HAT DOS
un soldat, ni un marin, ni un général, ni un homme d'État hors de l'Angleterre, se serai! battu avec qui n'aurait pas été de son avis, et se serait fait brûler sur la place de Sniithfield pour l'honneur de ses principes. » La niére de Haydon était aussi une fidèle royaliste, et avait horreur de la Révolution française. Quand arriva eu Angleterre la nouvelle dé l'exécution de Marie-Antoinette, beaucoup d'enfants virent sangloter leurs mères, et Haydon fui de De nombre. Aussi retrouverons-nous toujours en lui une certaine aversion de la démocratie.
Nmis passerons rapidement sur ses premières années, sur les luttes qu'il eut à soutenir dans sa famille pour suivie sa vocation d'artiste, et nous le prendrons tout de suite au jour où, à l'âge de dix-huit ans, il part pour Londres avec 500 IV. dans sa poche et commence véritablement son orageuse carrière.
Le voilà qui entre enfin dans Londres; il descend à l'auberge, fait un peu de toilette et court à l'Exposition. Il en sort plein d'ardeur, eu disant : « Je ne les crains pas, » achète une tète du Laocoon, rentre chez lui et se met à dessiner. « Pendant trois mois, dit-il, je ne vis absolument que mes livres, mes plâtres et mes dessins. J'avais un enthousiasme immense, et pour le travail un dévouement de martyr. Je me levais aussitôt éveillé, à trois, à quatre, à cinq heures; je faisais de l'anatomie jusqu'à huit heures, de la bosse jusqu'à cinq; puis j'allais dîner et me remettais à l'anatomie depuis sept heures jusqu'à onze. » Il avait des lettres d'introduction pour plusieurs peintres alors en renom, comme Northcote, Opie, Fuseli. Northcole, pour l'encourager, lui dit : i Ah! vous voulez être peintre d'histoire ! eh bien! vous mourrez de faim sur un oreiller de paille! » Fuseli, qui était alors directeur de
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l'Académie, le reçut mieux et devint son maître; pour condisciple il trouva Wiikie, devenu depuis si populaire, et qui nous est présenté connue « un grand, pâle, gauche et inculte Écossais, un drôle de corps, mais avec quelque chose. » Ils se lièrent intimement, mais une intimité régulière devait être difficile entre deux caractères si différents, et elle fut plus d'une fois altérée. Nous n'en sommes encore qu'à l'année 1805, celle de la bataille de Trafalgar, et nous retrouvons dans le journal de Haydon l'expression de cet enthousiasme frénétique qu'inspirait à tout Anglais le nom de Nelson. Jamais homme ne fut plus adoré d'un peuple; Wellington, plus vénéré peut-être, n'avait pas à un égal degré 1 étoffe d'un héros populaire, d'un favori des masses. Aux funérailles de Nelson, il y eut dans la foule de véritables sanglots et des femmes qui se trouvèrent mal. J'ai assisté aux funérailles de Wellington, et le trait principal de la journée a été une gigantesque consommation de vivres. Tel que le vit Haydon, Nelson n'avait cependant pas la tournure d'un demi-dieu; c'était « un diminutif d'homme, avec un abat-jour vert sur les yeux, un vieux tricorne et un habit débraillé; » portrait qui ressemble assez à celui d'un invalide de Greenwich; mais Haydon trahit le secret de sa grande popularité quand il ajoute : « Il avait la vertu du sacrifice, un patriotisme pur et sans tache; il avait percé à jour le vrai caractère des Français, ne s'était jamais laissé imposer par leur basse et brutale philosophie, et n'estimait pas plus leur parole que leur morale; il avait la conviction inspirée que dans la paix comme dans la guerre l'Angleterre serait toujours l'objet de leur haine inextinguible, et les Français, qui le redoutaient et le haïssaient, savaient bien qu'il avait raison. »
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Nous trouverons ainsi plus d'une l'ois dans les Me* Boires de Ilaydon des échappées sur la politique contemporaine, car, connue nous l'avons dit, c'était on Anglais passionné. 11 aimait de son pays jusqu'à la fumée, il son patriotisme lui donnait le moyen d'admirer les émanations du charbon de Londres :
« La fumet1 de Londres, disait-il, loin de blesser mes regards, m'a toujours paru comme un dais sublime étendu sur la cité de l'univers. Chassée par le vent ou suspendue dans sa sombre grandeur sur notre immense Babylone, sa vue a toujours éveillé en moi des instincts d'énergie tels qu'aucun autre spectacle n'en saurait inspirer. Je l'ai souvent étudiée dans tous ses caractères du haut des collines environnantes, quand à travers ses nuages mobiles on découvre une échappée du grand dôme de Saintl'aul : véritable image de la civilisation et de la puissance. »
Pendant deux ou trois ans, Ilaydon chercha sa voie; la vue des marbres du Parlhénon fut pour lui une révélation. Il courut chercher Fuseli, qui ne les connaissait pas, et qui, partageant l'enthousiasme de son élève, se promenait dans la salle en criant : « Ah! ces Grecs! c'étaient des dieux! c'étaient des dieux! » Ilaydon se mita étudier et à copier les ligures grecques; il recommença avec elles toute son éducation. Ce fut le beau et bon temps de sa vie; il avait vingt-deux ans, le monde ouvert devant lui, un violent amour du travail, une âme enthousiaste et portée au mysticisme. Jamais il ne commençait ou ne terminait un travail sans faire une prière; son journal est rempli presque à chaque page d'invoca-
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lions de ce genre. 11 débutait heureusement; son tableau de Dentatus lui fut acheté par lord Mulgrave pour cinq mille francs; mais, tribulation dont les artistes seuls peuvent comprendre la portée, le tableau fut mal placé à l'Exposition, et alors nous voyons llaydon commencer contre L'Académie et les académiciens celte guerre acharnée qui contribua beaucoup à troubler sa vie. 11 ne se bornait pas à peindre, il écrivait aussi avec abondance, cl, en considérant tout ce qu'il a écrit, on se demande comment il trouvait le temps de peindre. Il engageait des correspondances interminables avec tout le monde, il écrivait dans les journaux des articles de critique, envoyait des lettres au Chronicle et au Times sur les affaires politiques du jour, et continuait régulièrement son propre journal. Il se fit avec sa plume beaucoup d'ennemis; il le sentait, il se le reprochait, il reconnaissait qu'il eût beaucoup mieux fait de peindre et de se taire; mais le penchant était irrésistible, et il obéissait toujours à l'ambition de devenir un Luther ou un Knox dans le domaine de l'art. Aussi le voit-on, dès l'âge de vingt-quatre ans, se mettre en lutte avec presque tous les hommes dont il aurait eu besoin pour parvenir; il fit choix librement de sa destinée, qui devait être militante et malheureuse jusqu'à la fin. Ce fut à cette époque aussi que commencèrent, pour ne jamais s'arrêter, ses embarras d'argent. Mais il était alors jeune et superbe ; il s'exaltait en faisant les rêves les plus sublimes et en envoyant vers le ciel des invocations lyriques. Puis il allait puiser de nouvelles inspirations auprès des marbres divins du Parthénon : « Chaque jour et chaque heure, dit-il, ils deviennent plus exquis à mes yeux. Que je remercie Dieu d'avoir été au monde quand ils sont arrivés ici! puissent-ils prendre ra-