II A Y DON
une histoire très-curieuse que celle des batailles que Ilaydon fut obligé de livrer pour établir l'authenticité des marbres d'Elgin.
II faut se rappeler d'abord que la Grèce était alors sous la domination torque, et que les Turcs ont fort peu de respect pour les représentations de la forme humaine. Les derniers chefs-d'œuvre de l'art antique étaient donc mpartibus infutelium. Lord Elgin, nommé ambassadeur en 1800, obtint d'abord de la Porte l'autorisation de faire mouler ce qu'il y avait de plus précieux à Athènes en sculpture, en architecture et en inscriptions.
« Mais, dit llaydon, quand ses artistes lui apprirent les ravages quotidiens commis par les Turcs, et ajoutèrent ((lie pendant leur séjour ils les voyaient dégrader des morceaux de sculpture, tirer des coups de fusil sur les marbres et en faire des matériaux pour bâtir des maisons; quand il vit aussi que d'un temple entier qui existait près de l'Myssus, au temps du voyage de Stuart, il ne restait pas une seule pierre; quand il apprit que tous les voyageurs anglais qui venaient à Athènes, avec leur passion naturelle pour les petits cailloux, cassaient des bras et des nez pour les emporter comme des curiosités, il arriva naturellement à conclure qu'à ce train de vandalisme, au bout de cinquante ans, il resterait à peine un fragment d'architecture et de sculpture. »
Lord Elgin demanda donc à la Porte l'autorisation de faire des fouilles et d'enlever des marbres. Ce fut après cinq années de travaux que les fragments célèbres auxquels son nom est attaché furent transportés au Pirée et embarqués, Mais, comme si les pures filles de l'art grec
tt.
l'JO BAYDON.
(l'eussent quitté qu'avec désespoir leur radieuse patrie* >mme si elles eussent préféré la mort aux embrassements des étrangers, eu sortant du port, elles se jetèrent dans la mer, c'est-à-dire que le navire qui les portail donna sur un rocher et coula avec toute sa cargaison. Il fallut aller recruter sur la côte de l'Asie Mineure une troupe de plongeurs, et avec une immense peine tout fut retrouvé
[ repêché.
Les marbres arrivèrent à Londres, et ils n'y trouvèrent tout d'abord que des aveugles. Les hommes qui régnaient alors dans les arts et dans la critique ne voulurent point les reconnaître, et ils dirent à lord Flgin qu'il avait perdu son temps et sa peine, que ces marbres n'étaient point di - Grecs, mais des Domains du temps d'Adrien. Lord 1 gin, découragé, relégua ses trésors dans un magasin où ils restèrent pendant huit ans sans lumière et sans gloire.
Ce fut là que Haydon connut les sculptures du Parthénon, et, dès la première fois qu'il les vit, il en devint éperdument épris. Cette vue futpour lui le coup divin de la grâce, qui le frappa subitement sur le grand chemin de l'art, et lui révéla les règles éternelles du beau. On ne saurait croire combien il eut de. luttes à soutenir pour faire reconnaître et confesser les marbres d'Athènes. Quant à lui, il en reçut une illumination qui jamais ne s'affaiblit ni ne s'effaça. Il faut l'entendre raconter luimême cette première impression.
Mon cœur, dit-il, se mit à battre.... Oh ! comme je remerciai Dieu de m'èire préparé par mes études antérieures à comprendre tout cela! Comme j'étais récompensé de tout ce que j'avais souffert! Je prévis l'avenir; je pré-
HÀYDON. l'.tl
<lis que ces marbres seraient reconnus pour les plus belles choses sur la terre, qu'ils renverseraient le faux beau idéal où la nature n'était pour rien, et établiraient le véritable, dont la nature seule est la hase. Ce fut connue si une lumière divine avait traversé mon ànie, et je sentis que ces chefs-d'œuvre allaient enfin tirer des ténèbres l'art de l'Europe.... Je passai une nuit à rêver des marhns. ,le me levai à cinq heures avec la lièvre, je rne mis à dessiner Thésée de mémoire, et je vis que je comprenais »
llaydon avait obtenu de lord Elgin la permission d'aller copier ses marhres.
« Je dessinais, dit-il, dix, douze, quinze heures jour; je restais quelquefois jusqu'à minuit, tenant une lumière et ma palette d'une main et dessinant de l'autre; je serais allé jusqu'au matin si le gardien n'était venu m'interrompre en bâillant; et même alors, rentrant chez moi engourdi, grelottant et trempé, mes habits fumant à mesure qu'ils séchaient, j'étendais mes dessins par terre et mettais une lumière à côté.... J'étudiais ces œuvres incomparables. Je crois véritablement que leur possession est le plus grand de tous les bonheurs qui soient jamais arrivés à ce pays-ci »
Quelques années plus tard, Baydon continuait encore à dessiner les marhres.
« Que d'heures, disait-il, que de jours, que de nuits, j'ai passés au milieu de ces fragments sublimes, examinant chaque pied, chaque main, chaque membre, prome-