissus, à la suite du battage du sang ou du lavage du caillot?
Aussi n'est-ce qu'après m* être mis à l'abri de cette double cause d'erreur, par l'emploi de l'eau saturée de sulfate de soude (capable, nous l'avons vu, de prévenir le départ de la fibrine et d'entraîner les dernières portions de liquide séreux), que je me suis occupé de déterminer la composition de ces globules.
11 m'a été possible d'en extraire :
1° Des matières extractives ; 2° Des matières grasses ; 3° Des matières salines ; 4° De l'albumine ;
(t) Journal de Pharmacie, année 1830, page 734, et Thèse pour doctorat, novembre 1837.
5° De la globuline ;
0° Une matière fibrineuse particulière, distincte de la fibrine.
L'on pourrait peut-être l'appeler du nom de fibr-albine, afin de rappeler ses analogies d'origine et de propriété avec la fibrine et l'albumine?
7° De l'hématosine.
J'ai pu, en outre, y constater, expérimentalement, la présence de l'eau qu'on n'y avait jusqu'à ce moment admise que par induction, et parce qu'elle seule semblait pouvoir, en les amenant à l'état liquide, communiquer aux différents principes des globules les propriétés qui les font se prêter à d'incessantes déformations.
Ce que j'aurai à dire de ces matières suffira, je l'espère, à prouver l'existence de celles qui ne sont pas encore généralement admises au nombre des matériaux des globules sanguins. Je m'empresserai d'ailleurs de compléter leur étude, que la température élevée de ce moment de l'année m'a forcé d'interrompre, aussitôt qu'il me sera possible de le faire.
Les matières exlraclives, grasses et salines, se sont rencontrées dans l'eau de lavage des globules, après qu'on en eut séparé : la matière fibrineuse, au moyen du filtre; l'hématosine, l'albumine et la globuline, au moyen de la coagulation et du filtre.
De même que leurs analogues du sérum, elles la rendaient alcaline au papier rouge; précipitable par l'acide azotique, le bi-chlorure de mercure, le tannin; susceptible de fournir un extrait brun jaunâtre, de saveur aromatique et salée, déliquescent, entièrement
soluble dans l'eau distillée froide et partiellement dans 1 alcool a 36 et 45°.
Cet extrait cédait à l'éther une matière grasse liquide à la température ordinaire, soluble dans l'alcool a 45° froid; et une autre matière grasse solide à celto même température, soluble seulement a chaud dans le même alcool.
Il répandait, pendant sa calcination, l'odeur propre aux matières animales en décomposition ignée, accompagnée de vapeurs ammoniacales.
Ses cendres étaient formées de chlorure, de carbonate, de phosphate et de sulfate alcalin ; ce dernier provenant, en grande partie, de la solution saline employée à l'obtention des globules.
J'assimile à l'albumine du sérum la malière animale soluble dans l'eau froide, avant d'avoir éprouvé la coagulation |>ar la chaleur et par l'alcool; insoluble dans l'eau bouillante, dans l'alcool à 20° à 33°, à 36° à 45; dans l'éther, à toutes températures; dans l'alcool additionné d'acide sulfurique; très-soluble dans l'eau de potasse, qui se trouve constituer le résidu du traitement par ces différents véhicules (l'eau de potasse exceptée), du coagulum formé, à là température de l'ébullition, dans l'eau de lavage des globules privée de matière fîbrineuse.
Sa proportion y est supérieure à celle de l'hématosine, et de beaucoup inférieure à celle de la globuJine.
Je désigne sous le nom de globuline la portion de ce même coagulum (dont nous venons de voir l'albumine former le résidu), que dissout à chaud l'alcool à 20°, après qu'on l'a seulement épuisé par l'eau de ses ma-
tières extractives et salines. Par le refroidissement de son dissolvant, elle se dépose sous forme de flocons ; et quand l'évaporation a rendu celui-ci presque exclusivement aqueux, se prend, au fond du vase évaporatoire, en une masse élastique et rougeâtre ; dans les deux cas, toutefois, en conservant sa complète solubilité dans l'alcool faible bouillant.
L'eau froide la dissout, puisqu'elle l'enlève aux globules et donne lieu à une solution que coagule la chaleur; que précipitent les acides sulfurique et azotique, le bi-chlorure de mercure, le tannin; qu'au contraire ne précipite pas le sous-acétate de plomb.
L'alcool à 33, a 36 et à 45°, Féther, ne la dissolvent ni à froid ni à chaud ; ils lui font perdre sa solubilité dans l'eau et dans l'alcool faible ;
L'alcool aiguisé d'acide sulfurique ne la dissout pas davantage, mais lui enlève l'hématosine qu'elle avait entraînée.
L'eau de potasse la dissout rapidement, surtout à chaud.
Celte substance est évidemment celle qui, d'après Gmelin, sous le nom de caséine, constituerait essentiellement les flocons rougeâtres qu'on obtient en faisant bouillir le sang fouetté avec de l'alcool, filtrant et laissant refroidir.
C'est elle aussi que, dans le procédé d'extraction de l'hématosine rappelé plus loin, l'on voit se déposer, par le refroidissement des premières liqueurs alcooliques, lorsque l'on opère sur des magmas fortement imprégnés d'eau.
Au contraire, je n'ai pu l'extraire des résidus de la
décoloration de ces magmas, en suivant les indications de M. Mulder. (Dumas, tome VIII, page 487.)
Quand, après avoir épuisé l'action décolorante de l'alcool concentré, chargé d'acide sulfurique; avoir absorbé par le carbonate de chaux ou l'ammoniaque l'acide qui les imprégnait, je les reprenais par l'alcool à 20°, bouillant, celui-ci ne leur enlevait pas de globuline.
La propriété que possède l'alcool concentré de lui faire perdre sa solubilité dans l'alcool faible, rend raison de ce résultat négatif.
La globuline me semble appartenir en propre aux globules sanguins.
Les coagulums produits à la température de + 100° par le sérum ou par le blanc d'œuf, ne m'en ont pas fourni.
La matière fibrineuse est la partie insoluble dans l'eau des globules.
Lorsqu'après les y avoir violemment agités (car leur destruction complète n'est pas aussi facile qu'on le pourrait croire), on abandonne le liquide au repos, leur matière fibrineuse se dépose en petites lamelles frangées, incolores, translucides, à reflets nacrés; à ce point flexibles et malléables, qu'elles traversent les tamis en soie, les toiles les plus serrées, voire les filtres en papier, pour peu que l'eau conserve de la viscosité ; à l'encontre de ce qui s'observe avec la fibrine, même réduite à l'état de bouillie.
La densité de ces lamelles est si voisine de celle de l'eau, qu'elles refusent de s'en déposer, dès qu'une matière en dissolution vient augmenter sa propre densité,
et que, placées avec elle et des globules entiers, sur le porte-objet du microscope, elles s'y montrent encore, après que les globules, ayant gagné les couches profondes du liquide, ont depuis longtemps disparu.
Les lavages des globules complétés sur le filtre, c'està-dire dans les meilleures conditions pour altérer le moins possible sa disposition physique, lui laissent celle de vessies, de petits sacs membraneux, depuis longtemps signalée par les micrographes.
L'eau, l'alcool concentré et faible, l'éther, ne la dissolvent pas; seulement ce dernier lui enlève des traces de matière grasse.
Les acides acétique et chlorhydrique, l'ammoniaque, se comportent très-sensiblement avec elle comme avec la fibrine. A froid, le premier la gonfle et finit par la dissoudre; le second la dissout assez rapidement.
L'ammoniaque paraît au contraire ne pas la dissoudre, et il en est de même de l'eau saturée de sulfate de soude.
Elle résiste d'une manière remarquable à l'action de la potasse. Ainsi, tandis que la fibrine hydratée se dissolvait rapidement, à froid, dans l'eau chargée d'un dixième de son poids de potasse caustique, la matière dont s'agit s'y conservait pendant plusieurs jours, et refusait encore de s'y dissoudre à la température de l'ébullition.
Une pareille résistance à l'action dissolvante des solutions alcalines, rend raison de l'existence de la matière fibrineuse au sein d'un liquide séreux alcalin ; et jointe à sa disposition vésiculeuse, à son aspect nacré analogue à celui des globules s'agitant au soleil, elle
appuie fortement l'opinion qui la leur donne pour enveloppe.
Pour obtenir lliéinalomie, j'ai conseillé de décolorer au moyen de l'alcool à 36° contenant 5 pour 0/0 de son poids d'acide sulfurique, le coagulùm produit par l'addition au sang battu de l'acide sulfurique concentré; de sursaturer par l'ammoniaque la solution acide ; de filtrer, afin de séparer, en même temps que la majeure partie du sulfate d'ammoniaque, une notable quantité de matière albumineuse ; d'évaporer à siccité au bainmarie la solution ammoniacale ; enfin de traiter le produit de cette évaporation par l'eau distillée bouillante, tant que la liqueur troublerait l'azotate de baryte (1).
J'ai reconnu depuis : d'abord, que l'addition de l'eau la précipite de sa dissolution alcoolique acide ; ensuite, que l'héinatosine obtenue par le procédé sus-indiqué retient quelque peu de matière albumineuse.
Mais si on la reprend, cà la température ordinaire, par de l'alcool à 45° chargé de 5 pour 0/0 d'acide sulfurique, la matière étrangère refuse de se dissoudre, en sorte que la solution filtrée, sursaturée par l'ammoniaque, fournit cette fois de l'hématosine pure.
Sous ce nouvel état, elle est devenue soluble, à froid, dans l'alcool à 45° et dans l'éther, en leur communiquant une belle couleur rouge de sang. Par l' évaporation spontanée, on l'obtient en lamelles d'un éclat métallique prononcé, d'une couleur améthyste sur leurs
(t) Dumas, tome Vlïïj page 490, et Thèse pour le doctorat en médecine, novembre 1837.
bords, simulant tout à fait l'argent rouge des minéralogistes.
Celte grande solubilité dans l'alcool absolu et dans l'éther, achève de la différencier des matières àltramineuses.
Tout porte à penser que l'hématosine exercerait une action prononcée sur l'économie animale, et remplacerait avec avantage les préparations à base de fer dont les médecins font un si fréquent usage contre là chlorose, etc. Malheureusement, les difficultés que présente son obtention, et davantage encore sa très minime proportion dans le sang, ne m'ont pas encore permis de l'expérimenter à ce point de vue.
100 gr- de globules supposés secs, représentant environ 800 sr de sang de bœuf, ne m' en ont en effet fourni :
Que 2gr- 857 dans une première expérience, Et 2 ^ 570 dans une seconde.
Relativement à l'eau des globules :
Ayant reconnu (chapitre II}, qu'une dissolution saturée de sulfate de soude ne leur enlevait ni leur hématosine ni leur globuline ; mais les débarrassait du liquide séreux, j'ai pensé, qu'après lavages, les globules imprégnés d'une dissolution saline de composition connue, devraient : dans le cas d'absence de l'eau d'hydratation, ne perdre, par la dessiccation, qu'une quantité d'eau proportionnelle à la quantité de sulfate de soude qu'y aurait laissée la solution saline ; dans le cas contraire, en perdre proportionnellement davantage.
Il m'a semblé impossible que l'eau de la dissolution saline saturée, pût pénétrer seule à l'intérieur de ces globules, par endosmose, en abandonnant une portion correspondante de sel, et s'y conserver sans en sortir, par exosmose, chargée des principes solubles qu'elle y avait rencontrés.
De deux expériences faites d'après ces données, il résulterait que les globules de sang de bœuf renferment environ le tiers de leur poids d'eau.
Voici, du reste, les nombres de l'une de ces expériences :
D'un côté, j'ai fait servir aux lavages une dissolution contenant :
Eau. 100 6r-
Sulfate de soude. . . 10 gr- 53
D'un autre côté, j'ai opéré sur 83 gr* 5 de dépôt humide.
Parla dessiccation, ce dépôt s'est réduità. 28 gr- 2
Et par conséquent a perdu 55sr- 3d eau
Or, ces 55 gr- 3 d'eau eussent dû laisser dans la matière desséchée 5 «r- 81 de sulfate alcalin, si l'eau qui les imprégnait d'abord, s'y fût tout entière trouvée à l'état de dissolution saline.
Ils n'y en ont laissé que. ... 4 gr- 5
Que l'eau bouillante leur a enlevés, et, par suite, la masse globuleuse de nouveau desséchée, ne s'est plus
trouvée peser que 23 gr- 71 28 2
Donc, en définitive, les 23 «" 7 de globules secs
avaient contenu, à l'état humide, une quantité d'eau de constitution représentée par la différence entre le
poids de celle vaporisée 55 3
Et le poids de celle correspondant en réalité au poids du sulfate de soude retenu par le dépôt 42 5
Soit 12 8
Ou pour 100 Bri de globules secs, 51 gr- 4.
Je suis arrivé à ce résultat, malgré la perte d'eau qn'entraîne l'évaporation de la solution saline pendant les lavages, et sans tenir compte des sels provenant des globules, que l'eau bouillante avait enlevés au résidu de la dessiccation.