‹ Nouvelles études critiques et biographiquesChapitre 10 sur 43 · II.WIid.n · texte numérisé non relu

II.WIid.n

cine dans tout mon être! puisse leur esprit pénétrer mon finie! puisse leur essence se mêler à mon sang el circuler avec lui! »

Il faut ajouter que pour ses premières deltes Haydon trouve des créanciers assez commodes. Ainsi le traiteur chez lequel il avait l'habitude de manger lui offre spontanément un crédit illimité; et son propriétaire, auquel il devait déjà deux ans de loyer, lui promet de ne rien lui demander pendant encore deux ans. Rentré chez lui après avoir arrangé ces deux difficultés, Haydon se jette à genoux et fait une de ses prières ordinaires; puis il ajoute cette exclamation caractéristique : « Brave vieille Angleterre! tant qu'il y aura chez toi de pareils cœurs, jamais le pied d'un cheval étranger ne foulera les fleurs de ton sol ! »

Haydon travaillait alors à son tableau du Jugement de Salomon. Après deux ans de travail, il l'acheva et l'exposa. Le tableau eut un grand succès, et fut acheté seize mille francs. Haydon paya une bonne partie de ses deltes, et fit des billets pour le reste. Mais ces alternatives d'abondance et de misère étaient déjà trop fortes pour sa constitution, surtout pour son imagination; et, pour se calmer l'esprit, il s'en alla avec Wilkie faire une excursion en France. Ses notes de voyage sont extrêmement curieuses; il observe la France en artiste et en Anglais, et en Anglais de 1814. Il faut se souvenir aussi que la France avait été pendant de longues années un pays clos pour les Anglais, un pays entouré comme d'une muraille de la Chine; et, quand les portes en furent rouvertes, il s'y précipita un Bot de curieux avides et ardents. Entre tous, Haydon dut être assurément un des plus originaux; et son journal est une expression fidèle des sentiments avec lesquels les

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nations de l'Europe, les Anglais surtout, contemplaient la France enfin terrassée.

« Paris, dit-il, était alors le lieu le plus intéressant du monde. Tous les peuples de la terre étaient là. Le Louvre était dans toute sa splendeur. Jamais dans l'avenir on ne pourra imaginer ce qu'éprouva l'Europe quand on apprit

la chute de Napoléon; cela ne peut pas s'imaginer

Quand nous lûmes, dans un cercle, que Napoléon avait cessé de régner, nous nous regardâmes tous fixement et sans respirer... J'allais donc visiter celte sanglante et féroce capitale dans laquelle avaient régné tour à tour le luxe et l'ordure, le massacre et la révolution, le blasphème et l'héroïsme. J'allais voir ses splendeurs, ses galeries, ses bibliothèques et ses collections, telles que jamais on n'en avait vu réunies dans une seule ville depuis les anciens jours de Rome... Depuis mon enfance je pensais à la France comme au fruit défendu; c'était la terre de l'ennemi... Les enfants alors étaient élevés dans l'exécration du nom français... »

Les deux amis arrivent à Paris, et ici nous laisserons

parler le journal de Haydon :

« II nous arrivait souvent d'oublier le Louvre et de regarder les Russes et les Cosaques plus que la Transfiguration; mais il était impossible de faire autrement. Voici, nous disions-nous, toutes les nations de la terre rassemblées; étudions-les. Les chefs-d'œuvre de l'art resteront, mais toutes ces tribus se disperseront bientôt pour ne jamais plus se trouver réunies. Nous allions donc avec les Russes, les Polonais, les Tartares, étudiant leurs bivacs, leurs chevaux, leur manière de vivre. Rien n'était curieux

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comme de voir les officiers et les soldats russes flânant à travers les statues et les tableaux, regardant avec surprise la Vénus, ['Apollon, le Laocoon...

« Chaque pas dans l'aris réveillait alors de formidables souvenirs, l'as une église, pas un palais, pas une rue, pas un coin, qui ne fût célèbre par quelque meurtre ou quelque forfait de la Révolution. Tout respirait un air d'esclavage doré et d'éclat sanglant; les femmes avaient cette grâce agile, les hommes cette tournure de bandits débraillés, et les soldats cette fierté raffinée, qui font de l'aris la capitale d'une nation chez laquelle les vices et les vertus les plus incompatibles se. trouvent réunis plus que chez aucune autre. A ce moment aussi, il y avait avec tout cela un air de vanité blessée et d'exaspération comprimée qui était bien naturel. A côté des officiers russes, autrichiens, prussiens et anglais, les débris de l'armée de Napoléon respiraient un air de gloire éteinte, d'orgueil écrasé et de vengeance aux aguets qui vous donnaient le frisson du sublime; et il était clair pour l'observateur le plus vulgaire qu'ils saisiraient la première occasion de reprendre leur position. La rue Saint-Honoré offrait le plus étonnant des spectacles. Les chefs des tribus du Don, dans leurs habits larges, suivant le mouvement de leurs chevaux avec une mesure qui faisait saillir leurs muscles à chaque pas; les Cosaques sauvages à moitié vêtus, avec leur ceinturon garni de pistolets, de haches et de montres, accroupis sur de misérables poneys gris, sales et en guenilles; le garde impérial russe, avec la taille serrée comme une guêpe, flânant comme un géant, avec des airs de triomphateur qui faisaient jurer entre ses dents tout Français qui passait auprès; l'officier anglais, avec sa figure de grand garçon et ses larges épaules ; le lourd Autrichien,

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